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Après Manque, joué cet hiver à Gennevilliers, Anéantis
est la seconde mise en scène dun texte de Sarah Kane de la
saison, ce qui correspond exactement à la moitié de son uvre
théâtrale publiée. Létoile montante du théâtre alternatif
britannique, au vol trop tôt suspendu (Sarah Kane on le sait
s'est suicidée ndlr), semble avoir suscité les espoirs les plus
fous chez ceux qui attendent encore quelque chose de lécriture
dialoguée traditionnelle. Pourquoi ? Un homme et une femme sont dans une chambre dhôtel : il va mourir,
il est malheureux. Elle est malheureuse aussi, épileptique qui
plus est. Durant son absence à elle, un second homme vient, cest
un soldat, il viole le premier personnage et lui mange les yeux,
celui-ci arrivera néanmoins à le tuer. La femme revient ;
dehors, cest la guerre ; elle a ramené un bébé qui,
hélas, finit par mourir de faim. Elle laisse lhomme seul qui,
affamé, va grignoter le cadavre de lenfant.
Mettant
de côté lhorreur que ces scènes se doivent dinspirer chez
le spectateur (il ne serait pas bien dy trouver de quoi rire,
semble-t-il), nous cherchons en vain le renouvellement du genre
que les services de communication des théâtres et quun
certain nombre de critiques y voient. Il y a trente ans, Edward
Bond révolutionnait le théâtre britannique et défrayait la
critique en proposant à la scène des histoires de bébé lapidé
(Sauvés), de vieillard torturé à mort et autres
joyeusetés. Sarah Kane partage avec Bond la même obsession de la
dénonciation de latrocité du monde, dénonciation qui ne
semble avoir dautre corollaire quun appel impuissant à la
pitié et lillusoire miroitement dune possible rédemption
et ce, dans le sens le plus chrétien du terme. Or il ne nous
semble pas évident que lavenir du théâtre passe par un
retour au mystère médiéval. Même si ce mystère porte en lui
au moins un double héritage : le théâtre du quotidien et
le souvenir des romans de Dostoïevski.
Julie
de Faramond
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>Anéantis
du 25 avril au
28 mai
De
Sarah Kane avec Eric Elmosnino, Pascal Greggory, Alexia
Monduit
Mise en scène de Louis Do de Lencquesaing
Théâtre
de la Colline 15, rue
Malte Brun 75020 Paris
M° Gambetta. Résa
01.44.62.52.52. tous
les jours à 21h, les dimanches à 16h et les mardis à 19h, relâche le
lundi.
50
et 20F.
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