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Théâtre de la Colline
Café
d'Edward Bond
Mise en scène 
d
'Alain Françon


« Les maux des hommes sont entre les mains des hommes eux-mêmes, c'est à dire que le monde est maniable, que l'art peut et doit intervenir dans l'histoire ». 

Cette phrase n'est pas extraite de Café d'Edward Bond qu'Alain Françon a mis en scène et qui se joue actuellement au Théâtre de  la Colline. Loin s'en faut. Pourtant, ce petit extrait de l'éditorial d'un numéro de Théâtre populaire de 1955 n'est pas sans rapport avec la pièce d'Edward Bond : les maux dont parle Bond sont les mêmes que ceux qui occupaient l'esprit de l'auteur de cet éditorial, seulement, pour Bond, ils ne sont plus remédiables.

La pièce de Bond s'articule autour d'un massacre : celui perpétué par l'armée allemande contre des civils ukrainiens à Babi Yar, dans les environs de Kiev, en 1941. Pour Bond « Le problème n'est pas de savoir comment Babi Yar - et Auschwitz - ont jamais été possibles. Les explications sociales et historiques n'expliquent pas, elles identifient des causes qui auraient pu avoir d'autres effets. Auschwitz n'a pas d'histoire. »

Café apparaît effectivement comme une illustration de cette affirmation d'une irréductible banalité du mal, expression qui ne renvoie pas à un comportement singulier -  Hannah Arendt l'avait employée en premier à propos d'Eichmann - mais à la commune destinée des hommes. Comme l'explique David Lescot dans sa thèse sur la guerre dans le théâtre contemporain, l'humain de Café  apparaît dépouillé de tout déterminisme historique, social et politique. La disparition de la guerre en tant qu'événement militaire et historique coïncide dans la dramaturgie d'Edward Bond avec la disparition de l'histoire tout court, tandis que l'absence de repères historiques, sociaux, institutionnels renvoient à un temps sans cesse identique à lui-même.

Dans le texte de Bond, comme dans le spectacle de Françon, le tableau du massacre n'existe que par la description qu'en donnent les soldats à l'œuvre. Dos au public, ils visent un point virtuel situé au-delà du fond de la scène. Les victimes n'ont même pas droit à une réalité scénique. Ce n'est plus la nécessité politique qui motive le conflit militaire : la guerre dure tant qu'il reste des civils. L'enjeu politique a disparu, annihilé par la logique de guerre et relégué à des temps meilleurs.

La faiblesse essentielle du spectacle de Françon n'est pas d'avoir négliger cet aspect, fondamental de la dramaturgie de Bond et, d'après David Lescot, de plus en plus apparent dans son œuvre. Mais précisément d'avoir accepté cette vision d'une disparition (et non d'une fin) de l'histoire sans murmurer. Et surtout sans la problématiser. S'attachant à illustrer la pièce de Bond, le spectacle ne peut que le desservir.

 Julie de Faramond

>Café
du 12 mai au 30 juin 2000
d'Edward Bond
mise en scène par Alain Françon avec André Baeyens, Carlo Brandt, Rodolphe Congé, Clovis Cornillac, Vincent Garanger, Guillaume Lévêque, Dominique Valadié 
Théâtre de la Colline 15, rue Malte Brun 75020 Paris M° Gambetta. Résa
01.44.62.52.52
Plus d'info (et résa) sur le site du théâtre de la Colline


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