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From east Memphis
to Kingston

Soul Revisted

Ugly man International, 1998

aime-moi tendre, aime-moi vrai

Memphis, dans la plupart des esprits, est ce bled du Tennessee d’où sortit Elvis, roi du Rock’n Roll et du cholestérol réunis. En 1954, Sam Phillips fit découvrir au monde le Pelvis, en produisant ses premiers morceaux sur Sun Records. Issu du R&B et jusque là réservé aux artistes noirs, le Rock’n Roll entamait sa propre évolution sous la conduite d’un leader blanc. A la même époque, la Jamaïque dansait sur les succès d’Otis Redding et d’Aretha Franklin, autres stars de Memphis dont le style influença durablement les artistes de l’île, occupés à faire évoluer le Rock steady et le Ska vers le reggae. 

Foyer du Rock, Memphis fut aussi celui de la Soul music. L’histoire est moins connue mais tout aussi décisive pour l’évolution des courants musicaux contemporains. Désigné à l’origine sous le terme de "Memphis sound", la Soul music établissait une synthèse entre le Blues, la Folk, le Gospel, le Rock’n Roll et le Rythm’n blues. Explosive, dansante et sensuelle, la Soul devint le dénominateur commun des plus grandes stars afro-américaines et jamaïcaines. De Jimmy Cliff à Stevie Wonder en passant par Tina Turner, James Brown et Bob Marley, tous se réfèrent à cette culture initiale, ce son entendu dans l’enfance et que chacun adaptera à sa guise.

De Memphis à Kingston, donc, un voyage excitant attend le voyageur attentif. Clive Hunt, célèbre producteur jamaïcain, sert de guide à cette exploration géographique, historique et sonore. Il a rassemblé dans cette compilation tous les standards du genre pour baliser les routes qui mènent de la Soul vers le Reggae, le Ragga ou la Danse music (voir le livret + bas).

Third World interprète ainsi un Respect Yourself purement R&B, bien avant d’entamer leur évolution vers le son roots qui fera leur succès. Jack Radics livre un Soul man de bonne tenue avant que Chaka Demus dynamise, par une tchatche raggamuffée librement, le classique mais très chiant I betcha didn’t know that, repris depuis par je ne sais plus quel Boys’Band (preuve que la Soul a aussi donné naissance au pire). Pour clôturer cet album, Bobby Keys assure un Dock of the Bay instrumental, privant ainsi l’auditeur de la voix et du sifflement rêveur d’Otis Redding.

Le livret de l’album, parfaitement documenté malgré le manque d’illustrations, offre une vision synthétique de la généalogie des morceaux, rappelant notamment les reprises dont ils furent l’objet. David Bowie, Tina Turner ou encore Sam & Dave participent ainsi à cette compilation, comme par procuration. Moins drôle, le livret rappelle que Dock of the Bay fut interprété en 88 par Michael Bolton, qui cartonne régulièrement dans les charts américains et jamaïcains avec sa voix de bellâtre.

Kzino

NB : pourquoi mettre la photo de Dillinger sur la pochette du disque alors qu’il n’apparaît pas sur l’album ? Si c’est juste pour provoquer un achat impulsif chez les fans du soul rasta, c’est pas très sympa.

LiVret : Knock on wood, Spanner banner & Scotty; Respect yourself, Third World; I don’t want to be with nobody but you, Ericia Newell; Tired of being alone, Toots and the Maytals; Soul man, Jack Radics & Red dragon; I betcha didn’t know that, Chaka Demus and Pliers; I’ve been lonely for so long, Stingers; I can’t stand the rain, Brian and Tony Gold; Shelter in time of storm, Richie Stephens; Take me to the river, Tyrone Taylor; Hold on I’m coming, Chalice; You got me hummin’, Freddy mc Gregor; Let’s stay together, Junior Tucker; Dock of the bay, Bobby Keys