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"piano préparé"

Cage Circus


Inventorio d'après 
John Cage et autres inventeurs

Théâtre de la Cité, dix-neuf heures (c'est un jeudi) dédale de couloirs, escalier, couloir, vestibule, coulisses, la scène. Prise de derrière. Cage Circus invite le spectateur à la découverte. Ce court tunnel spatio-temporel parcouru au pas de course nous propulse dans l'univers de la "performance", très conceptuel, et très sixties, de John Cage.

L'objet du spectacle, c'est le son. Pour prouver la musicalité du bruit, ou la non-musicalité de la musique, on ne sait plus, ou ce n'est pas l'essentiel, pour créer l'enchantement devant - ou derrière ?
ou autour ? - un froissement, un craquètement, un grincement, un raclement... la troupe de Cage Circus redouble d'inventivité sonore et visuelle. Le spectacle se joue comme un happening, suite de performances insolites, dérisoires et drôles, où l'on ressent à chaque instant la jubilation presque enfantine des acteurs lâchés dans un grand terrain de jeu sonore. Au ras du sol, haut perchés ou en équilibre, projetés ou coulissés, les sons se meuvent sur une scène dont l'espace lui-même est à ré-interrogé. Et l'on interroge encore la fonction de la musique, avec ce credo obsessionnel et provocant : "pour une musique d'ameublement".

Le terme d'inventorio reflète bien la nature protéiforme de ce spectacle "musical" et expérimental, sorte d'oratorio bruitiste qui tient autant du music-hall que du cirque. Le spectacle prolonge subtilement les interrogations et les expérimentations de l'un des initiateurs incontournables de la musique concrète. Des projections vidéos rappellent encore qu'il n'est question ici que de collage, de détournement, de bousculement. On peut aussi faire de la musique à quatre pattes, juché sur des bouteilles plastiques, ou bien remixer "Por que te vas" dans l'espace, à l'aide d'un mange-disque et d'un bras. Les sons électro-amplifiés repoussent encore les possibilités de ce jeu délirant. Mais c'est parfois le dénuement le plus complet qui parvient à faire passer le message conceptuel, comme ce 4'33 revisité par les cinq comédiens en caleçon, qui abandonnent l'audience au spectacle de ses propres bruits, de ses propres raclements de gorges (dans la version "originale", Cage jouait pendant 4'33 avec les grincements de son couvercle de piano !).

Des objets insolites, de drôles de machines, traversent l'espace scénique sans guide, ni fil, parce qu'il n'est pas question uniquement de matière, mais aussi de magie. Et lorsque la roue de vélo de Duchamp continue à tournoyer, à bruisser au milieu de la scène vide, on ne sait plus trop si c'est le mouvement qui crée le son ou le son qui dirige le mouvement. Et l'on sort de Cage Circus comme d'une sorte de bulle expérimentale, curieuse, aride pour les uns, novatrice pour les autres. Sans forcément comprendre le fin mot de cette petite histoire de bruits, on replonge, incrédule, dans la fraîche nuit de la Cité Internationale :

"Il en va pour moi avec l'oeuvre de Duchamp comme avec celle de Joyce. Je n'y comprends rien. Pas plus que je ne comprends le ciel nocturne, sa lune et ses étoiles : le fait que nous puissions maintenant aller jusqu'à la lune ne m'a en rien éclairé..." (John Cage)

Alexandre B.

Théâtre de la Cité Internationale (RER B : Cité Universitaire)
lundi, mardi, vendredi et samedi à 20h
Jeudi à 19h - relâches mercredi et dimanche
Jusqu'au 11 décembre 1999
110 F / 80 F / 55 F (Réservations : 01 43 13 50 50)

Mise en scène de Benoît Bradel
Avec Benoît Bradel, Ese Brume, Marie Dablanc, Victor Gauthier-Martin, Pierre-Henri Puente

Vidéo : Benoît Bradel
Sons et silences : Toma Fernier

Liens

- Le site et le catalogue du label expérimental Mode Records, berceau de la musique concrète, qui propose des oeuvres de Cage, Xenakis, Aki, Feldman...

- Retrouvez sur Obsolete l'histoire de 120 ans de musique électronique (en anglais), avec une page de liens sur John Cage

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