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A Bobigny jusqu'au 11 février 2001

Au but
Texte de Thomas Bernard
mise en scène
de Marie-Louise Bischofberger

Droit au but mais gauche à la scène

Thomas Bernhard est un dramaturge à la plûme affutée. Tout le monde le sait et s'en repaît. On a appris à aimer ses coups de griffes à l'encontre de la société autrichienne affublée de toutes les tares morales de l'humanité : esprit mercantile, racisme larvé, égocentrisme, intolérance et on en passe. Il y a quelques temps, André Engel avait monté le Réformateur au Théâtre des Abbesses. Avec " Au but ", une fois de plus, on n'est pas déçu, c'est le passage à la trappe des petites valeurs bourgeoises tant attendu. D'ailleurs, La Mère quasi allégorie de l'Autriche fantasmée par Bernhard, lance d'emblée que " Ce n'était pas un hasard, c'était un calcul " , développant par la suite les aléas de son mariage avec une huile de la fonderie qu'elle a hai sa vie durant. Bulle Ogier dans le rôle de cette femme ignoble développe jusqu'à saturation sa haine de tout et de tous. Puissamment hystérique, un tantinet alcoolique, elle tient sous son emprise La Fille, Hélène Alexandridis, réduite au silence et à la servilité. Ce couple hybride a trouvé le parfait équilibre dominant-dominé qui pourrait se prolonger ainsi jusqu'à la mort, si La Mère n'avait pas commis la bêtise d'inviter dans leur maison au bord de la mer, l'Auteur Dramatique. Evidemment, une telle inconséquence revenait à mettre le ver dans le fruit.

On devine aisément ce qui put attirer l'attention de Marie-Louise Bischofberger lorsqu'elle entreprit de mettre en scène cette pièce au cynisme décapant. Le théâtre réfléchissant sur lui-même est en effet dans cette oeuvre latent et omniprésent. Quelle est la part de l'artiste dans la société ? S'il découvre le jeu des forces qui la trame, ne reste-t-il pas impuissant et fasciné devant ce spectacle ? Quelle chance de prendre la parole peut avoir l'opprimé lorsqu'il est élevé dans les coups, l'usure et le manque ? Comme à son habitude, Thomas Bernhard met en scène l'antagonisme et se projette en chacune des parties en présence mais ne résout rien : il a juste créé au bout du compte un bien étrange autoportrait fracturé et indéfectible. Certes, le propos de la pièce est intéressant, bien que récusable sur bien des point en ce qui concerne les partis pris sur l'art dramatique et la classification en genres, drame, comédie, opérette…quelque peu dépassés de nos jours. Mais, c'est justement parce que certains points de l'œuvre de Thomas Bernhard n'entraînent pas nécessairement l'adhésion, qu'il eût été intéressant d'en faire une lecture plus distancée, plus nuancée. On n'attend pas d'un metteur en scène qu'il accrédite sans conteste les idées de l'auteur. Mais, Marie-louise Bischofberger est restée très respectueuse…

En un mot, on est déçu et ennuyé par un spectacle qui se complet dans le statisme et l'intellectualisme et ne parvient jamais à décoller dramatiquement. A quoi bon disserter à en perdre haleine sur le pouvoir du théâtre si rien ne se passe sur la scène ? La mise en scène se repose presque entièrement sur le talent de Bulle Ogier qui fatigue un peu en prenant toute seule à bras le corps cette masse de mots. Plantés dans un décor absolument réaliste, à l'ancienne mode, les acteurs, si toutefois ils se déplacent, ne font qu'accomplir à la lettre ce que dit le texte. Le spectateur n'est pas, c'est le moins que l'on puisse dire, mis en danger. Le spectacle a quand même un atout : il nous épargne une lecture et si l'on suit bien, on peut même assister au spectacle en fermant les yeux.


Virginie Lachaise

Au but
de Thomas Bernhard
Traduction de Claude Porcell
Mise en scène : Marie-Louise Bischofberger
Décor : Gilles Aillaud
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz, création maquillage, coiffure : Kuno Schlegelmilch
Lumière : Michel Beuchat
Assistant décor : Bernard Michel

Avec Hélène Alexandridis, Jérôme Nicolin, Bulle Ogier

Bobigny MJC 93
du 12 janvier au 11 février/ petite salle


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