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Culture

Trust me
Jahmin’ Records, 1997

"Listeners are not prisonners. They do have choice. Thank you."
Joseph "Culture" Hill

Culture est un phénomène étonnant dans le monde reggae. Au départ, il s’agit d’un trio vocal composé de Joseph Hill, Albert ‘Randolph’ Walker et Kenneth Paley. Peu médiatisé, peu soucieux de l’être, le groupe affiche une discographie abondante et invariable de qualité. Aujourd’hui, Culture désigne davantage le chanteur que le groupe, Joseph Hill ayant endossé le surnom depuis que Kenneth Paley a quitté le trio.

Au début de sa carrière, Joseph "Culture" Hill entretint une longue collaboration avec Sonia Pottinger, qui façonna son style. Il fait partie des cultural singers qui, sur le modèle de Burning Spear, mirent leur voix et leur inspiration au service du mythe rasta. Ici, sur Outcast, Culture apostrophe d’ailleurs le maître pour se moquer avec lui de la nullité crasse de Christophe Colomb ("Yes mi bredda Winston Rodney !"). Voix rocailleuse qu’il laisse partir en vrille dans sa folie chantée, Joseph Hill n’a pas le talent de Bob Marley, son pote de toujours, mais il suscite une sympathie instinctive par une sorte de j’m’en foutisme affiché. Il bénéficie d’ailleurs en Jamaïque d’une popularité incroyable, dont témoigne au quotidien les morceaux diffusés dans les bars et les sound-systems. Le nom du groupe, plus roots que roots, témoigne du projet animé depuis trente ans par Joseph Hill : promouvoir le rastafarisme au travers d’une musique toute entière consacrée à ses thèmes clefs. L’album Trust me, petit chef d’œuvre insuffisamment connu, est une porte rêvée pour pénétrer dans cet univers.

L’entrée en matière est bondissante, rapide et furieuse. Culture assène un "trust me/why don’t you trust me ?" où il exhorte le public à se détacher des mensonges des politiciens, journalistes et autres profs pour suivre la révolte prônée par Marcus Garvey. Riverside, plus bucolique, décrit sur un ton enjoué le plaisir de s’arrêter au bord de la rivière pour discuter avec ses potes :

Where is the love to be found, oh people ?
Nowhere around / For I woke on saturday morning
Feeling sticky and dirty after work
Took a walk down a riverside
I roll a little spliff
Sat down on a stone and start to cool off
With my burden down a riverside
For I check around the youth
And I try to teach the truth

Tous les titres sont de très haute tenue. Parmi eux se distinguent toutefois Dirty tricks et Black Starliner, deux morceaux fiévreux et emportés où Culture dénonce le "mauvais tour" joué par les esclavagistes avant d’encourager le peuple de Jah à revenir en Afrique. La Black Star Line, à laquelle Joseph Hill fait référence, est la compagnie maritime fondée par Marcus Garvey dans les années 30 pour organiser le retour des noirs d’Amérique sur leur continent d’origine. L’intro est superbe, Culture énonçant ses griefs avec une émotion contenue avant de se déchaîner dans un cri d’espoir :

They took us away from our homeland (x2)
And we are slaving down here in Babylon
They are waiting for an opportunity
On the Black Starliner which is to come

Tous les titres ont été composés par Joseph Hill, sauf Chant down Babylon, écrit en collaboration avec Bob Marley. Bien que récent, l’album restitue une ambiance et un son très seventies, où Jah occupe une place centrale. La pochette du disque comporte d’ailleurs, entre autres talismans, le discours prononcé par Heile Selassie devant le Parlement jamaïcain lors de sa venue sur l’île, en 1966 :

"Upon arrival in jamaica I have seen more than I expected. I have seen the progress of the people and I have seen their determination to march forward in unity towards greater progress. I have also witnessed personnaly the extent of the feeling of the jamaican people for the Ethiopian people". (...)

Jah est bien modeste. En réalité, sa venue en Jamaïque se traduisit par une liesse populaire indescriptible. Les rastas accueillirent leur Dieu avec un tel enthousiasme que le Negus lui-même en conçut une certaine inquiétude !

K. Zino

LiVret

Trust me / Riverside / Outcast / Writing on the wall / No night / Walk with Jah / Chant down Babylon / Dirty tricks / Black starliner / Jah pretty face / Reasoning / Babylon a weep / Jah pretty face (nyabinghi mix)