En
changeant, pour cause de concurrence cinématographique, le titre de son album
" A vendre " en " A prendre ", Miossec a montré -
malgré les justifications daprès-coup - quil aurait tout aussi bien pu
sappeler à rendre, voire à pendre, et par conséquent reconnu quil ne
sétait pas imposé à lui avec la même facilité que les deux précédents. De la
même façon, si, dans notre discothèque, Boire et Baiser se posaient comme des fonctions
essentielles, voire vitales, A Prendre ne soulève pas le même sentiment
durgence et de nécessité organique, à lachat ou à lécoute.
De là à dire quà prendre ou à laisser,
on ne choisit pas obligatoirement la première solution : il y a tout de même un abîme
que nous ne franchirons pas par les temps (chiches) que court la chanson française.
Pas la peine, de dépit, de venir taquiner Miossec
sur son absence de voix. Celle-ci na pas évolué depuis le premier album -elle se
serait même un peu développée - et reste très en deça de ce que dautres
chanteurs peuvent faire (Dominique A, pour ne citer que lui). Elle na jamais
constitué, si ce nest peut-être en concert, un handicap insurmontable. Sa rudesse
ajoutait même, dans ce cadre, à lauthenticité du désespoir et à lidée
que Miossec hurlait une dernière fois avant de séteindre. Toujours est-il que
Miossec continue de parler plus que de pousser la chansonnette. Ses mélodies
nétant pas elles-mêmes inoubliables (il faut lavoir vu à plusieurs reprises
sur scène entamer un couplet sur une introduction qui nétait pas celle de la bonne
chanson pour sen persuader) : lattention de lauditeur se reporte, contre
la volonté de lauteur, sur la seule pertinence de ses textes et la dissection de
ses états dâme.
Or, cest ce qui pêche ici pour la première
fois : limpression que Miossec à cinq ou six exceptions près, (le chien
mouillé, lassistant parlementaire, les bières aujourdhui souvrent
manuellement) ce qui nest déjà pas mal, manque un peu dimagination et de
force de percussion. La critique va même un peu plus loin et plus profond si lon
considère que certaines chansons semblent tomber à plat et ne bénéficier daucune
légitimité. Tout compte fait et lauberge des culs tournés sont
expédiées sur des textes aux rimes tellement convenues quà aucun moment elles ne
nous semblent crédibles. Sur ces titres, Miossec a perdu la main malheureuse qui nous
attirait dans son naufrage. La rupture de ban, damour, de jus, de gerbe tarde à
venir et nous est servie dans un plat doré quon goûte comme un surgelé servi, à
pas dheure, sans la saveur canine dun vomi tout chaud.
Heureusement, lexplosion du retour à
lhôtel et dau haut du mât, vient un peu nous relever du constat
selon lequel plus la tête du brestois séclaircit, plus son futur musical
sassombrit. Personne nosera reprocher à Miossec dêtre en train de
réussir sa vie et de ne plus nous seriner avec ses histoires de bitures et de sexe à la
mords-moi-le-noeud-coulant. Le salut saccompagnera de ces éructations sauvages de
verbe et de guitares quon trouvera trop rarement sur A Prendre et
quil sait si bien déclencher sur scène. On se souviendra pour rêver avec lui
dun concert phénoménal, dans une Eglise du Nord de la France, où Miossec,
pitoyable, acheva le set par une série de hurlements plus déchirants les uns que les
autres portés par des guitares saturées qui rappelaient les pires déluges du
Finistère.
A prendre donc sans avoir regardé son jeu,
Miossec manque de perdre la main. Nous lui intimons, par respect pour lhomme et son
oeuvre, de venir nous la re-foutre dans la gueule un de ces matins, comme au bon vieux
temps. Pourquoi pas tabasser ? Ou enculer ?