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Sly

Michael Rose
Sly & Robbie

X Uhuru
(Taxi Records, 1998)

Robbie

Sur le papier, c’est un petit événement. Pensez : Michael Rose, fondateur de Black Uhuru, retrouve ses vieux potes Sly & Robbie sur un album témoignage produit par Taxi Records, le label de Sly & Robbie.
Sur la platine, la déception est à la hauteur de l’espoir suscité. X Uhuru rappelle les pires moments de Black Uhuru, comme le gravissime Anthem, sorti en 84. En 85, Michael Rose avait décidé de quitter le groupe pour devenir fermier. Black Uhuru continua d’exister sous ce nom en se réorganisant autour du chanteur Junior Reid, sans jamais retrouver la magie de ses débuts. Finalement, il était sans doute illusoire de croire que X Uhuru restaurerait le magnétisme des premiers albums.

Petit rappel. Au milieu des années 70, Sly Dunbar décide de renforcer son association avec Robbie Shakespeare. A cette époque, il est déjà une des figures marquantes de la création musicale en Jamaïque. Seul ou comme leader des Revolutionaries, Sly multiplie ses collaborations avec Bunny " Striker " Lee, les Aggravators ou encore King Tubby. En fait, Sly était si célèbre et si demandé qu’il joua – directement ou indirectement, par la reprise de tracks où il figure – sur la majorité des disques édités en Jamaïque dans les années 70.
A la fin de la décennie, les Revolutionaries jouaient au studio Treasure Isle avec Sonia Pottinger, sur Beat Street. Cette coopération déboucha sur les superbes albums de Culture de cette période. Sly passait également du temps au studio de Joe Gibbs, avec les Professionals, qui, comme leur nom l’indique, n’entendaient jouer qu’avec les meilleurs d’entre les meilleurs.

D’abord simple batteur, Sly devint progressivement auteur, compositeur, interprète et producteur. Vers 1975, il décide de promouvoir son vieil ami d’enfance, le chanteur Michael Rose, associé à son frère Joseph. Lorsque Joseph meurt d’un accident de voiture en 76, Michael s’investit à fond dans la musique, sous la férule de Sly.
En 77, Michael Rose rejoint Black Uhuru, aux côtés de Duckie Simpson et Errol Nelson. Dans cette configuration, Black Uhuru accouche d’un album produit par Prince Jammy, Love crisis. Sly et Robbie, de leur côté, sont en tournée avec Peter Tosh.
En 78, la belle Puma Jones remplace Errol Nelson. Le groupe est alors figé dans la composition qui fera son succès. Black Uhuru furent les premiers à enregistrer pour le label créé par Sly & Robbie, Taxi Records. Shine eye Gal (sur lequel Keith Richards fait une courte apparition, révélant l’intérêt des Black Uhuru pour le rock et inversement), Plastic smile et Guess who’s coming for dinner deviennent des hits en en Jamaïque dès 79. Ces morceaux et quelques autres furent rassemblés plus tard sur l’album Showcase, produit par le label Black Rose. Virgin Frontline introduisit cet album dans les bacs occidentaux, permettant à Black Uhuru d’accéder à une audience internationale.
En 80, le duo dynamique sort Sinsemilla, produit par Island. L’album, étrangement, est parfois considéré comme un des tous meilleurs albums de reggae faits en studio. Sur la fin, le succès de Black Uhuru a pu surprendre, d’autant que le groupe continuera d’occuper le devant de la scène avec une production inégale, Island commercialisant entre 80 et 83 cinq albums produits par Taxi : L’excellent Red, Tear it up, Chill out, The Dub Factory et Anthem.

De leur côté et jusqu’à maintenant, Sly & Robbie ont poursuivi leur collaboration, s’intéressant aussi bien au revival R&B qu’à la Drum&Bass. Le ratage de X Uhuru est d’autant plus énervant que Sly & Robbie restent des créateurs au top du top. Dans les années 90, une des préoccupations du duo fut de faire du Dancehall un style abouti, comme le Rock Steady en son temps. En 93, cette ambition est partiellement récompensée avec le succès de Chaka Demus et de Murder she wrote.

Aujourd’hui, on a un peu l’impression que Sly et ses potes tombent dans les pièges qu’ils passent leur temps à dénoncer. En 96, dans une interview pour le journal 400 Years, Sly regrettait les dégâts produits par la numérisation, qui provoque un nivellement des styles et une uniformisation des sons. En outre, la progression des techniques d’enregistrement ne favorise pas l’éclosion de performers capables de jouer live leurs compositions en maîtrisant leur jeu. C’est pourquoi Sly & Robbie consacrent leur temps à travailler avec de jeunes artistes prometteurs, comme Chaka Demus, Ini Kamoze, Red Dragon, Yami Bolo ou Bounty Killer, tous passés par Taxi Records.
Vieux routier des studios, Sly compose avec les contraintes imposées par les maisons de disque. Il transforme même ces obstacles en sources de créativité, initiant notamment le rapprochement du reggae et du hip-hop :

" If you do a straight-up reggae album, some of the record companies can’t sell it, because hip-hop has gotten so big. You have to dilute the reggae with the hip-hop for it to go into the channel. So this is the problem we are faced with now ". 400 Years, 1996

X Uhuru pue la nostalgie et le copinage. Laissons Michael Rose cultiver ses champs, écoutons les vieux Black Uhuru et attendons les prochaines livraisons de Taxi Records en rêvant à d’autres destinations musicales.

KZino

 

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date de la dernière mise à jour 16/05/00