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King Tubby & Friends
Dub like Dirt 1975 - 1979
Blood & Fire, 1999

Xtraits en R.A sur Reggaesource : http://www.reggaesource.com/reviews/king_tubby/dub_like_dirt.ram

dub like dirt

Petite leçon de Dub entre amis

King Tubby est mort mais il bouge encore. Aidé, il est vrai, par l’équipe de Blood & Fire, qui est allé rechercher de vieux enregistrements du roi du Dub pour les restituer sur CD. Pour les fans de King Tubby, ce Dub like Dirt n’apprendra rien mais il complétera élégamment les chefs d’œuvre du maître, déjà rassemblés par Blood & Fire sur quelques anthologies, Dub gone crazy, Dub gone 2 crazy (avec Prince Jammy), Freedom sounds in dub (avec le Soul syndicate) et – surtout – l’indépassable Termination Dub (avec Glen Brown). Pour les autres, Dub like dirt constitue une excellente introduction à la musique du seul King qui vaille et à celle de ses amis, puisqu’il en avait beaucoup. L’album couvre la période 75–79 avec l’ambition de montrer l’évolution du son qui se faisait au 18 Dromilly avenue, à Kingston, où se tenait le studio de l’ingénieur du son devenu producteur après avoir inventé le Dub.

Dub ? Art musical consistant à remixer un morceau de reggae existant, dont les vocaux et les arrangements ont été partiellement ou totalement effacés pour ne se concentrer qu’autour du couple basse-batterie. En cela, Dub like Dirt fait suite à l’album The roots of Dub, qui retrace les débuts de la collaboration entre King Tubby et les Aggrovators. Les Aggrovators étaient alors le groupe de Sly & Robbie, qui suivront ensuite leur propre route, avec l’irrégularité que l’on sait.

King Tubby est mort en 1989, victime des violences endémiques qui rongent Kingston. Tué au petit matin dans un parc par un assassin qu’on ne retrouvera pas et dont on ignore toujours les motivations, King Tubby n’eut pas le temps de travailler beaucoup dans le nouveau studio qu’il avait fait construire pour favoriser ses collaborations avec une nouvelle génération de talents, parmi lesquels figuraient Scientist, Ninjaman ou encore Anthony Red Rose. L’œuvre de King Tubby reste donc surtout liée aux années 70 et au bricolage analogique auquel devaient se livrer les musiciens de l’époque, comme l’indique l’intraduisible Dub like Dirt.

King Tubby, assisté comme souvent de son fidèle apprenti, Prince Jammy, montre d’ailleurs une fois de plus qu’un deejay sachant dubber doit aussi dubber les titres des morceaux qu’il remixe. Comme Tubby était un type plein d’humour, les jeux de mots donnent un résultat assez marrant, du style Beat them in Dub, Dub investigations, Everyone needs Dub ou Sly want Dub. Revue de détail.

L’album s’ouvre sur Tubby get smart, remix du Mr. Smart de Leroy Smart. Belle entrée en matière vaporeuse et distordue. On continue avec Guidance Dub, remix du tubesque Guiding star d’Horace Andy. King Tubby a eu la bonne idée de laisser en échos la voix d’Horace Andy dans cette version, un peu à la façon des Massive Attack quelques années plus tard. Le Dub était tellement réussi que Tappa Zukie le reprendra pour son Jah is I guiding star. Facile à dubber, Horace Andy fournit encore la matière première de Chapter of money (piste 3), dérivé de Money Money.

Bag a wire Dub (piste 4) reprend une chanson de Johnny Clarke, Them never love poor Marcus, elle-même pompée sur les Mighty Diamonds. King Tubby n’a gardé en paroles que le refrain, qui part se perdre derrière la basse et les explosions de la table de mixage. Le morceau suivant est un inédit. Intitulé Dub Ites green & gold, il ravira les fans de Burning Spear, même si King Tubby a préféré remixer une version chantée par Johnny Clarke, qui savait se démerder pour exploiter les succès des petits copains.

Viennent ensuite quelques morceaux mixés par les élèves du King. Prince Phillip Smart reprend un morceau de John Holt, Stealing (Stealing version, piste 6), puis Prince Jammy livre son idée du Freedom Blues de Little Richard, enregistré en 68 pour le Studio One. Ça donne Beat them in Dub, sur lequel Corner Campbell chante un refrain simple mais efficace, " Jah Jah A go beat them ". Le couple Prince Jammy/Corner Campbell est encore à l’origine de Thunder Rock (piste 8), qui remet au goût du jour un vieux hit jamaïcain, My conversation, notamment illustré en 68 par Slim Smith & The Uniques, déjà coachés par Bunny Lee à l’époque. How long Dub (piste 9) est mixé par Pat Kelly, chanteur et ingénieur du son au studio de King Tubby. Cette version date de 76 mais le morceau original, déjà chanté par Pat kelly et produit par Bunny Lee, remonte à 1970. Dub investigation (piste 10) illustre une nouvelle fois la coopération entre Prince Jammy et Corner Campbell, ce Dub constituant la face B d’un méga-hit sorti en 77. Jammy montre ensuite qu’il savait aussi faire plaisir à ses amis, délivrant pour Sly Dunbar un Sly want Dub (piste 11) marqué par l’empreinte du célèbre batteur. A l’origine, le morceau fut produit pour servir de face B au Wanti wanti can’t getti de Johnny Clarke (1977).

Prince Jammy décline ensuite en deux temps le riddim de Everyone needs love, un des premiers morceaux de Slim Smith & the Temptations, produit en 1968 par Bunny Lee, encore lui. Ne soyez pas étonnés, donc, des similarités sonores établies entre Everyone needs dub (piste 12) et Horn for I (piste 13).

On continue dans les variations subtiles avec Six million dollar version (piste 14). Prince Jammy mixa en 76 cette version instrumentale du Six million dollar man de Dennis Alcapone pour servir de face B à son 45 tours. Dennis Alcapone reprenait en fait un morceau d’Alton Ellis, Breaking Up, qui fut également chanté par Johnny Clarke, cette fois sous son titre original. Leroy Smart reprendra l’adaptation de Dennis Alcapone sur un morceau intitulé Shame & pride. En somme, ce Dub à six millions de dollars joue sur des rythmes devenus des classiques. L’album Dub gone 2 crazy contenait d’ailleurs deux autres remix de ce riddim, Channel one under heavy manners (à partir de la version de Leroy Smart) et Breaking up in Dub (à partir de celle de Johnny Clarke). Mais ne compliquons pas.

Un peu plus loin, Prince Jammy confirme qu’il connaît son boulot en l’expliquant sobrement et en 6 minutes : Dub is my occupation (piste 14). Il s’agit d’un remix du Memories of Don De, de Vince Gordon. Enfin, l’album se conclue sur Fatter Dub, mixé par Prince Jammy à partir de Ram Jam, morceau instrumental de Jackie Mittoo sorti en 76 et lui-même dérivé d’un tube des Heptones, Fatty Fatty.

Finalement, King Tubby intervient peu sur cet album mais son style et son univers sonore sont là. Il reste aux commandes tout en laissant ses amis et élèves produire leurs propres compositions. Dub like Dirt montre ainsi que la relève est assurée avant que ne survienne la disparition du maître. Aux côtés de Prince Jammy, qui deviendra un peu plus tard King Jammy, il faut d’ailleurs insister sur l’omniprésence de Bunny Lee, producteur hors pair dont le talent consista entre autres choses à savoir mettre en relation les bonnes personnes au bon moment pour faire 10 morceaux d’anthologie à partir d’un bon riddim.

Kzino 

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date de la dernière mise à jour 16/05/00