Sorti dans une indifférence
critique presque totale, le premier album de MAKE UP, groupe américain dAmérique
(on nen sait pas beaucoup plus), est ce quon a pu rêver de mieux depuis
quon a découvert le Spiders from Mars de David Bowie. Non que lalbum nous
paraisse décisif pour lhistoire du rock ou véritablement novateur. I WANT SOME est
beaucoup moins que cela et beaucoup plus à la fois. Comme les meilleurs albums de Bowie,
il sonne comme une synthèse parfaite de ce qui sest fait avant lui et de ce qui se
fera dans les cinq prochaines années.
MAKE UP, puisquil faut bien se mettre à
dire de quoi il sagit, semble être un collectif de quatre personnes, mené par un
chanteur ludion à la voix sidérante. Capable de se faire passer pour Prince
et disons Tom Yorke dans le même morceau (The Choice), le
chanteur de Make UP chante aussi bien le rock, que le rap ou le punk. Le groupe qui
laccompagne lui suggère des ambiances quil pousse au bout de leur logique,
amenant la section rythmique à surenchérir sans cesse sur ses outrances vocales. Sur Born
on the Floor, Make Up chante :
" When i came
to this world/ I wanted to be premature/
I said Mama I want to come out soon ".
Ces quelques vers suffisent à dire
lurgence qui émane de cette musique qui possède à la fois limmédiateté du
meilleur pop- rock (façon Supergrass pour limmédiateté et
lévidence des mélodies, la rapidité des doigts sur le manche), la complexité
sonore et mélodique du rock underground américain (Pixies pour la
folie, Pavement pour la déconstruction systématique des mouvements) et
le sentiment davoir pas mal cheminé dans les terres bluesy du Sud américain.
Parfois (Hey ! Orpheus), MAKE UP quon meurt denvie de voir sur
scène fait des clins dil aux Doors ou à dautres
géants du rock (Prince, encore, sur Every Baby Cries The Same, Nick Cave
sur Free Arthur Lee, Velvet sur Trans-Pleasant Express, Rolling
Stones sur Blue is Beautiful,
) sans pouvoir sempêcher de
semer une délicieuse pagaille dans lhéritage. Les guitares grésillent et sont
prêtes à tordre le cou à toute espèce dacadémisme, promptes à se désaccorder,
à suivre les poses christiques du chanteur.
La musique de MAKE UP est ce quon pourrait
appeler une musique éminemment organique, sexy, au point quon se demande si ces
types là (jusquà la voix de femme qui gémit parfois en chur) nont pas
passé un contrat déchange sensuel avec des succubes venus de je ne sais où pour
avoir accès à tant dexcès (substance abuse, under the impression). Des
frissons parcourent la surface du CD levant des scènes dhystérie autour du rayon
laser. Des femmes nues courent dans notre chambre tandis quon se prend à sauter en
lair comme un chanteur de hard- rock, là sur le lit, là en culbutant la corbeille
à papier.
MAKE UP réconcilie sur son nom toute notre
discographie, lève toutes les accusations de mésalliance qui nous faisaient aimer le
funk, le blues, le rock et le folk. Le maquillage dispensé par ce groupe permet à chacun
de sortir partout avec sa tête des meilleurs jours.
INDISPENSABLE.
Sil fallait avoir un seul disque de musique organique, ce
serait celui-là.
MAKE UP.
" After the
rain, we will make you change and come
true. "
Myosotis |