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Randys
Studio
17 North Parade |

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| Tous ceux que le reggae fascine, irrite ou
blase bref, tout le monde doit se précipiter sur ce disque.
Débrouillez-vous comme vous voulez : volez-le, prostituez-vous, allez bosser dans un
télé-centre pendant une journée, piquez-le à un pote. Devant un tel
chef-duvre, les questions morales ne tiennent plus. Pour les plus honnêtes
dentre vous, je précise que votre achat devrait être rentabilisé en quelques
jours : ce CD sécoute en boucle. 17
North Parade constitue la dernière livraison de lexcellentissime label Pressure Sounds, excroissance du
groupe animé par Adrian Sherwood, On-U
sound. Créé fin 94, Pressure Sounds sest donné pour objectif de rééditer en
CD les morceaux reggae et Dub des années 70, principalement jamaïcains, tombés aux
oubliettes. Des trésors sont en effet cachés sous forme de bandes de qualité
diverse dans tous les recoins de lîle, et en premier lieu dans les multiples
studios de Kingston et Spanish Town. Dans cette entreprise, Pressure Sounds montre de la
minutie, de la fébrilité et de la passion. Il en faut : faute de moyens, les producteurs
jamaïcains ont longtemps utilisé des bandes déjà gravées pour enregistrer de nouveaux
morceaux. Il est donc urgent de sauver ce qui peut lêtre. Il y a tant à faire
uAdrian Sherwood met actuellement en parenthèse sa collaboration avec le Dub
syndicate pour se consacrer entièrement à sa tâche darchéologue des musiques
caraïbes.
Ce faisant, Pressure Sounds adopte une démarche proche de
celle de Blood &
Fire, autre grand restaurateur de monuments en périls. Pourtant, là où Blood &
Fire concentre son action autour des principaux DJ King Tubby en tête
Pressure Sounds ratisse large et ramène dans ses filets des trucs incroyables. |

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En 1961, le Randys studio sinstalle au
cur de Kingston, au 17 North Parade (voir photo ci-contre). Créé en 1959, le
Randys est dabord un magasin de disques. Il devient un studio
denregistrement au fur et à mesure que les musiciens de lîle lui adressent
leurs créations afin dêtre commercialisés. Progressivement, le Randys se
distingue. Il devient une référence après le passage de Quincy Jones, Augustus Pablo et
Lee Perry. Dans les années 70, le Randys fait et défait les modes. Il maîtrise
parfaitement la production et la distribution (il est resté un magasin), si bien que des
files de musiciens se forment devant le 17 North Parade, attendant leur tour pour
enregistrer ou espérant être repérés par les producteurs du cru. La légende voulait
à lépoque que, pour sortir un tube, il fallait absolument enregistrer au
Randys. |
| Daddy Naughty racontait un jour
lextrême humilité quil avait ressentie lors dun enregistrement en
Jamaïque, prenant conscience de la supériorité du quidam des DJ locaux sur sa propre
personne. Dans les années 70, ce foisonnement de talents existait déjà, bien sûr.
Cest pourquoi la compilation préparée par Pressure Sounds est dun aussi bon
niveau. Il est vrai que beaucoup des artistes présentés sont accompagnés du Soul Syndicate, qui fut aussi à lorigine de quelques unes
des plus fameuses créations de King Tubby (dont léclatant Great Stone),
aujourdhui rassemblées sur la compilation Freedom Sounds in Dub
(éditée par Blood & Fire, CQFD).King Tubby est également l'auteur, avec Glen Brown, du mythique Termination Dub, qui devrait être
offert à chaque nouveau-né pour affronter la vie qui lattend. 17 North Parade
comprend aussi un morceau de Dennis Brown (Cheater).
Le Randys est également le lieu ou Black Uhuru
enregistra ses premiers morceaux (sous le nom Black sounds of Uhuru), ce qui nous vaut la
présence sur cette compilation de Going to zion, superbe morceau accompagné à
lharmonica où Ducky, le chanteur du groupe, gémit doucement sur une mélodie
parfaitement ponctuée (" were going to zion, where we meet lions, Jah is
on our side
"). www.bloodandfire.co.uk/zgbrowna.html
Le plus beau morceau est cependant à mettre au crédit des
Gladiators, auteur de The race, extrait
indépassable de ce que le reggae roots donna de meilleur et de plus limpide.
Paul Personne (à moins que ce ne fut Murrey head ?) racontait un jour que les rockers
rêvent tous dinventer une intro aussi saisissante que celle de Help. Les
raggamuffers de tous poils peuvent nourrir le même rêve à légard de The race.
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Dautres figures légendaires
du reggae ont hanté le studio 17, à commencer par les Heptones
(qui interprètent ici un Daddys home un peu gnan-gnan) et Gregory Issacs (Lonely soldier). Dans cet ensemble, les Wailers (avec Peter Tosh mais sans Bob Marley) passent presque
inaperçus, même si le Studio 17 était devenu un de leur lieu denregistrement
favori (ils y firent même venir Joe Cocker pour une session commune). |

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| Clive Chin, le créateur et lanimateur
du Randys studio, mit un terme à laventure en 78, lorsquil partit pour
New York, où il ouvrit un restaurant tout en continuant à distribuer quelques disques.
La magie cessa dopérer, faute dun centre géographique où les musiciens
puissent se rassembler et bénéficier dinstallations où un son particulier, à la
fois caverneux et pur, avait été créé, selon une alchimie difficilement reproductible.
A lépoque, léquipe du studio prenait dailleurs garde à ne pas
modifier intempestivement ses installations, de peur de perdre le son qui faisait la
réputation du lieu. La compilation est aussi
loccasion de découvrir certains artistes méconnus, comme Senya,
crédités de deux morceaux sautillants (Roots man et Children of the Ghetto)
et dont la voix rappelle étrangement celle dHorace Handy. Enfin, lambiance
quotidienne du Studio 17 est restituée au travers dune reprise inattendue de Mission
impossible, interprété par les habitués du lieu le Randys
all stars.
Ajoutons pour conclure que la pochette et le livret du CD
sont classieux, restituant à merveille lambiance créée par la galette contenue
dans la boîte. Pressure Sounds fournit des efforts méritoires pour sortir des disques
ciselés dans leurs moindres détails. Ça nous change des pochettes insipides de Islands, pourtant le premier
producteur de reggae. Finalement, je vous invite à rester honnêtes. La
bande à Sherwood a bien mérité les 11 livres (+ 2 de frais de port) quils
réclament pour vous livrer à domicile ce petit bijou.
K. Zino |
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