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DILLINGER
Retour sur le funky rasta dont l’album le plus célèbre, City 2000, tend à faire oublier les autres.

Dillinger

Un album peut en cacher plein d’autres

"My name is Dillinger, otherwise known as Ragnam Pizza, the Dub Organizer, the Dub Supervisor, come into make you wiser, so you got to realizer all reggae music and deejay business get started in Jamaica. I come into reggae music as a youth. I heard about U-Roy, Denis Alcapone, King Stitt, Sir Lord Comic, Muchuki, and all of them great guys there, who make some nice music. I wanted to be like one of them there, 'cos I hear music alone shall live and never die."

Dillinger

Dillinger, né Leister Bullock à Kingston en 1953, est une sorte de James Brown perdu dans le reggae. Un caïd du ghetto qui aurait pu être rappeur s’il était né de l’autre côté de la mer Caraïbe. Jeune, il était un de ces types qui raffolent des sound-systems et suivent les groupes qui tournent. Il eut envie de toaster pour imiter les grands. Son nom de scène lui fut donné par Lee Perry, son premier producteur. Au milieu des années 70, il était devenu le chanteur le plus populaire du studio Channel One, un des plus en vogue à l’époque, et s’était forgé un style très personnel dans sa façon de chanter.

D’abord influencé par des DJ comme Dennis Alcapone, Dillinger incorpora ensuite dans son jeu des éléments vocaux typiques de Big Youth. Il sortit quelques 45 tours remarqués, pour le compte de Lee Perry, Yabby You, Augustus Pablo, Bunny Lee, Winston Riley, Niney, Ossie Hibbert et Joe Gibbs.

Musicalement, on le classe dans les " cultural toasters ", aux côtés d’I-Roy, Jah Stitch, Trinity, U-Roy, Big Youth ou Prince Jazbo, ces deejays à la tchatche impeccable qui, dans les années 70, participèrent à la promotion de la culture black en partant de l’héritage rasta et de la culture populaire jamaïcaine - le ghetto, l’esclavage - mais en étendant le message et en adoptant un style universel : thèmes plus urbains, intérêt pour la situation de la communauté noire dans les pays occidentaux, goût pour le vaste monde ("Can you spell New York for me ? " demande Dillinger sur Cokane in my brain), tentations pour le star-system, à une époque où investissements croissants et systèmes promotionnels hard modifient le rôle du chanteur. En Jamaïque, cela provoquera plus tard les rivalités entre groupes ou entre deejays, surtout sur la scène Dancehall. Les comportements de petits coqs, la dérive machiste et la vulgarité des contenus profitent d’un système médiatique qui exploite le côte " rude boy ", sur un mode proche du gangsta rap.

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Pour Dillinger, formé sur le tas par les maîtres du temple comme Lee Perry (Dillinger montait et démontait les sonos dans les sound systems pour pouvoir toaster de temps en temps), la dérive ne fut pas tragique. Certains albums sont juste marqués par un côté " strass et paillettes ", frime, disco et lampes fluos. En fait, l’impérialisme médiatique de Bob Marley et des Wailers, seules stars jamaïcaines connues du public occidental à cette époque, a paradoxalement servi certains deejays en les empêchant de sombrer dans la mégalomanie et la médiocrité commerciale. Il est d’ailleurs amusant de voir le détachement avec lequel Dillinger gère sa discographie, même si cela ne facilite pas la tâche des critiques musicaux. Sur la pochette de Marijuana in my brain, par exemple, on trouve texto la mention " Track 1 writen by Bullock. All other tracks writer unknown ". Forte personnalité mais rasta peace, Dillinger réside toujours à Kingston, continue de jouer et de produire, recevant amis et curieux dans sa cour. Comme d’autres, Dillinger créa son propre label, Scandal Bag, tout en continuant à enregistrer pour d’autres producteurs.

