Sur le papier, cest un petit
événement. Pensez : Michael Rose, fondateur de Black Uhuru, retrouve
ses vieux potes Sly & Robbie sur un album témoignage produit par Taxi Records, le label de Sly &
Robbie.
Sur la platine, la déception est à la hauteur de lespoir suscité. X Uhuru
rappelle les pires moments de Black Uhuru, comme le gravissime Anthem, sorti
en 84. En 85, Michael Rose avait décidé de quitter le groupe pour devenir fermier. Black
Uhuru continua dexister sous ce nom en se réorganisant autour du chanteur Junior
Reid, sans jamais retrouver la magie de ses débuts. Finalement, il était sans doute
illusoire de croire que X Uhuru restaurerait le magnétisme des premiers albums.
Petit rappel. Au milieu des années 70, Sly
Dunbar décide de renforcer son association avec Robbie Shakespeare. A cette
époque, il est déjà une des figures marquantes de la création musicale en Jamaïque.
Seul ou comme leader des Revolutionaries, Sly multiplie ses collaborations avec Bunny
" Striker " Lee, les Aggravators ou encore King Tubby.
En fait, Sly était si célèbre et si demandé quil joua directement ou
indirectement, par la reprise de tracks où il figure sur la majorité des
disques édités en Jamaïque dans les années 70.
A la fin de la décennie, les Revolutionaries jouaient au studio Treasure Isle avec
Sonia Pottinger, sur Beat Street. Cette coopération déboucha sur les
superbes albums de Culture de cette période. Sly passait également du temps au
studio de Joe Gibbs, avec les Professionals, qui, comme leur nom
lindique, nentendaient jouer quavec les meilleurs dentre les
meilleurs.
Dabord simple batteur, Sly devint
progressivement auteur, compositeur, interprète et producteur. Vers 1975, il décide de
promouvoir son vieil ami denfance, le chanteur Michael Rose, associé à son
frère Joseph. Lorsque Joseph meurt dun accident de voiture en 76, Michael
sinvestit à fond dans la musique, sous la férule de Sly.
En 77, Michael Rose rejoint Black Uhuru, aux côtés de Duckie Simpson et Errol
Nelson. Dans cette configuration, Black Uhuru accouche dun album produit
par Prince Jammy, Love crisis. Sly et Robbie, de leur côté, sont en
tournée avec Peter Tosh.
En 78, la belle Puma Jones remplace Errol Nelson. Le groupe est alors figé dans la
composition qui fera son succès. Black Uhuru furent les premiers à enregistrer
pour le label créé par Sly & Robbie, Taxi Records. Shine eye Gal (sur
lequel Keith Richards fait une courte apparition, révélant lintérêt des Black
Uhuru pour le rock et inversement), Plastic smile et Guess whos coming
for dinner deviennent des hits en en Jamaïque dès 79. Ces morceaux et quelques
autres furent rassemblés plus tard sur lalbum Showcase, produit par le label
Black Rose. Virgin Frontline introduisit cet album dans les bacs
occidentaux, permettant à Black Uhuru daccéder à une audience
internationale.
En 80, le duo dynamique sort Sinsemilla, produit par Island. Lalbum,
étrangement, est parfois considéré comme un des tous meilleurs albums de reggae faits
en studio. Sur la fin, le succès de Black Uhuru a pu surprendre, dautant que
le groupe continuera doccuper le devant de la scène avec une production inégale,
Island commercialisant entre 80 et 83 cinq albums produits par Taxi :
Lexcellent Red, Tear it up, Chill out, The Dub Factory
et Anthem.
De leur côté et jusquà maintenant, Sly & Robbie ont poursuivi leur collaboration, sintéressant
aussi bien au revival R&B quà la Drum&Bass. Le ratage de X Uhuru est dautant plus énervant que Sly & Robbie restent
des créateurs au top du top. Dans les années 90, une des préoccupations du duo fut de
faire du Dancehall un style abouti, comme le Rock Steady en son temps. En 93, cette
ambition est partiellement récompensée avec le succès de Chaka Demus et de Murder
she wrote.
Aujourdhui, on a un peu limpression
que Sly et ses potes tombent dans les pièges quils passent leur temps à dénoncer.
En 96, dans une interview pour le journal 400 Years, Sly regrettait les dégâts
produits par la numérisation, qui provoque un nivellement des styles et une
uniformisation des sons. En outre, la progression des techniques denregistrement ne
favorise pas léclosion de performers capables de jouer live leurs
compositions en maîtrisant leur jeu. Cest pourquoi Sly & Robbie consacrent leur
temps à travailler avec de jeunes artistes prometteurs, comme Chaka Demus, Ini
Kamoze, Red Dragon, Yami Bolo ou Bounty Killer, tous passés par Taxi
Records.
Vieux routier des studios, Sly compose avec les contraintes imposées par les maisons de
disque. Il transforme même ces obstacles en sources de créativité, initiant notamment
le rapprochement du reggae et du hip-hop :
" If
you do a straight-up reggae album, some of the record companies cant sell it,
because hip-hop has gotten so big. You have to dilute the reggae with the hip-hop for it
to go into the channel. So this is the problem we are faced with now ". 400 Years, 1996
X Uhuru pue la
nostalgie et le copinage. Laissons Michael Rose cultiver ses champs, écoutons les vieux
Black Uhuru et attendons les prochaines livraisons de Taxi Records en rêvant à
dautres destinations musicales.
KZino

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Prix indicatif : 94 FF
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