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moclés_
max romeo; reggae; jamaïque; socialisme;
open the iron gate; michael manley; babylone |
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Open the Iron Gate
Max Romeo
1973-1977
Blood and Fire, 1999 |
Bien que peu connu,
Max Romeo est un des plus grands chanteurs de lhistoire jamaïcaine. La
rétrospective concoctée par Blood and Fire est loccasion de revenir sur
luvre du vocaliste rasta qui, comme Junior Byles
et Bob Marley, marqua les seventies par son engagement
politique. Précurseur du son roots et du dub chanté, il intégra le style lent et
polyphonique des chants rasta dans le reggae, amenant les orchestres avec lesquels il
joua, comme les Upsetters, à inventer des riddims adaptés à son style.
Max Romeo est né Max Smith en 1944, du côté de
St. Ann. Son surnom lui est attribué dés ses premiers pas sur scène, pour les raisons
quon imagine. Il enregistre quelques titres à partir de 1967, dont Wet dream,
sous la responsabilité du producteur Bunny Lee notamment. Il est alors le leader
des Emotions avant de rejoindre les Hippy boys, aux côtés dAston Familyman Barret et de son frère Carlton. Plus
tard, les Hippy boys deviendront les Upsetters sous la férule de Lee Perry.
Familyman et Carlton barrett accompagnent dailleurs de nombreux morceaux contenus
dans Open the Iron Gate, témoignages des multiples collaborations initiées dans
les années soixante.
Dans les années 70, Max Romeo entame une double
collaboration avec Lee Scratch Perry dune part et Winston
Niney Holness dautre part. Les deux producteurs coopèrent
dailleurs régulièrement, comme pour Rasta Bandwagon ou Babylon
burning. Il acquiert une renommée internationale en 76 avec War ina Babylon,
distribué par Island. Impressionné par le rythme de ce morceau, Bob Marley demanda à
Scratch la permission de le chanter lui-même. Fair-play, Scratch lui fit comprendre
quil revenait à Max de linterpréter. Open the Iron Gate est une
collection de morceaux enregistrés à cette époque au studio Black Ark ou au Randys, la plupart avec Lee Perry.
La période retenue pour cette sélection
nest pas innocente. 1973-1977 cest, en gros, la période du premier
gouvernement PNP (People National Party, de gauche) en Jamaïque, dirigé par Michael
Manley (1972-1976). Max Romeo contribua fortement à la victoire de Manley, qui ouvrit
une période faste pour le reggae. A laube des seventies, Rastafarisme et socialisme
semblaient devoir fusionner, pour le bien des Rastas, du peuple jamaïcain et de ceux du
tiers-monde. Le superbe livret confectionné par Blood and Fire rappelle cette
époque : le Che Guevara y côtoie Marcus Garvey
et Heile Selassie.
Le rôle politique joué par Max Romeo à cette
époque est à mettre en perspective avec lhistoire jamaïcaine. Depuis 1962, date
de lindépendance de lîle, le JLP (Jamaican Labour Party, de droite
malgré son nom) occupe le pouvoir dune main de fer, réprimant le mouvement rasta
et affichant son indifférence aux problèmes sociaux. Durant ces années difficiles, où
saccélèrent lexode rural et le développement des ghettos urbains, le
mouvement rasta et le reggae émergent, réponses forcément insuffisantes à ces maux. Le
pouvoir politique est hostile à ces turbulences, comme le dit Bustamente, alors
Premier Ministre de lîle, en 1963 : Tous les Rastas que les prisons ne
pourront contenir iront au cimetière. A la même époque, Edward Seaga, alors
Ministre du logement, décide de faire raser sans prévenir le quartier
rasta de BackO Wall (à louest de Kingston) pour y bâtir un complexe
immobilier dans lequel il logera ses partisans, Tivoli Gardens. Cet épisode marqua
fortement les Rastas, qui essaimèrent ensuite un peu partout dans lîle, dynamisant
ainsi un mouvement que Seaga voulait annihiler.
