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Jusqu'au 22 décembre 2001 au Théâtre-studio d'Alfortville
Sarah Kane

4.48 psychose
de Sarah Kane
Mise en scène de Christian Benedetti


Peu de dramaturges connaissent aussi jeunes la notoriété qu'a atteinte de part et d'autre de la Manche l'anglaise Sarah Kane. On peut avancer deux raisons à cela : le soutien fervent que lui a apporté Edward Bond (qui a déclaré à propos de Blasted, qu'il s'agissait de "la seule pièce contemporaine qu'il souhaiterait avoir écrite") et son suicide prématuré en février 1999, quelques jours après son vingt-huitième anniversaire. Aussi, depuis deux ans, les mises en scènes de ses quelques pièces se multiplient. 4.48 psychose, œuvre posthume, restait la dernière inédite en France.

On ne peut pas reprocher en tout cas à Christian Benedetti d'avoir cédé à un effet de mode. Le Théâtre-Studio d'Alfortville entretient depuis quelques années une relation privilégiée avec Edward Bond, et il était logique que son directeur s'intéresse aux œuvres de son héritière putative. Après sa mise en scène d'Anéantis en 2000, grand bien lui en a pris. Il fallait en effet un lieu et une équipe capables de prendre en charge la radicalité de cette écriture.

4.48 psychose retrace l'expérience d'une jeune femme souffrant de psychose suicidaire face au monde médical. On ne peut s'empêcher de penser qu'il annonçait directement le suicide de Sarah Kane, ce qui rend sa noirceur et sa violence encore plus insupportables.

Christian Benedetti n'a pas cherché à composer avec cette réalité, à gommer la violence de cette écriture. Il l'attaque frontalement, en lui opposant un parti pris de mise en scène tout aussi radical : une comédienne, Ingrid Jaulin, seule en scène, debout, qui ne bougera pas d'un centimètre pendant l'heure et quart de représentation. On ne peut pas dire que le texte y gagne en lisibilité. Mais en gommant tout ce qui pourrait incarner cette expérience (l'univers médical, personnes, lieux et objets, le corps même de l'héroïne), la mise en scène s'approche au plus près du sentiment de la psychose tel que le définit Sarah Kane : "Ce qui est très intéressant dans la psychose, c'est que vous ne savez plus ou vous vous arrêtez et où commence le monde. Donc, par exemple, si j'étais psychotique, je ne ferais pas littéralement pas la différence entre moi-même, cette table et mon interlocuteur. Tous feraient partie d'un continuum."

D'autre part, en poussant jusqu'au bout son parti pris antispectaculaire, jusqu'à imposer à sa comédienne l'immobilité totale, Christian Benedetti instaure paradoxalement une véritable tension, physique et émotionnelle, qui ne peut laisser le spectateur indifférent. Même si la majeure partie de son aventure intérieure reste sans doute inaccessible au spectateur, l'intensité de l'interprétation d'Ingrid Jaulin force le respect et emmène l'écriture de Sarah Kane bien au delà de tout pathos biographique.

4.48 psychose n'est pas un spectacle plaisant, pas plus que ne l'est le texte de Sarah Kane. Edward Bond définissait celui-ci comme "un avis de suicide". Mais d'ajouter : "Lisez le. Cet avis de suicide est votre nécrologie."

Vital Philippot

photo : Simon Kane 2000

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4.48 psychose
de Sarah Kane
Mise en scène de Christian Benedetti
Avec Ingrid Jaulin
Jusqu'au 22 décembre 2001 au Théâtre-studio d'Alfortville
Tous les soirs à 21 h sauf les dimanches à 15 h 30 et relâche les jeudis
Réservations au 01 43 76 86 56
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