sites des théâtres, programmes
chroniques
scenes
dossiers & interviews

 

Du 8 au 18 novembre 2001 au Théâtre de l'Odéon

Giulio Cesare
D'après William Shakespeare
Spectacle de Romeo Castellucci


Une rhétorique qui ne convainc pas

La Societas Raffaelo Sanzio de Cesena revient brûler les planches du théâtre de l'Odéon. Un an après Genesi, triptyque au goût de soufre et de mort, Romeo Castellucci remonte Giulio Cesare, un spectacle qui explore une fois encore les limites du corps humain, ses difformités et ses mutilations, et à travers elles, les possibilités multiples de la voix et du langage. Le Giulio Cesare de Shakespeare n'est ici qu'un prétexte, une trame esquissée sur laquelle viennent résonner les mots antiques des grands historiens, Suétone, Tacite, Appien, Salluste, Jules César lui-même et des rhétoriciens comme Cicéron ou Quintillien.

En 1998, le spectacle avait suscité au Festival d'Avignon une vive émotion, suivie d'une polémique. On y présentait des acteurs malades, obèses, opérés du larynx, anorexiques… jouant de leur handicap pour dévoiler une parole autre, tour à tour démembrée ou envahie par la chair, se traçant difficilement un parcours dans le corps de l'acteur et plus difficilement encore du corps traversé à l'oreille du spectateur. Trois ans après, La Societas Raffaelo Sanzio a fait du chemin, on reconnaît son style et c'est peut-être paradoxalement ce qui commence à déranger. Contrairement à Genesi, dont la luxuriance ne sombrait jamais dans la simple séduction plastique, mais valorisait le choc émotif dû à une mécanique imparable, Giulio Cesare se complaît un peu en seconde partie de spectacle, dans une inertie esthétique dont les vertus soporifiques ne sont pas négligeables.

Le but avoué est d'ailleurs excessivement intellectuel. Il s'agit de mettre en scène la force de la rhétorique en Occident, sous l'Empire, que ce soit à l'époque de Gorgias ou sous Napoléon. La forme verbale toute puissante, imposant son hégémonie sur tout contenu, sur l'idéologie même est passée au crible, traquée jusqu'au fond de la gorge de l'orateur avec une caméra qui filme ses cordes vocales. La rhétorique, pur effet dramatique, n'ayant rien autre à exposer que sa propre vanité, sa propre richesse devient sous l'oeil de Castellucci l'inventrice et la spectatrice des effets d'art qu'elle engendre. Simultanément, elle développe un discours de vérité sur elle-même, dévoilant ses techniques. En ce sens, c'est la rhétorique qui est la forme absolue de cette "écriture inaudible" si chère à la Societas Raffaelo Sanzio. "Inaudible" et inadmissible donc, la rhétorique circule logiquement dans des corps improbables. Brutus est incarné par une jeune femme anorexique, Jules César, par un vieillard décharnée, quant à Antoine il se livre à une oraison infinie en la personne d'un homme à la gorge trouée. Et quand par miracle, le corps est épargné, le spectacle lui, ne l'épargne pas longtemps. Et c'est ainsi que l'on voit l'un des comédiens inhaler de l'hélium afin de déformer sa voix.

L'objectif est clair: saboter le corps, traquer l'origine organique du langage, dérégler la voix et ne livrer que les cordes d'une machine humaine, un univers "désorbité par le meurtre de César". "Giulio Cesare" est un spectacle exigent, intransigeant et souvent d'une beauté inouie. On songe en particulier aux scènes du début, opposant Cassius et Brutus au travers de voilages, deux spectres issus de la Porte des ombres et venus hanter la "nekuia", la chambre des morts, ou bien encore, à la toilette de Jules César, assassiné. Pourtant, lorsque dans la seconde partie, les mots tournent à vide indéfiniment dans un espace si définitivement figé, on finit par décrocher et plonger à notre tour dans le vide de l'ennui et du néant.

Virginie Lachaise

Réagissez à cette chronique sur le forum de Flu.
---


Giulio Cesare
Au théâtre de l'Odéon
D'après William Shakespeare et les historiens latins
Spectacle de Romeo Castellucci
Du 8 au 18 novembre 2001 - Grande salle - Location :01 44 41 36 36
---


édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews

Blog

Sudoku

Forum

Courrier