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Théâtre de la Gaïté Montparnasse jusqu'au 31 décembre

L'Arrivée à New-York
dans Voyage au bout de la nuit de Céline
avec Fabrice Luchini

Incorrigible, insolent, Fabrice Luchini est passé maître dans l'art d'exaspérer. Mais écouter le lire et vivre au son de Céline et vos remontrances s'envoleront aussitôt. Car il a encore franchi le pas. Il est encore passé "de l'autre côté de la vie". Décidément lui et Céline sont inséparables. Par sa voix, tristement chaude, Céline revit. Et Bardamu, le désabusé de service, ne meurt pas. Bras-dessus, bras-dessous, Luchini nous emmène dans le dédale de Voyage au bout de la nuit, ce monument de mélancolie qui n'est "rien qu'une histoire fictive". Il marche dans le texte célinien sans jamais s'y perdre, il explore les moindres recoins de la page, fait sauter les mots sur ses genoux. Il s'emporte. Il exulte. Luchini a bien compris qu'on n'entre dans cette oeuvre taciturne "qu'à pied, comme à l'église". Ses pas se font légers. Il sautille, navigue entre une chaise et un banc, entre le silence qui est comme "une crevasse" et la noirceur célinienne, véritable "étang de lumière".
C'est toujours la même magie, la petite musique qui nous berce, cette noire et truculente comptine qui nous décile les paupières devant les abîmes bien ordinaires d'une vie qui s'étale "en réclames prometteuses et pustulentes".

Combien de fois ai-je vu Luchini sur scène bredouillant, triturant les mots du Voyage, murmurant Baudelaire, La Fontaine ou un autre ? Je ne sais même plus. A vrai dire qu'importe. Je sais juste qu'il possède cent cordes à son arc, les cent intonations qui modulent ce texte magnifique. Il n'a jamais un souffle de trop. Sa voix vous hypnotise. On en demeure étourdi. Et puis, ses phrases qui paraissent bancales sonnent tellement vraies : "Ce qui est pire c'est qu'on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu'on a fait la veille et depuis tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n'aboutissent à rien [...]. Il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l'angoisse de ce lendemain, toujours plus précaire, plus sordide".

Rares sont ceux qui ont osé s'attaquer de front à Louis-Ferdinand Céline. On dirait que Luchini s'est fait un devoir de n'être pas infidèle à cette voix d'outre-tombe. "Dans le bruit d'eux-mêmes les hommes n'entendent rien", se désole Bardamu. Le comédien prête sa voix à l'écrivain. Il ne dit que l'essentiel. C'est bien assez et c'est une performance.

Anthony Dufraisse

L'Arrivée à New-York
dans Voyage au bout de la nuit de Céline. Théâtre de la Gaïté Montparnasse 26 rue de la Gaîté 75014 Paris 01 43 22 16 18 Jusqu'au 31 décembre

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