A lapproche des élections de 1972, le très
charismatique Michael Manley parvient à fédérer derrière lui les rastas et les
reggaemen. Symboles de rébellion, ils sont pour lui un allié de poids. Pourtant
apolitiques traditionnellement, ils sont persuadés davoir trouvé un guide à la
mesure de leur mythologie. Fan de reggae et tiers-mondiste convaincu, Manley sait parler
aux Rastas, utilisant notamment des métaphores tirées de lAncien Testament pour
sattirer leur sympathie. Alors que ces derniers sidentifient aux israélites
persécutés par les Pharaons égyptiens, Manley acquiert le surnom de Joshua (Josué en
français), successeur de Moïse qui fit traverser le Jourdain aux Israélites pour les
conduire vers la terre promise. De retour dun voyage en Ethiopie en 1970, Manley
déchaîne la ferveur rasta en exhibant un bâton (rod of correction) que lui
aurait remis Haïle Selassié, Jah, Dieu des
Rastas, empereur dEthiopie. Ce coup de pub génial transforme Manley en prophète,
capable de dissiper les maux qui frappent le peuple noir en levant simplement sa rod of
correction, à la manière de Joshua ou de Moïse. Les reggaemen semparent de ce
thème et multiplient les chansons à la gloire de leur champion. Sur Tedious, Junior
Murvin reconstitue la légende :
Moïse a donné son bâton à Joshua pour tirer
son peuple dEgypte
Il a donné son bâton à Manley
Avec Let the power fall for I, Max
Romeo offre à Michael Manley lhymne officielle de sa campagne électorale. Max
Romeo participa en outre à une vaste tournée de soutien, Bandwagon, aux côtés
de Bob Marley, Ken Booth, Derrick Harriot
et beaucoup dautres jeunes artistes de lépoque. La tournée se déroule dans
une ambiance chaude, les nervis du JLP attendant régulièrement la caravane pour faire le
coup de poing. A la suite de Max Romeo, de nombreux artistes viennent soutenir Michael
Manley ; la politisation de la musique sert les reggaemen, qui en tirent un surcroît
de popularité et peuvent inscrire concrètement leur démarche rasta dans le projet
démancipation que propose Michael Manley au travers de son socialisme version
jamaïcaine. A la suite du Socialism is love de Max Romeo, Delroy Wilson sortira
Better must come (co-écrite avec Max) et Junior Byles écrira ses titres les plus
marquants, dont le célèbre Beat down Babylon. Les producteurs comme Lee Perry,
Coxsone et Bunny Lee, soutiennent ouvertement ce mouvement, étant
eux-mêmes des partisans du PNP. Fort de ce soutien, Michael Manley remporte les
élections contre le candidat du JLP, Hugh Schearer.
Malgré la ferveur populaire, Michael Manley
éprouve les pires difficultés à mettre en uvre son projet social. Proche de Cuba
et de Castro, Manley suscite lhostilité des Etats-Unis, qui entravent laction
gouvernementale pour favoriser un retour aux affaires du JLP. En 1974, Max Romeo, pourtant
ami personnel du premier ministre, publie un single quil lui dédie, No Joshua No.
Pas content, il met en garde Manley contre la désaffection qui le menace : |
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You took them out of bondage and they thank you for it
You sing them songs of love and they try to sing with it
But now in the desert, tired, battered and bruised
They think they are forsaken
They think they have been used
So since you are my friend Joshua
I want you to know
Rasta is watching you |
Michael Manley réagit
en invitant son ami Max à la Jamaican House pour le féliciter. Il aimait
tellement sa chanson quil lavait copié trois fois de suite sur une cassette
pour pouvoir lécouter en boucle !
Ces jeux politico-musicaux se poursuivront durant
toute la décennie, dressant un journal chanté de lactualité jamaïcaine. Tout y
passe. Quand le Crash programm est mis en uvre, permettant lentretien
et le nettoyage des rues, les Abyssinians se fendent dun titre pragmatique, Crashie
Sweep them clean, où ils encouragent les balayeurs. Lorsque le gouvernement met en
place les premiers programmes sociaux, Prince Far I répondra à Max Romeo via une
chanson intitulée Yes Joshua. Junior Byles, de son côté, reprenait le riddim de Better
must come pour chanter When will better come ?, soulignant ainsi le non
respect des promesses électorales du PNP.
La situation se corse lorsque le FMI cesse de
soutenir financièrement la Jamaïque, déjà en proie à une dévaluation. La crise
pétrolière touche durement lîle, qui senfonce dans la récession. En
faillite, le socialisme démocratique du PNP nattire plus la sympathie. Les rastas
constate jour après jour la dégradation des conditions de vie, et appellent de leurs
vux de nouveaux changements. En 1976, Max Romeo jette léponge et quitte la
Jamaïque pour des raisons de sécurité. Violemment opposé au JLP mais affichant un
soutien critique au PNP, il ne comptent que des ennemis, décidés à le faire taire. Un
de ses amis, Bill Gentles, interprétait cette année là Take that rod from off
our backs, en référence à cette cane (rod of correction) grâce à laquelle
Michael Manley était censé libéré les Rastas. Chantée sur le même riddim que Let
the power fall for I et avec une voix proche de celle de Max, le titre suscite la
fureur des hommes de main du PNP, qui multiplient les menaces à lencontre de Max et
de sa famille. Comme Bob Marley à la même époque, Max Romeo doit partir de cette
lîle pour échapper au destin tragique qui frappera dautres reggaemen, comme King Tubby, assassiné pour dobscures raisons dans sa
maison. La même année, en 1976, Michael Manley est réélu, de peu. Lenthousiasme
est retombé. Quatre ans plus tard, Edward Seaga et le JLP reviennent au pouvoir, dans une
Jamaïque à feu et à sang.
