"Listeners are
not prisonners. They do have choice. Thank you."
Joseph "Culture" Hill
Culture est un phénomène étonnant dans
le monde reggae. Au départ, il sagit dun trio vocal composé de Joseph
Hill, Albert Randolph Walker et Kenneth Paley. Peu
médiatisé, peu soucieux de lêtre, le groupe affiche une discographie
abondante et invariable de qualité. Aujourdhui, Culture désigne davantage
le chanteur que le groupe, Joseph Hill ayant endossé le surnom depuis que Kenneth Paley a
quitté le trio.
Au début de sa carrière, Joseph
"Culture" Hill entretint une longue collaboration avec Sonia Pottinger,
qui façonna son style. Il fait partie des cultural singers qui, sur le modèle de Burning Spear, mirent leur voix et leur inspiration au service du
mythe rasta. Ici, sur Outcast, Culture apostrophe dailleurs le maître
pour se moquer avec lui de la nullité crasse de Christophe Colomb ("Yes mi bredda
Winston Rodney !"). Voix rocailleuse quil laisse partir en vrille dans sa
folie chantée, Joseph Hill na pas le talent de Bob Marley, son pote de
toujours, mais il suscite une sympathie instinctive par une sorte de jmen
foutisme affiché. Il bénéficie dailleurs en Jamaïque dune popularité
incroyable, dont témoigne au quotidien les morceaux diffusés dans les bars et les
sound-systems. Le nom du groupe, plus roots que roots, témoigne du projet animé depuis
trente ans par Joseph Hill : promouvoir le rastafarisme au travers dune musique
toute entière consacrée à ses thèmes clefs. Lalbum Trust me, petit chef
duvre insuffisamment connu, est une porte rêvée pour pénétrer dans cet
univers.
Lentrée en matière est bondissante, rapide
et furieuse. Culture assène un "trust me/why dont you trust
me ?" où il exhorte le public à se détacher des mensonges des politiciens,
journalistes et autres profs pour suivre la révolte prônée par Marcus
Garvey. Riverside, plus bucolique, décrit sur un ton enjoué le plaisir de
sarrêter au bord de la rivière pour discuter avec ses potes : |
Tous les titres ont été composés par Joseph Hill, sauf Chant down
Babylon, écrit en collaboration avec Bob Marley. Bien que récent,
lalbum restitue une ambiance et un son très seventies, où Jah occupe une
place centrale. La pochette du disque comporte dailleurs, entre autres talismans, le
discours prononcé par Heile Selassie devant le Parlement jamaïcain lors de sa
venue sur lîle, en 1966 :
"Upon
arrival in jamaica I have seen more than I expected. I have seen the progress of the
people and I have seen their determination to march forward in unity towards greater
progress. I have also witnessed personnaly the extent of the feeling of the jamaican
people for the Ethiopian people". (...)
Jah est bien modeste. En réalité, sa venue en
Jamaïque se traduisit par une liesse populaire indescriptible. Les rastas accueillirent
leur Dieu avec un tel enthousiasme que le Negus lui-même en conçut une certaine
inquiétude !
K. Zino |