Le Reggae
est le principal produit dexportation de la Jamaïque, concurrençant en cela la
bauxite. Pourtant, les rastas ont longtemps été mal aimés en Jamaïque, où ils
continuent dêtre considérés comme des marginaux et des trafiquants. Il ny a
pas de théologie Rasta officielle, pas de canon, pas dEglise structurée ni de
clergé. Il ny a en vérité que deux préceptes de foi :
- Hailé Selassie I the king of kings, the Lord of lords, Lion
conquérant de la tribu de Judah est le Dieu vivant. En un mot : Jah
Rastafari.
- LAfrique est le foyer de lhomme noir, son paradis. Les
Rastas se considèrent comme les enfants perdus dIsraël, captifs de Babylone,
attendant la délivrance et le retour en terre promise. Ce moment interviendra quand Jah
les conduira vers Zion, lEthiopie.
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A côté
de ces principes, les croyances varient et les différences dinterprétation sont
acceptées. Certains Rastas croient par exemple que Hailé Selassie est la réincarnation
du Christ tandis que dautres le considèrent comme un Dieu à part entière.
Il nexiste pas de règles de vies imposées
pour les Rastas mais leur existence est malgré tout marquée par une consommation
régulière de ganja et leur style vestimentaire se caractérise par des cheveux portés
très longs. Il est interdit de les couper puisque, selon la Bible :
" tout
au long des jours marquant la séparation, aucun rasoir ne se posera sur sa
tête "
Comme les Rastas se considèrent comme des
Israélites éloignés de Zion, ils appliquent ce précepte. Les
" locks " ou " dreadlocks " inspirent ainsi un
nombre incalculable de morceaux reggae, comme Dread a dread (Johnny
Clarke) ou Natty Dread (Wailers). Les locks sont souvent portées en tresses,
chignonnées sous un bonnet rouge, vert et jaune, aux couleurs de lEthiopie. A
côté de ces locksmen, on trouve aussi les beardsmen, qui ont les cheveux
relativement courts mais qui portent une barbe très longue, quils ne coupent
jamais. Enfin, les baldheads portent locks et barbe. Ça peut paraître bizarre (bald
signifie chauve en anglais) mais le terme est en fait utilisé pour exprimer le dédain
des rastas envers les non-rastas. Naturellement, le terme "baldhead" peut aussi
être utilisé comme une invective directe, comme dans la chanson Crazy Baldhead de
Bob Marley (album Rastaman Vibration, Island, 1976). En matière de
nourriture, de sexualité, denfants ou de travail, les conceptions des Rastas
varient. Les choses se compliquent quand on sait que des non-rastas peuvent aussi porter
des locks (voir Karembeu) ou que lusage du cannabis est depuis longtemps sorti des
cercles rastas. Lee Sratch Perry samusa dailleurs à mélanger le tout
avec les Upsetters en chantant le Dread Lion (dans le film Rockers),
comparant ainsi la chevelure des rastas à la tignasse du Lion dEthiopie, métaphore
de Jah Heile Selassie.
La Gandja nest pas fumée
depuis si longtemps que cela en Jamaïque. Elle y a été importée au milieu du 19°
siècle par des immigrants indiens. Gandja est le terme hindou pour désigner la
marijuana et Kali, du nom dune déesse noire indienne, désigne aussi une variété
dherbe noire particulièrement forte. Pour des générations de Jamaïcains, la
ganja nétait pas seulement fumée ; elle était aussi utilisée pour préparer
des infusions, des soupes, des ragoûts et différents autres mets selon la saison.
Lherbe était aussi utilisée à des fins thérapeutiques, bien avant quon
commence à parler de ses vertus dans le traitement des glaucomes, du sida ou des cancers.
Les mamans jamaïcaines en donnaient même à leurs enfants pour calmer leurs maux
destomac. La ganja est aujourdhui cultivée à grande échelle en Jamaïque,
malgré lactivisme des autorités jamaïcaines et américaines. Cette culture
constitue dailleurs une des principales sources de revenus pour lîle.
Dans la culture Rasta, la ganja est plus
quun plaisir. Elle constitue un objet lié à la prière puisquelle permet
datteindre un état desprit favorable à la contemplation (le Irie ites
évoqué par Bob Marley dans Kaya, autre surnom de lherbe). Il est
vrai que Dieu lui-même est un gros fumeur de joints, quil alterne avec les havanes.
Dans la Bible, au verset 22:2 du livre de la Révélation, il est dit que la fumée
monta de ses narines, consumant le feu de sa bouche :
" Smoke
went up from his nostrils, and devouring fire from his mouth "
Cest bien la preuve que Dieu dans son
infinie miséricorde senfume infiniment et encouragent les hommes, faits à son
image, à agir de même. Un mode demploi est même fourni par le très puissant
puisque le passage doù est tirée la citation sintitule " La
rivière et larbre de vie " et quil y est dit que " les
feuilles de larbre sont faites pour soulager le peuple ".
Pour conclure, il convient dinsister sur un
point : la culture rasta nest pas la culture jamaïcaine et tous les
Jamaïcains ne sont pas des rastas. A dire vrai, seulement un dixième de la population
jamaïcaine peut aujourdhui être considérée comme rasta. Jusque récemment,
lostracisme dont souffrait ce groupe lobligeait à une certaine discrétion et
empêchait la mixité sociale. Bien plus, le rasta dans la société jamaïcaine fut
longtemps considéré comme un personnage dangereux et malfaisant. Il occupa jusque dans
les années 70 dans limaginaire insulaire la place jouée dans notre culture par le
père fouettard ou logre. Horace Andy enfant du ghetto dans une
famille type recherchant la respectabilité et lascension sociale - racontait
dailleurs que les mamans jamaïcaines menaçaient les enfants dappeler le
Rastaman sils nétaient pas sages.
Kzino |