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jusqu'au 16 décembre à l'Etoile du Nord

Baal
de Bertolt Brecht
Mise en scène de Patrick Verschueren


Malgré son exubérance forcenée, le Baal de Brecht est pris au piège de son nihilisme jouisseur. Il rejette toute loi, toute règle, toute morale qui viendrait entraver son errance. Le contentement de ses besoins les plus primitifs est son seul but. Sans scrupule, il assouvit ses désirs les plus noirs, déchiquetant les chairs, dévorant l'âme de quiconque éveille ses sens. Le loup est sorti de la meute et ses congénères deviennent ses proies. Chez ce monstre enfanté par la guerre et l'hypocrisie, l'animalité prime.

Brecht stigmatise cette solitude du personnage. En une vingtaine de scènes Baal naît au plaisir, déflore la vie et jouît d'elle sans vergogne. Il ne fait pas de pause dans sa quête sensuelle, bien qu'elle s'accompagne d'une odeur de charogne de plus en plus prégnante. Baal est libre, Baal s'amuse. Mais Baal est seul, et il crève comme une bête galeuse, loin des hommes et de leur réconfort. A vouloir tout prendre, il s'est marginalisé, et le monde se détourne de lui, même à l'heure de sa mort.

Paul Verschueren a su garder cette approche du personnage, cette idée de l'isolement dans l'errance. Sur le plan scénographique, il la traduit par l'enfermement physique de Baal. Le monstre joyeux se trouve au centre d'une arène de bois, foulant la terre noire dont il est pétri. Il arpente cet espace tel un fauve dans l'attente d'une nouvelle proie. Aux marges, derrière les parois, l'ombre d'où s'avancent les personnages. Alors Baal bondit pour s'adonner à la débauche. Sur les hauteurs, une promenade. Les hommes y viennent contempler l'indicible et jouir de leur effroi. Car Baal le libertin, le nihiliste, n'est qu'une bête de foire. La surprise passée, ce divertissement n'intéresse plus. Les spectateurs s'éloignent. Baal, quant à lui, ne peut s'échapper d'une enceinte qui deviendra son tombeau.

Mais à trop circonscrire l'errance de Baal, le metteur en scène est tombé dans le piège dont il se méfiait : la fragmentation. En voulant dépasser "largement la tentation naturaliste de la succession des lieux", la trame se morcelle, le concept de fuite en avant s'estompe. Il ne reste que des saynètes sans véritable continuité. Seul le personnage de Baal maintient l'unité. Eckart, ce deuxième héros, l'initiateur, l'acolyte et l'amant, est sacrifié. Il n'est qu'une ombre parmi les autres. Lorsqu'il abandonne Baal, celui-ci est déjà seul, et depuis bien trop longtemps, pour que transparaisse l'idée d'ultime dissolution voulue par Brecht.

elBolcho

Baal
de Bertolt Brecht
à L'étoile du Nord
16, rue Georgette Agutte 75018 Paris
tél. : 01.42.26.47.47.

Création du Théâtre Ephéméride
mise en scène de Patrick Verschueren
traduction de Laurent Muhleisen
avec Sébastien Albillo, Christian Bachalov, Odile Billard, Stéfano Gilardi, Benoît Guibert, Yedwart Ingey, Chloé Réjon, Julie-Anne Roth et Vanessa de Winter

jusqu'au 16 décembre
Les lundis et samedis à 19h, les mardis, jeudis et vendredis à 20h30, les dimanches à 16h Prix des places 120F, réductions 80f et 50F (- 26 ans)

 

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