|
[Manhattan, octobre 2001] L'atmosphère
est pesante, triste, oppressante et les images montées en
boucle reviennent avec force alors que le regard redécouvre
Manhattan. Manhattan dont le visage a changé d'expression.
Les immeubles, les capots de voitures, les vêtements arborent
le drapeau américain. Les "une" de journaux collent
aux vitrines des magasins. Les photographies des tours se vendent
avec empressement. Les portraits des disparus fleurissent les stations
de métro et les rues. Passer rapidement près de la
béance qui fascine. Éviter la foule curieuse, massée,
chaque jour, à ses abords en rangs disciplinés et
silencieux.
Le
refus d'images de cette sorte s'impose avec force. Ce qui devait
l'être a déjà été fait. D'autres
ne serviraient à rien sans parler du dégoût
certain que pourrait mettre en évidence une telle attirance,
voyeuse et malsaine, une fois l'événement passé.
Arpenter
Broadway, suivre les bordures de Lower East Side, déambuler
dans Little Italy, se perdre à Times Square avant de s'enfoncer
dans China Town et remonter Canal Street. Manhattan se dessine sous
les pas. Croiser des regards ordinaires, laborieux, perdus, solitaires,
distraits, lourds, défiants et écouter les histoires
aux accents mêlés.
Réfléchir
les images possibles en arpentant les rues sans trop céder
à cette émotion forte, envahissante. Chercher les
regards singuliers. Chaque rencontre est une image, figure des visages
saisis, des expressions, des attitudes, des univers sociaux, des
singularités, des histoires particulières, ceux d'une
ville plurielle, complexe, vivante. L'empreinte y est profondément
sensible. Les sourires, les sympathies instaurent une complicité
douloureuse sur laquelle il n'y aura pas de mots échangés.
Ces mots là ne serviraient à rien. Respecter la pudeur.
Voir autrement. Photographier simplement les visages pour figurer
les mémoires. [Paris, février
2002]
visiter la galerie virtuelle
|