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Au théâtre des Bouffes du Nord à partir du 28 novembre

photo Gilles Abegg

Hamlet
de William Shakespeare
Mise en scène de Peter Brook


Parce que même un filage de Brook est intéressant

Oui, bien sûr, ce n’est qu’à partir du 28 novembre que l’on pourra voir l’Hamlet de Peter Brook. Pour l’heure, les répétitions se poursuivent dans le cœur doré des Bouffes du Nord. Mais cet après-midi là, les copains des copains des copains ne s’étaient pas fait prier pour occuper la place en curieux, en espions, en gourmands : c’était le premier filage. Certes, il ne s’agissait encore que d’une épure… mais une épure dessinée par un géant du théâtre. 

Sur un espace scénique vierge encore de tout décor, de toute lumière, dressée dans les corps non costumés des comédiens, « la structure fondamentale » dont parle Brook et qui opère dans la pièce de Shakespeare comme le moteur du mythe est déjà là. Point d’effets spéciaux, de promontoire, d’éclair ou de bruit de tonnerre, point de meubles, de panneaux coulissants… rien, si ce n’est le talent des acteurs et du metteur en scène. 

En fait, soyons juste, il s’agit surtout du talent d’Adrian Lester, si remarquable de grâce qu’il passerait presque pour un don. Ce jeune noir américain déploie le jeu le plus juste, c’est-à-dire le plus ambigu que l’on puisse rêver pour incarner un Hamlet. Brook a décidé de faire résonner pour ce personnage les cordes de la lucidité et de l’honneur. Parti-pris d’autant plus subtil qu’il choisit pour l’expression de la maîtrise de soi la représentation de l’aliénation mentale aux yeux du monde. Seul Horatio, le fidèle ami d’Hamlet reçoit le fruit d’un raisonnement cohérent. Ailleurs, Hamlet ne se tient pas et mime la folie pour échapper à un autre jeu plus fou encore, celui de l’hypocrisie. La prouesse technique de cet acteur époustoufle. L’échine parcourue de soubresauts, la bouche distordue, épileptique il l’est assurément lorsqu’il tente d’affoler le pauvre Polonius. Mais ce n’est que pour l’instant d’une comédie. Adrian Lester se plaît à retourner son jeu comme un gant avec l’aisance d’un dandy magnifique. 

Peter Brook, fidèle à lui-même, travaille avec un groupe international d’artistes. Tous se rejoignent dans la langue de Shakespeare, à l’exception du musicien-bruiteur Toshi Tsuchitori qui parle une autre langue : la musique . Ce merveilleux interprète demeure sur le côté de la scène, rappelant les procédés des spectacles indiens. Dans sa cage de cloches et de percussions invraisemblables il alimente l’émotion du spectacle, annonçant les personnages ou vivant avec eux leur délire. Avec modestie et énergie, tous concourent à un équilibre rare au théâtre.
En un mot, on attend avec impatience l’Hamlet de Peter Brook.

Virginie Lachaise

>>lire aussi Hamlet, mis en scène de Carlo Cecchi, à la manufacture des Oeillets, festival d'automne 1999

Hamlet
Festival d'automne à Paris

Adaptation et mise en scène de Peter Brook
Collaboration à la mise en scène : Marie-Hélène Estienne
Musique : Toshi Tsuchitori
Costumes et éléments scéniques : Chloé Obolensky
Lumière : Philippe Vialatte
Avec : Jeffrey Kissoon, Adrian Lester, Bruce Myers, William Nadylam, Natsha Parry, Naseeruddin Shah, Shantala Shivalingappa, Rohan Siva

Théâtre des Bouffes du Nord
Du 28 novembre au 12 janvier

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