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Fabulous Trobadors
On the Linha Imaginot

Fabulous - On the Linha Imaginot

" Le couple tambourin/voix, c'est le couple du musicien de la rue, du vagabond, ou de l'ouvrier, du mendiant ou de l'anarchiste, formule dépouillée à l’extrême, pauvrissime et en même temps, donc, très mobile, ça correspond à mon choix d'être bien là où je suis, de vivre dans la rue, de ne pas faire partie des institutions, de n'être ni le soldat ni le chef de personne comme dit Perbosc, de ne pas parler à la place des autres, d'organiser tout à la base de la société, dans le quartier, avec les autres et au milieu, de tout faire à partir d'en bas. Le chanteur au tambourin, c'est le prolétaire, le musicien folklorique qui compose pour les anniversaires, les mariages, les fêtes de quartier ou de la ville, mais aussi pour les grèves, les occupations de locaux, toujours présent dans les lieux et les combats, pas l'artiste qui d'en haut parle de ces sujets. Je ne suis pas un putain d'artiste, je suis un espèce de griot de quartier, voilà ma posture... ".

Claude Sicre, interview parue dans la revue Linha Imaginot en septembre 1996

Voisins de Zebda, cousins (par alliance) du Massilia Sound system, les Toulousains qui font des bruits avec leur bouche sont de retour. Un tambourin, un juke-box humain, une basse et un harmonica de temps en temps. Ainsi équipés, les ragga-conteurs parlent des quartiers, de l’Internet, des lieux de rassemblement, du racisme, de la décentralisation et de la crise du politique (« le gouverne ment comme il respire »). Les deux compères, Claude Sicre et Ange B., accompagnés de Sylvie Abillard, Beñat, et d’autres musiciens du quartier A.Bernard, se renvoient la parole de refrain en couplets multilingues, entre joute oratoire et polyphonies. Ce faisant, ils participent à la construction d’une culture commune dans un monde post-moderne finalement aussi autiste et atomisé que le monde médiéval, où les conteurs, les jongleurs et les chanteurs étaient les principaux vecteurs de l’échange public. Les Fabulous Trobadors sont conscients de leur rôle social, comme le montre la pochette du CD. On y voit des gens se retrouver sur les toits des HLM pour discuter et faire la fête. La convivialité contemporaine se construit par une réappropriation de la ville et une remise en cause du modèle industriel, consumériste et individualiste mis au point par l’Europe des 30 Glorieuses.

A l’heure ou les partis écologistes donnent de la voix sur l’échiquier politique de l’Union et que les langues régionales suscitent un débat sur la décentralisation, les Trobadors rappellent que leurs chants visent autre chose que le rayon Top 50 des supermarchés. La Linha Imaginot est d’ailleurs un mouvement culturel et une revue avant d’être le titre de l’album. La démarche globale de Claude Sicre et de ses compères explique leur relative prodigalité musicale.
Quand on passe son temps sur les routes à rencontrer des gens, à partager des idées et à initier toutes sortes de projets culturels et sociaux, on ne peut pas rivaliser avec les stakhanovistes du microsillon. On ne peut pas être au four, au moulin et en studio. Il faut donc écouter les Trobadors avec un rien d’indulgence et savourer l’ironie de Claude Sicre lorsqu’il avance : « Je ne chante pas toujours des trucs vraiment fabuleux ».

Les Fabulous Trobadors, entre autres combats, se sont engagés aux côtés du Massilia Sound System dans le « Stop the Cono movement ! », dont l’objectif affiché est d’empêcher les cons de nuire. Attention au surmenage. Heureusement, les Trobadors savent se détendre et profiter de l’existence. Ils lancent d’ailleurs un « special défi » (à défaut d’une dédicace) au Massilia, en présentant l’omelette au pastis comme un apport majeur des Toulousains à l’art culinaire Occitan. Une façon de rappeler que la décentralisation doit se faire depuis les collines d’Occitanie et non depuis la Capitale.


K.Zino


PS : En analysant la pochette du disque, on s’aperçoit que Jean-Pierre Mader (« ô Macumba, Macumba, elle danse tous les soirs… ») a collaboré activement à l’enregistrement de l’album, passant de la variétoche au ragga occitan. Décidément, il ne faut jamais formuler d’avis définitifs sur les gens…

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