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Jacques
Prévert, le poète national de nos écoles primaires n’a
pas écrit que des comptines : la compagnie Jolie
Môme exhume des textes écrits pour le Groupe Octobre
dont il faisait partie, troupe à vocation révolutionnaire
comme le laisse deviner son nom. Le Tableau des Merveilles
d’après Cervantès est une version modernisée d’une fable
médiévale à visée moralisante. Des bourgeois auxquels
on présente une scène vide après les avoir convaincus
qu’ils y verraient apparaître des merveilles, à moins
qu’ils ne soient juifs, ou mauvais chrétiens, rivalisent
d’imagination pour décrire et approcher ce qu’ils ne
voient pas. Crosse en l’air, par exemple - le
premier et le plus long poème de Paroles - n’est
pas une injonction à la mutinerie, mais doit son titre
à la lamentable vision sur lequel s’ouvre le texte :
un évêque vomissant dans le caniveau nous amène, par
de multiples sauts du coq à l’âne, jusqu’à un gardien
de nuit qui s’en va à Rome bien décidé à aller dire
au Pape ses quatre vérités.
La
compagnie Jolie Môme manifeste depuis sa création la
volonté de se placer dans la tradition du théâtre d’agit-prop
- une tradition théâtrale d’intervention directe qui,
bien que marginale en France, est à l’origine du Groupe
Octobre. Qui, hormis Jolie Môme, monterait aujourd’hui
de tels textes, avec leur verve, leur violence accusatrice
? Avec - également - leurs aspects datés, inséparablement
liés à la vocation d’agir sur la situation présente
qui est le propre de cette tradition théâtrale.
Or,
Jolie Môme entend ne pas être que cette mémoire vive
du théâtre révolutionnaire. La compagnie cherche aussi,
à l’image de ses prédécesseurs, à agir sur notre
présent. Ils jouent également en extérieur,
cultivant un théâtre de rue direct et populaire,
et présentent leurs spectacles auprès des jeunes dans
les écoles. Histoire que cette tradition ne se perde
pas. Qui sait si les temps à venir ne donneront pas
à d’autres Prévert l’occasion d’écrire un nouveau théâtre
d’intervention ?
Julie
de Faramond
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