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Le metteur en scène Frédéric Fisbach et le chorégraphe
Bernardo Montet ont choisi pour leur première collaboration
de se confronter à Bérénice. Leur volonté est d'inventer
une écriture scénique qui ne soit ni de la danse ni
du théâtre et ce choix de perdre les repères de la représentation
aurait pu facilement complaire le poème parfait de Racine
dans un déplacement abstrait, une célébration
de sa forme. Au contraire, cette proposition surprend
par sa liberté d'invention : un dialogue étonnant se
construit entre le présent de la scène et le passé du
texte. Chaque acte est l'occasion d'un nouveau rapport
du corps à la parole, du texte à l'image scénique, et
les spectateurs sont, à chaque fois, invités à regarder,
entendre ce texte si connu par un angle différent.
Partant
du premier rang des spectateurs, les interprètes (danseurs
et acteurs confondus) dansent isolément la situation
de leur personnage au premier acte tandis que le texte
en voix off provient d'un magnétophone laissé sur les
sièges. Après ces scènes d'exposition, une sorte de
coryphée, dépositaire de l'ensemble du texte, danse
l'explosion des conflits : par la fragilité de son équilibre,
funambule sans fil, il dessine sur le plateau le débordement
de la passion. Puis un voile transparent de plastique
nous éloigne du début de l'acte II où le texte est désormais
pris en charge par les acteurs-danseurs. Peu à peu,
l'espace scénique se dévoile et une multitude de vitres
mobiles organise un espace où se réverbèrent les différentes
confrontations. Retenues, les souffrances affleurent
dans l'immobilité des corps puis jaillissent dans un
silence dansé. À l'acte IV, les interprètes se retrouvent
dans la salle et, dans cette proximité des spectateurs,
Bérénice s'incarne en un homme face à un Titus femme
alors que la retenue de l'interprétation rejoint presque
un réalisme quotidien. C'est sur scène que se termine
la tragédie, dans une pénombre, où résonnent les derniers
mots de Titus, Bérénice et Antiochus comme si la représentation
s'effaçait.
Cette accumulation
de parti-pris se produit avec douceur et l'unification
de la pièce classique s'en retrouve diffractée, décentrée.
Alors est rendue sensible non pas l'évolution de la
tragédie mais une déclinaison du déchirement tragique.
Parce qu'elles sont cernées de différentes manières,
les passions raciniennes perdent leur solennité. Le
poème scénique lui-même ne cesse de déconstruire sa
magnificence et alors celui de Racine nous parvient
avec légèreté, humain, heureusement imparfait et relatif.
Aurélia
Guillet
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Lire la deuxième chronique
de Bérénice par Arnaud Jacob
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Bérénice
de Jean Racine, mise en scène et chorégraphie, Frédéric
Fisbach et Bernardo Montet, jusqu'au 14 avril au Théâtre
de la Bastille. Réservations au 01 43 57 42 14.
>Tarifs : 164 F ; TR 91F & 85F
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