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jusqu'au 14 avril au Théâtre de la Bastille

Bérénice
mise en scène et chorégraphie, Frédéric Fisbach


Le metteur en scène Frédéric Fisbach et le chorégraphe Bernardo Montet ont choisi pour leur première collaboration de se confronter à Bérénice. Leur volonté est d'inventer une écriture scénique qui ne soit ni de la danse ni du théâtre et ce choix de perdre les repères de la représentation aurait pu facilement complaire le poème parfait de Racine dans un déplacement abstrait, une célébration de sa forme. Au contraire, cette proposition surprend par sa liberté d'invention : un dialogue étonnant se construit entre le présent de la scène et le passé du texte. Chaque acte est l'occasion d'un nouveau rapport du corps à la parole, du texte à l'image scénique, et les spectateurs sont, à chaque fois, invités à regarder, entendre ce texte si connu par un angle différent.

Partant du premier rang des spectateurs, les interprètes (danseurs et acteurs confondus) dansent isolément la situation de leur personnage au premier acte tandis que le texte en voix off provient d'un magnétophone laissé sur les sièges. Après ces scènes d'exposition, une sorte de coryphée, dépositaire de l'ensemble du texte, danse l'explosion des conflits : par la fragilité de son équilibre, funambule sans fil, il dessine sur le plateau le débordement de la passion. Puis un voile transparent de plastique nous éloigne du début de l'acte II où le texte est désormais pris en charge par les acteurs-danseurs. Peu à peu, l'espace scénique se dévoile et une multitude de vitres mobiles organise un espace où se réverbèrent les différentes confrontations. Retenues, les souffrances affleurent dans l'immobilité des corps puis jaillissent dans un silence dansé. À l'acte IV, les interprètes se retrouvent dans la salle et, dans cette proximité des spectateurs, Bérénice s'incarne en un homme face à un Titus femme alors que la retenue de l'interprétation rejoint presque un réalisme quotidien. C'est sur scène que se termine la tragédie, dans une pénombre, où résonnent les derniers mots de Titus, Bérénice et Antiochus comme si la représentation s'effaçait.

Cette accumulation de parti-pris se produit avec douceur et l'unification de la pièce classique s'en retrouve diffractée, décentrée. Alors est rendue sensible non pas l'évolution de la tragédie mais une déclinaison du déchirement tragique. Parce qu'elles sont cernées de différentes manières, les passions raciniennes perdent leur solennité. Le poème scénique lui-même ne cesse de déconstruire sa magnificence et alors celui de Racine nous parvient avec légèreté, humain, heureusement imparfait et relatif.

Aurélia Guillet

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Lire la deuxième chronique de Bérénice par Arnaud Jacob

Bérénice
de Jean Racine, mise en scène et chorégraphie, Frédéric Fisbach et Bernardo Montet, jusqu'au 14 avril au Théâtre de la Bastille. Réservations au 01 43 57 42 14.
>Tarifs : 164 F ; TR 91F & 85F


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