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Droit
au but mais gauche à la scène
Thomas Bernhard
est un dramaturge à la plûme affutée. Tout le monde
le sait et s'en repaît. On a appris à aimer ses coups
de griffes à l'encontre de la société autrichienne affublée
de toutes les tares morales de l'humanité : esprit mercantile,
racisme larvé, égocentrisme, intolérance et on en passe.
Il y a quelques temps, André Engel avait monté le Réformateur
au Théâtre des Abbesses. Avec " Au but ", une fois de
plus, on n'est pas déçu, c'est le passage à la trappe
des petites valeurs bourgeoises tant attendu. D'ailleurs,
La Mère quasi allégorie de l'Autriche fantasmée par
Bernhard, lance d'emblée que " Ce n'était pas un hasard,
c'était un calcul " , développant par la suite les aléas
de son mariage avec une huile de la fonderie qu'elle
a hai sa vie durant. Bulle Ogier dans le rôle de cette
femme ignoble développe jusqu'à saturation sa haine
de tout et de tous. Puissamment hystérique, un tantinet
alcoolique, elle tient sous son emprise La Fille, Hélène
Alexandridis, réduite au silence et à la servilité.
Ce couple hybride a trouvé le parfait équilibre dominant-dominé
qui pourrait se prolonger ainsi jusqu'à la mort, si
La Mère n'avait pas commis la bêtise d'inviter dans
leur maison au bord de la mer, l'Auteur Dramatique.
Evidemment, une telle inconséquence revenait à mettre
le ver dans le fruit.
On devine
aisément ce qui put attirer l'attention de Marie-Louise
Bischofberger lorsqu'elle entreprit de mettre en scène
cette pièce au cynisme décapant. Le théâtre réfléchissant
sur lui-même est en effet dans cette oeuvre latent et
omniprésent. Quelle est la part de l'artiste dans la
société ? S'il découvre le jeu des forces qui la trame,
ne reste-t-il pas impuissant et fasciné devant ce spectacle
? Quelle chance de prendre la parole peut avoir l'opprimé
lorsqu'il est élevé dans les coups, l'usure et le manque
? Comme à son habitude, Thomas Bernhard met en scène
l'antagonisme et se projette en chacune des parties
en présence mais ne résout rien : il a juste créé au
bout du compte un bien étrange autoportrait fracturé
et indéfectible. Certes, le propos de la pièce est intéressant,
bien que récusable sur bien des point en ce qui concerne
les partis pris sur l'art dramatique et la classification
en genres, drame, comédie, opérette…quelque peu dépassés
de nos jours. Mais, c'est justement parce que certains
points de l'œuvre de Thomas Bernhard n'entraînent pas
nécessairement l'adhésion, qu'il eût été intéressant
d'en faire une lecture plus distancée, plus nuancée.
On n'attend pas d'un metteur en scène qu'il accrédite
sans conteste les idées de l'auteur. Mais, Marie-louise
Bischofberger est restée très respectueuse…
En un mot,
on est déçu et ennuyé par un spectacle qui se complet
dans le statisme et l'intellectualisme et ne parvient
jamais à décoller dramatiquement. A quoi bon disserter
à en perdre haleine sur le pouvoir du théâtre si rien
ne se passe sur la scène ? La mise en scène se repose
presque entièrement sur le talent de Bulle Ogier qui
fatigue un peu en prenant toute seule à bras le corps
cette masse de mots. Plantés dans un décor absolument
réaliste, à l'ancienne mode, les acteurs, si toutefois
ils se déplacent, ne font qu'accomplir à la lettre ce
que dit le texte. Le spectateur n'est pas, c'est le
moins que l'on puisse dire, mis en danger. Le spectacle
a quand même un atout : il nous épargne une lecture
et si l'on suit bien, on peut même assister au spectacle
en fermant les yeux.
Virginie Lachaise
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Au but
de Thomas Bernhard
Traduction de Claude Porcell
Mise en scène : Marie-Louise Bischofberger
Décor : Gilles Aillaud
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz, création maquillage,
coiffure : Kuno Schlegelmilch
Lumière : Michel Beuchat
Assistant décor : Bernard Michel
Avec Hélène Alexandridis, Jérôme Nicolin, Bulle Ogier
Bobigny MJC 93
du 12 janvier au 11 février/ petite salle
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