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l'interview de l'interview de Didier Carette |
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Au Théâtre de la Tempête
Le Maître et Marguerite
D'après Mikhaïl Boulgakov
Mise en scène de Didier Carette |
Le Diable et Boulgakov...
C'est d'une main de maître,
véritablement diabolique, que Didier Carette dirige son bal des vampires, Le Maître
et Marguerite. S'emparant du roman du génial Boulgakov,frappé d'ostracisme pendant
près de vingt-six ans, aussi bien par les zélateurs du réalisme socialiste que par les
futuristes les plus dévoués, il fiche sur la toile du stalinisme les masques grotesques
du meurtre et de la terreur.
Comme Gogol, Boulgakov est hanté par
le diable. Puisant en virtuose dans le Faust de Goethe, il exaspère sous les
traits du satanisme les absurdités du régime communiste des années 20. Mais son point
de vue sur l'histoire, en fin de compte vaut plus par sa dimension éthique
qu'idéologique. Au-delà de la dénonciation du nouvel ordre né de la révolution
d'octobre, il s'attaque à l'aberration d'une pensée unique et "rationnelle"
imposée de force à tout individu. C'est sans doute la raison pour laquelle il construit
son roman sur plusieurs plans: à Moscou sous Staline, près du Golgotha sous Ponce-Pilate
et dans l'éternité. Ainsi, la trame politique, bien qu'omniprésente, ne sert que de
prétexte à l'évocation en forme de parabole, des souffrances et des vices de
l'humanité.
Heurté et brutal, Le maître et Marguerite de
Didier Carette, malmène les spectateurs aussi bien que les comédiens. Mais cette
violence sincère est salutaire. Pour sa création, le metteur en scène semble avoir
privilégié l'esthétique de la destruction et de l'éclatement. Ses personnages
difformes et vociférants, circulent au rythme d'un sabat, sur les planches d'un plateau
de théâtre torturé. Evoquant tour à tour les baraquement des camps, la scène des
Variétés ou le sapin des cercueils, le décor paraît tout aussi animé et dangereux que
ceux qui le piétinent.
Cette incroyable fantasmagorie, qui n'est pas sans
faire penser aux films des Marx Brothers par son côté clownesque et son découpage
cinématographique, est évoquée par un bien étrange choriphée, le prêtre orthodoxe
Yourodivy. Figure fictive du metteur en scène, il agite la sarabande des spectres, source
d'horreur et d'exaltation pour le spectateur. Oscillation permanente entre mysticisme et
sadisme, superstition et agnosticisme, magie noire et religion, Le Maître et
Marguerite, par sa forme, déboute un instant la raison et le respect des convenances
théâtrales pour se livrer à corps perdu dans la force des émotions.
Pour s'exprimer, Didier Carette privilégie le mode
de l'apparition. Avec une rare finesse il médite sur la liberté de pensée selon
Boulgakov, dont le contraire prend la forme des institutions psychiatriques jouxtant les
théâtres de Variétés, comme le dit un des personnages. En cela, il accompagne la
réflexion du maître russe par l'invention d'images d'une beauté et d'une force
impressionnantes.
Il faut dire qu'à son honneur il a fait sienne cette
phrase de Brecht : "Nous cherchons constamment à figurer l'harmonieux, le beau en
soi, au lieu de figurer la lutte pour l'harmonie et la beauté".
Virginie Lachaise |
A la Cartoucherie. Théâtre de la
Tempête, Résa 01.43.28.36.36
Jusqu'au 9 avril 2000.
Mise en scène et
adaptation de Didier Carette.
"Il faut plutôt traduire sur le plan émotif, et pas seulement littéraire,
lhorreur exprimée dans le roman" Lire l'interview de Didier Carette.
Avec : Evgueniy
Djurov, Georges Gaillard, Stefan Delon, Didier Carette, Nicolas Grandhomme,
marie-Christine Colomb, Hubert Kruczynski, Jean-Louis Hébré, Céline Cohen, Anne
Pintureau, Mikhaël Dontchev, Olivier Chombart, Nathalie Vidal, Steve Martin, Gérard
Pollet, Mathilde Robidet |
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