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image publique limite

Public Image Limited
Plastic Box
Coffret 4 CD

"Personne n’a écouté un traître mot de ce que j’ai dit". C’est sur ce vers de dépit que John Lydon dit le Pourri décida d’ouvrir en 1978 la carrière d’un des groupes les plus mésestimés de la scène post-punk : le Public Image Limited (1978-1992). Seul rescapé intègre de l’aventure des Sex Pistols, Johnny Rotten, chanteur et principal " compositeur " du groupe punk, comptait sur ce nouveau groupe pour prolonger d’une façon intelligente le travail de sape engagé quelques années plus tôt sur les trottoirs huppés de Londres et satisfaire à ses propres besoins de reconnaissance, de drogue et d’oseille fraîche.

Passé à la moulinette de l’histoire musicale, P.I.L n’aura souvent laissé que l’ image fugace d’un groupe misérable, roublard et s’essayant à surfer sans planche convaincante sur diverses vagues lucratives : le punk (qu’il avait inventé), le reggae, le rock gothic et la musique électronique, pour ne citer que trois de ses terrains de jeux favoris. La sortie de ce coffret assez bon marché vient remettre les pendules à l’heure et montrer que Lydon a réussi durant la décennie 80 ce que David Bowie cherchait alors vainement à faire : exister et répondre coup pour coup sur le terrain musical à l’industrialisation de la musique pop. Ce qui marque la naissance de P.I.L, c’est la digestion spectaculaire du mouvement punk par les masses et son corollaire : la pourriture accélérée des corps qui le véhiculèrent (la mort de Sid Vicious, le sabordage long et douloureux des Pistols par Malcolm Mac Laren). Lydon, qui n’a jamais été dupe (lorsqu’il était sobre) du pouvoir insurrectionnel de son ancien groupe, n’a, après la désintégration du quatuor, pas mis bien longtemps avant de comprendre qu’il ne pouvait exister qu’en prenant à son compte la majorité des éléments pop qu’il avait conduit à décrédibiliser, à savoir la mélodie et les paroles.

P.I.L est donc avant tout le groupe de l’échec d’une forme et de sa vomissure. L’écoute des quelques titres tirés de First Issue donnent tout à fait cette impression, assez désagréable, d’un groupe qui réapprend à parler et à jouer de la musique après avoir hurlé par dessus les toits qu’on ne l’y reprendrait plus (Theme, Cowboy Song). Lydon, Jah Wobble et Keith Levene (l’ancien Clash) s’organisent dans une première formation pour expliquer comment l’esprit punk de jactance brutale a été détourné en "manière d’être" pour protéger la jeunesse de son contenu suicidaire et révolutionnaire. Le nouveau groupe va s’ingénier dès lors – comme s’il s'agissait de prolonger une lutte, d’ores et déjà perdue, par d’autres moyens – de falsifier ce que l’industrie a essayé de mettre en place après l’ouragan punk, c’est-à-dire un nouveau système de valeurs assis sur les notions de "genre" et de "tube".
L’ensemble des 4 CD peut être pris pour le dynamitage méthodique de chacune de ces deux notions. P.I.L va ainsi construire ses propres hit singles sur des cadavres de chansons et de cris, faire semblant de composer des chansons d’amour sur des faits divers sordides (Flowers of Romance) et lancer quelques perches en direction de l’occultisme (Annalisa, Four Enclosed Walls), de l’exotisme (les percussions de Hymies’s Him) et de la critique sociale (Francis Massacre) pour mieux les retirer des mains de ceux qui s’en empareront. L’intelligence de Lydon est toutefois de ne jamais répondre intelligemment à ses interlocuteurs et de maintenir les chansons dans un état de stupidité et de rage proche de ce que les Pistols avaient atteint. Sa voix de crécelle et sa scansion particulière – qui rappelle un peu l’accent d’un hachoir de boucher qui parlerait avec la bouche pleine - l’ont beaucoup aidé il est vrai à suggérer qu’il se moquait de tout, y compris de lui-même, et à se couper du succès.

plastic box

Chacun réécoutera avec plaisir le fameux This Is Not A Love Song – qu’on préférera dans sa version Live à Tokyo, beaucoup plus riche que celle du coffret – et se souviendra de son clip débile où Lydon se baladait en ville dans une Pontiac rose bonbon en hurlant des insanités. Même si certains titres du troisième disque confondent jenfoutisme et foutage de gueule, la première écoute de la sélection – les disques 1 et 2 surtout – achèveront de vous convaincre que P.I.L est peut-être aussi important, même si moins séduisant et vénéneux que Cure, et moins noir que Joy Division, que d’autres pierres tombales de l’histoire secrète du rock.

Un rapprochement, peu évident au départ, s’imposera entre les compositions de P.I.L (enrichi dans sa deuxième mouture du guitariste de Magazine et des Banshees John Mac Geoch) et celles des Pixies. Même hargne fantaisiste, même désespoir jovial et noirceur énergique. La poésie réelle qui se dégage de certaines compositions (Low life Attack, Disapppointed, Poptones), sur lesquelles la voix de Lydon glisse comme un cygne dont on vient de trancher le cou, nous indique une autre grille de lecture possible : celle d’une grande œuvre déjantée qui n’aura de comparable, à la même époque, et plus profond encore dans l’underground musical, que celle des Only Ones de Peter Perett, sur lesquels il faudra bien revenir un de ces jours.

B. Myosotis

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Prix indicatif : 379 FF