| Comme lindique son
titre, le troisième album de Keziah Jones joue sur les
oppositions et les associations incongrues. La fusion du funk, de la
soul et du rock, initiée par le nigérian dès le
début des années 90, donne ici un album riche quoique inégal. Né à Lagos, capitale survoltée dun Nigeria
toujours en proie au chaos, Keziah Jones passa son adolescence à Londres,
où il apprend la musique. En 92, il devient populaire avec Rythm is love,
où son timbre de voix si particulier porte haut le refrain. Keziah Jones aime jouer de
ces jeux vocaux. Sur Hello Heavenly, sa voix est traînante,
plaintive. Sur Im known, au contraire, il pousse une série
de monosyllabes caverneuses, comme un canard moqueur. A la façon dun jazzman,
Keziah Jones aime faire durer les périodes, comme sur Functional,
où la basse soutient longtemps, à partir dun accord répété sans cesse, les
déclinaisons sonores du refrain. Parfois, Keziah Jones adopte les postures des divas
du rock et du RnB, rappelant le jeu dun Lenny
Kravitz (en plus svelte), riff de guitare électrique et lamento tendu : Pain
is a river/Love is a stranger walking round/Too many eyes make you Shiva.
En somme, on qualifierait de ballades la plupart des titres
de lalbum si son auteur navait pas le talent de torturer le genre, cassant les
anticipations de lauditeur pour lemmener dans dautres directions. Le
dernier titre de lalbum, Teardrops will fall, illustre cette
démarche, en souvrant sur une intro digne dun Neil Young
avant de saventurer dans un registre plus soul, la voix de Keziah Jones cassant la
mélodie initiale.
Artiste syncrétique et engagé
(via lAfrican Anarchist Corp. notamment), Keziah Jones
poursuit une démarche protéiforme (peinture et photo en + de la musique), construisant
peu à peu un art personnel en phase avec lépoque, follement créative et
mélancolique à la fois.
KZ
Pour en
savoir + :
www.keziahjones.com |