On a pris lhabitude de voir
Brassens chanté par dautres chanteurs français, comme Renaud, Le Forestier ou
plus récemment Sinsemillia. Loriginalité de ce Tribute to Georges
Brassens tient à la traduction des textes et à leur reprise par des groupes venus de
divers horizons musicaux. Fondé sur une telle ambition, le projet accouche de quelques
réussites et dune majorité de morceaux plutôt moyens. Lalbum y perd sa
cohérence, dautant que les groupes venus rendre hommage nont pas grand chose
à voir entre eux. Chacun a dailleurs enregistré son adaptation dans son coin,
entre Paris, Londres, Kingston ou encore Los Angeles.
Malgré ces petits défauts, My own road
gagne à être découvert sinon acheté. Certaines reprises peuvent donner à
sourire, dautres redonnent lémotion attendue, toutes intriguent. Les amuseurs
publics pourront même organiser un quizz musical. La règle est simple : faites
écouter à vos amis chaque reprise en leur demandant de deviner le titre du morceau
original. Succès garanti dans les soirées squats, surtout si vous enchaînez en grattant
votre guitare à la façon du vieux Georges.
Les amateurs de soul apprécieront Beautiful
stranger (Létranger), repris par Misty Oldland.
Les blousons cloutés accrocheront sur My own road, reprise hard-rock de La
mauvaise réputation par Slaughter. Les vieux babas
adoreront linterprétation de The Prayer (Je vous salue Marie) par
les revenants de Jefferson Starship (ex Jefferson Airplane).
La voix caverneuse du vieux Paul Kantner, posé sur un jeu de guitare hispanisant,
transforme ce Prayer en un moment fort de lalbum. Les rastas amoureux se
déhancheront lascivement sur I made myself small (Je me suis fait tout petit),
murmuré par Black Uhuru sur un rythme qui donne plus envie
de raconter des choses à la belle Puma Jones (ex chanteuse du groupe) que de sautiller
frénétiquement. Les rockers FM mis sous Prozac depuis la séparation de Toto trouveront
une raison de continuer dy croire en se laissant bercer par les riffs de Jason Scheff of Chicago, qui repose La non demande en mariage
(I have the honor) avec un lyrisme digne des meilleures pubs Gillette. Les
crooners country qui nhésitent pas à pousser la chansonnette dans les bars et les
repas de famille trouveront une caution dans Friendship first (Les copains
dabord), machouillé par Asleep at the wheel. Dans
cette version, le bateau à aube du Mississipi a remplacé le radeau méditerranéen sans
perdre lâme de Jean, Pierre, Paul et compagnie. Ceux qui n'ont pas bien choisi leur
camp mais trouvent Beck et Cake définitivement cools hocheront de la tête à
lécoute de Sirens of fame (Trompettes de la renommée), qui donne
aux Zen Cowboys loccasion de se livrer à quelques
expériences sonores et vocales.
Bref, chacun trouvera son bonheur dans ce
florilège cosmopolite. On peut néanmoins douter que Watch the Gorilla (Gare
au gorille) fascine les foules, même si la reprise de Young MC
semble vouloir surfer sur la vague hip-hop. On y entend en fond la voix de Brassens,
samplée et remasterisée sans vergogne, comme aurait dit le vieux. On croyait ce genre de
pratiques réservées au producteur technoïde dYvette Horner.
Sauf cet accident, lhommage est donc de
qualité suffisante pour mérité dêtre adressé au maître. Naturellement, les
puristes diront quils préfèrent les versions originales. Ils auront souvent
raison, notamment pour Lay me down by the sea (chanté
par Martika), qui est à la Supplique pour être enterré
sur la plage de Sète ce que Céline Dion est à Paul Valéry. La tombe de Brassens
méritait quand même mieux, surtout en clôture dalbum.
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