" Enough man come into the music to get rich quick and make a lot of money. But it’s more than money. Because when money spent out, the music stil liveth to showeth the corruption and foolishness. So you have to love the music and love the people. The music is the big message carrier. The music is the biggest informer that tell you what is happening in the world. I give people wrong information if I say " shock him, stab him, kill him, put him in a coffin" " But I deal with joy, one love, one heart, get up stand up for your rights. "

Dillinger

Dillinger Disco Digest

Dillinger a enregistré plus d’une vingtaine d’albums depuis 1976. Parmi eux, Funky Punk, Marijuana in my brain et Ciby 200 se distinguent par leur énergie et leur qualité. Emblématiques du style Dillinger, ils constituent une excellente porte d’entrée dans une œuvre par ailleurs inégale.

CIBY 200

FUNKY PUNK

MARIJUANA IN MY BRAIN

Le plus impressionnant, le plus homogène. L’album qui fit connaître Dillinger au public européen et américain, notamment grâce au single " Cokane in my brain ".

Un type déjanté qui fait la fête, le plein de THC, de morphine et de maîtresses en sueur sur une piste disco. Le funky punk est cousin d’Iggy pop et de James ‘sex machine’ Brown.

Assagi, Dillinger offre le visage combatif d’un prophète rasta qui assène son credo. Dillinger joue de sa voix grave et posée pour changer plusieurs fois de rythme dans son élocution, donnant à l’auditeur l’impression de dialoguer avec lui.

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CB 200
No chuck it
Cokane in my brain
The general
Power Bank
Plantation Heights
Race day
Natty kick like lightning
Buckingham palace
Crankface

Cocaine
Rockers
Super cock
Sex me baby
Get on the good side
L.S.D
Funky Punk
Rock to the music
Soul food
Rebel with a cause

Marijuana in my brain
Addis-ababbaithiopia
Bouncing ball
Step it in Ethiopia
Stop stealing in the name of jah
Come praise Jah Jah
Hard belling Thomas
Rasta vibration
African roots rock reggae

1976 – Islands/Mango

1978 - Lagoon

1979 – Burning sounds/Trojan

Discographie complète

Les trois albums forment une unité par le rappel de certains thèmes, les postures d’un Dillinger rasta-punk et les conversations entretenues ici et là avec un Jim imaginaire, qui s’entend comme larron en rave avec Dillinger. Dans Cokane in my brain, Dillinger module sa voix pour mimer une discussion avec son pote :

  • he Jim, Jim, just a minute yoh, I want you about something, I want you to spell something for me, Jim, can you do that ?
  • Sure, John.
  • But I want you to spell for me New York
  • John, why you ought me to do that ?
  • I don’t want to spell New York, Jim.
  • Well, all right, I’m gonna go ahead, man : N.E.W.Y.O.R.K. That’s New York, man.
  • No Jim, you’ve made a mistake. I’m gonna teach you the right way and the proper way to spell New York.
  • Well, go ahead John
  • A knife, a fork, a bottle and a cark. That’s the way we spell New York, Jim. You see, I’m a dynamite so all you got to do is hold me tight, cos’ I’m on sight, I’m a dynamite. Whenever time I walk in the rain, man oh man I feel a pain, I feel a burning pain keep on burning in my bloody brain, I’ve got cokane, running around my brain, I’ve got cokane, running around my brain.

Dillinger reproduit dans ces échanges les joutes verbales qui font passer le temps, à Kingston comme dans le Bronx. Toujours dans le rôle du caïd star, Dillinger joue tantôt les dealers (" he Jim, do you need some soul food ? " sur Soul food), tantôt les stars clean qui se laissent prendre au jeu de la tentation (" I n I Dillinger, ‘man, can’t afford this ting, ‘man. Just a try, ‘man… " sur L.S.D). Dillinger adore épeler ses refrains, comme pour faire durer la fête. Il joue sur les mots, transformant Rockers en clockers et vice-versa, à l’infini (" he Jim, can you do the rocker for me ? ", Rockers). Il peut à l’occasion rouler les ‘R’, comme sur African roots rock reggae, ou roucouler comme un gros pigeon satisfait, par exemple pour se moquer de l’enflure militaire (The General). On sent dans ces jeux l’héritage de Scratch Perry, passé maître dans la transformation des mots et des sons. Comme lui, Dillinger pratique le détournement et la récupération, toastant allégrement sur le Satta Dub des Abyssinians pour la gloire de Heile Selassie (sur addis-ababbaithiopia). Sur CB 200, les jeux de mots permettent à Dillinger d’illustrer ses virées en moto – une CB " two hundred " - dans les rues de kingston (" One dread, two dread, you better show me your natty dread …").