Après cette expérience, Max Romeo abandonne la
politique pour se concentrer sur des textes plus sentimentaux. Installé aux Etats-Unis,
il participe à une comédie musicale jouée à Broadway, Reggae, et apporte son
concours aux Rolling Stones sur lalbum Emotional Rescue. Au cours des
années 80, le reggae suivra une évolution similaire à celle de Max Romeo, le
développement du ragga marquant une dépolitisation de la musique. Les gunmens du ghetto
marchent pour la dope et pour le fric tandis que les Rastas, désabusés par
lépisode Manley, abandonnent toute idée daction politique : pas de
collaboration avec Babylone.
Revenu en Jamaïque au début des années 90, Max
Romeo continue aujourdhui denregistrer et de tourner, collaborant notamment
avec Jah Shaka et Tappa Zukie.
Open the Iron Gate est un fabuleux
témoignage des golden seventies, révélant un Max Romeo simplement génial. A
lécoute des douze titres mythiques qui composent lalbum, une certaine
mélancolie surgit devant loptimisme affiché. Les rastas inventaient une nouvelle
spiritualité et sattaquaient aux maux du monde avec un son puissant et inédit. La
faillite des idéaux humanistes, perceptible dans la vague de violence qui ravage en ce
moment la Jamaïque (larmée est dans les rues, Kingston vit à lheure du
couvre-feu et des fusillades entre gangs), dresse un miroir sombre face à cette histoire
inachevée. Simultanément, laudition des vieilles compositions de Max Romeo
provoque la nostalgie dune époque où chanteurs, musiciens et producteurs animaient
par quelle magie ? des studios analogiques délirants, comme le Black
Ark de Lee Perry, doù sortaient chaque semaine des vinyles au son
hallucinant. Il est dailleurs regrettable que Max Romeo nait pas poursuivi sa
collaboration avec Scratch Perry, qui lui fit atteindre des sommets de créativité et
desthétisme. |
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Les collaborations
prestigieuses se multiplient sur cette compilation. Aux côtés de Familyman
figurent Sly Dunbar à la batterie et Robbie
Shakespeare à la basse. Ernest Ranglin se fait entendre sur Melt away
tandis quEarl Chinna Smith apparaît ici et là. Lee Perry intervient
à de multiples reprises, pour pousser des cris ou jouer des percussions selon
lhumeur. Enfin, Richard Dirty Harry Hall, Bobby Ellis et Tommy
Mcook tiennent la section cuivre, admirable de puissance et de conviction sur Valley
of Jehosophat (tremble Jericho, tremble). Revelation Time, titre phare
dun album concept produit en 1972, constitue le pivot de cette rétrospective. Pour
la première fois, le morceau et son versant Dub, Hammer and Sickle, sont
réédités en CD. Avant cela, lalbum souvre sur Every man ought to know,
ballade rasta chantée dune voix enjôleuse. Three blind Mice est, vous
laurez deviné à la lecture du titre, un morceau écrit avec Scratch, tournant
comme un fou dans son studio pour trouver de nouveaux sons ou tout autre bruit susceptible
dintriguer loreille. Le morceau reprend en effet le rythme dune comptine
(léquivalent jamaïcain de notre souris verte) pour raconter lhistoire
dun raid de la police dans une soirée. Three blind mice fut un des
principaux hits de lannée 75 en Jamaïque. Rieur et moqueur, Max Romeo épingle le
Pape (Fire for the Vatican, vraiment marrant), les classes dirigeantes (Warning)
ou la police (Three Blind Mice) en déformant sa voix, passant des graves aux
aigus, semportant comme un chanteur de gospel ou roulant à linfini les
injonctions à la mode rasta. Enfin, les peu connus No peace et Tacko
déboulent comme des météores sonores. Trois coups de basse, une nappe de synthé, et la
voix cristalline de Max Romeo qui tombe, en trois temps, après linflexion
initiale : " Therell ... never be no peace/no peace/ in
Babylon " (No peace). Lintro de Tacko, elle, est constituée
dun riff de guitare électrique sur lequel Max Romeo semble souffler la fumée
dun spliff avant de se lancer, plaintif : " theres a rasta
confuse ... ". |
LiVret
Every Man ought to know, Revelation Time / Hammer and sickle, No Peace, Tacko, Blood of
the Prophet parts 1 & 2, Warning warning / Version, A Quarterpound of Icense,
Three Blind Mice, Open the Iron Gate parts 1 & 2, Valley of Jehosaphat / Version, Fire
fe the Vatican, Melt away (12 version) |
| [Voir aussi l'article sur l'arrivée de Haile Selassie à
Kingston...] |

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Prix indicatif : 149 FF
En écoute (extraits) |
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