A deux
coudées dêtre atteint par le pire mal qui guette le musicien talentueux (le
succès populaire), Dominique A, en bon chanteur indépendant qui se respecte, aurait
choisi, entend-on, sur son quatrième album de revenir à une ligne plus sèche et dure.
On se souvient en effet des dérives du Twenty- two Bar où, pour le coup, tout le monde a
failli danser et qui ne fut sauvé du désastre que par une version hardcore assénée,
sans aucun impact notable sur le cours de la cérémonie, aux Victoires de la Musique.
Cétait oublier quil y avait sur La Mémoire Neuve des titres réservés à un
public plus exigeant (Les hauts quartiers de peine, notamment, et surtout le meilleur
titre de lalbum, léponyme) et que cétait le bonhomme lui même qui
délibérément était allé vers un auditoire qui ne le méritait pas.
Remué a donc été composé en partie aux
Etats-Unis, selon des méthodes quon imagine assez correspondre aux clichés du rock
contemporain, pour mettre à sac le côté variétés qui risquait de faire de lui le
Michel Drucker de la " nouvelle chanson française ". Gros son. Gros
producteur. Gros mots qui fâchent. A larrivée, Dominique Ané découvre que cet
album ne lui appartient pas, quil ne laime pas. Il décide alors de le
déssécher, de le faire fondre au soleil en lui imposant une cure draconienne
damaigrissement sonore. Le second Remué naît de cette mise en famine et dun
retour aux traditions nantaises (la Fossette) : squelette de chansons, sacrifice de la
mélodie, rythmique lourde et cyclique, paroles qui se serrent la ceinture.
Le tout donne bizarremment un album quon
aime à moitié. Non pas comme dhabitude chez A, à mi-temps, cest-à-dire
beaucoup lorsquon est triste, seul et en rogne, et moins, voire point du tout
lorsquon est heureux et quil fait chaud dehors. Non, non, remué ne marche pas
de cette façon. On adore juste la moitié des chansons. Le début évidemment est
magistral, Comment certains vivrent étant à tous points de vue la meilleure
chanson de Dominique A, la plus cynique, la plus caustique et la plus juste. Pour la
première fois, les guitares électroniques sont employées ici comme des tronçonneuses
à couper les têtes qui tombent une à une dans des paniers dosier minés de vers
assassins contre nos contemporains, nos frères. Tu vas voir ailleurs, moins fine
joue aussi dans la cour des grandes. Pères fait mouche et je suis une ville rappelle
le fondu nostalgique de la Ville sendormait de Brel , ce qui nest jamais
désagréable. Avant lenfer, sauvé par un texte impeccable, commence à
sonner le glas dun album qui file ensuite un mauvais coton. Douanes, sur les
sans papiers et les immigrés, met la puce à loreille : A tourne en roue libre. Le
détour passe. Ma vieille tête fait vraiment la grimace, donnant un aperçu de
ce quon pourrait ne pas aimer chez Dominique A sil le faisait plus souvent :
DU Dominique A, comme disent ses détracteurs. Même remarque pour les trois titres qui
concluent lalbum. Sans quil y ait eu probablement de volonté de faire
recette, on sent que Dominique a cherché un peu ses mots, que les effets pervers qui font
sa richesse ont du être un peu forcés pour entrer dans le cadre des chansons qui,
peut-être, auraient mérité pour servir ses intentions de rester muettes. La sécheresse
des arrangements ajoute sur les titres les plus faibles à ce sentiment dindigence.
En dissertation, lélève A na pas tenu toutes les promesses que son
introduction et sa première partie laissaient présager: on demande à revoir avant de
décerner des titres de noblesse. Note B.
Remué, en résumé, restera pour nous une
indispensable petite déception que nous conseillons à tout un chacun dessuyer au
plus vite, une sorte dOrangina à lorange sanguine dont la pulpe serait
restée au fond, malgré lagitation. Nous ne doutons pas cependant que le prochain
album du A. puisse nous... Secou"é".