Comme Lee Perry, Dillinger est fan de Bruce Lee, dont il imite le cri à la perfection pour appeler la chute de nos sociétés corrompues, " the Babylon falldown " (Natty kick like lightning). Dillinger poursuit son Kung Fu musical dans pas mal de morceaux, notamment pour faire leur fête aux anciens colons, comme sur Buckingham Palace, où il rebaptise " Babylon Kingdom " le Royaume-Uni. Sur Plantation heights, Dillinger lâche de ses collines (les " sommets des plantations ") son message de sagesse : " I smoke marijuana, we sing Revelation songs " pour répondre à la sale propagande de Babylone (je cite).

Tout à son combat, Dillinger n’oublie pas de sacrifier à l’auto-célébration jamaïcaine, comme sur Power Bank, où il décrète Kingston centre du Monde et référence universelle. Sur No chuck it (" je laisse pas tomber ! ") il chante son amour de l’île (" Jamaica, the land of wood and water … ") puis passe en revue les problèmes et les espoirs du pays : la faim, les révoltes, le ghetto, l’unité.

On aime Dillinger parce que son humour et son détachement lui évitent de tomber dans un pathos pesant. L’album CB 200, par exemple se termine sur Crankface (‘Face d’excentrique’), pied de nez à tout ce qu’il a raconté auparavant : " big big chains, but you got no one to blame, ‘cause you got to blame yourself ".  

Dillinger enregistra Ciby 200 avec le concours des Mighty Diamonds et alors qu’il était quasiment inconnu. Il dira plus tard sa joie d’avoir pu montrer ce qu’il pouvait faire : " Most artists, I tell you, grateful for an LP’, cos’ a 45 like a little slug from a gun, but the LP like a rocket launched, long-distance missile the shoot far ". Soit : " Beaucoup d’artistes sont reconnaissants de sortir un 33 tours parce qu’un 45 tours, c’est comme une petite balle de revolver tandis qu’un 33 c’est comme un tir de roquette, un missile longue portée qui frappe loin ". Tu m’étonnes.

 

K.Zino

Un dernier pour la route :

Le second album de Dillinger, Ready Natty Dready (Winro/Studio One), est aussi une très grande réussite et une pièce importante dans son œuvre puisqu’elle consacre sa période roots, avant un virage soul et funk. Le morceau Ready Natty Dready, une reprise de Creation rebel de Burning Spear, est malheureusement introuvable aujourd’hui. Sur les rééditions, il est remplacé par un autre titre, Natty Kung Fu, inspiré du Freedom Blues de Roy Richards. Vous trouverez aussi sur ce bijou Natty Ten to one, repris du succès des Mads Lads Ten to one. Enfin, les fans d’Horace Andy apprécieront la reprise de Fever (" you gonna give me fever, in the morning, in the evening, in the night… ". 

CB200

Top Rankin
Readie nattie dreadie
King Pharaoh
Badder Than Them
Fountain on the Mountain
Killer Man Jaro
None Stop Disco Style
Bionic Dread
Cornbread
Scandal Bag
Talking Blues
Cocaine
Horses & Hawgs
CB200 18K Gold
24 Karat Ragnampiza
14K Gold Golden Hits
3 Piece Suit
Funky Punk
I Need A Woman - Reggae's Best
Marijuana in my Brain
DJ CLash (with Trinity)

Island, 1976

Studio One
Blue Moon
A & M
Esoldun
Clocktower
Mango
Jamaica Sound
Charly, 1989
JRS, 1991
Scandal Bag
Scandal Bag
Scandal Bag
Esoldun, 1993
Lagoon, 1992
Lagoon
Burning Sounds/Lagoon, 1978

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