La semaine dernière,
en présentant le dernier album-témoignage du King, Dub like dirt, on a
oublié de mentionner, parmi les anthologies déjà parues, ce IF deejay was your trade.
Lerreur méritait dautant plus dêtre réparée que Blood&Fire a remis son site à neuf, comme
on range un grenier lors du grand nettoyage de printemps. Superbe page daccueil en
Flash, discographie enrichie de textes et photos classieuses. Même pour ceux dont le
boulot est dêtre webmestre plutôt que deejay, le résultat est impressionnant,
surtout quand on ajoute le son (pour ceux dont le PC permet à la fois de surfer et de
lire un CD). Le futur du Dub passe peut-être par un mariage damour avec les
technologies de limage.
On nen était pas encore là lorsque, dans
les années 70, Bunny Lee organisait les sessions denregistrement au studio
de King Tubby, où les deejays étaient priés de chanter vite et bien pour user le moins
de bande possible et permettre aux 45 tours de sortir vite. Comme le montre cette
compilation de 16 titres, le résultat est à la hauteur de la réputation des artistes
présents. Cest dailleurs le sens du titre de lalbum. Si deejay
cest ton truc
alors tu ne dois pas avoir de problème pour chanter la
mélopée à brûle-pourpoint.
Big Joe, I Roy,
Little Joe, Tappa Zukie, Jah Stitch, Dr.
Alimantado, Dillinger, Prince
Jazzbo et Prince Far I font partie de ces toasters rasta pour
qui le défi énoncé ressemble à un jeu entre potes. Big Joe, par exemple, reprend le
célèbrissime riddim des Abyssinians, Satta Masa Gana, et y
ajoute son propre texte. Ça donne In the Ghetto, avec une intro qui reflète
parfaitement le ton de lalbum.
"Now brother and sister down here in the ghetto where we stay,
we've got a lot of hope
down here in the ghetto I would tell you..."
Big Joe organise un dialogue à deux voix
en enchaînant son texte aux paroles des Abyssinians, style " Theres a
land far far away
./ I know that ! ". Il profite aussi de cette
occasion pour saluer ses potes dans tous les quartiers de Kingston, de Greenwich Town à
Payne Avenue en passant par Trench Town et Riverton City.
Plus loin, Tappa Zukie délivre une reprise
restée fameuse du Guiding Star dHorace Andy. Intitulée Jah
is a guiding star, elle rejoint de nombreuses autres versions au patrimoine mondial
des Guiding Stars de lHumanité.
Autre moment notable, ce duo entre Doctor
Alimantado & Jah Stich. Intitulé The barber feel it, il reprend un
riddim souvent utilisé chez les Tubby/Lee, Ali Baba. Le morceau figure une guerre
entre les barbiers et les rastas. On devine la victoire des seconds sur les premiers
grâce au rire de Jah Stich, qui parade dans les rues de Kingston sur la moto de Doctor
Alimantado, cherchant des copines et un spliff. Dans un épisode précédent, Tado
avait il est vrai tué le barbier, assurant à ses frères la pérennité de leurs
dreadlocks. |
Sur le morceau suivant, Bury
the barber, Jah Stich donne une suite logique à cette aventure. Ironie
mordante, Jah Stich sera victime dune tentative dassassinat en 1976.
Miraculeusement, la balle entra au-dessus de son oreille droite et sortit en-dessous de
loreille gauche, laissant le deejay vivant. En sortant de lhôpital, Jah Stich
relatera lhistoire sur No dread cant dead.
Cest encore Jah Stich quon
entend sur Black harmony Killer, qui reprend Just say who dHorace
Andy, décidément à la fête sur cette compilation. On reprend les mêmes et on
recommence avec Greedy Girl, où Jah Stich soutient Horace brother cool as
candy dans lidée quil faut se méfier de la cupidité de certaines
femmes. |
LiVreT
Big Joe - 'In the Ghetto'
I Roy - 'War and Friction'
Little Joe - 'Tradition Skank'
Tappa Zukie - 'Jah is I Guiding Star'
Jah Stitch - 'Set up Yourself Dreadlocks'
Dr. Alimantado - 'Chant to Jah'
Dr. Alimantado - 'Mash it Up'
Dr. Alimantado & Jah Stitch - 'The Barber Feel It'
Jah Stitch - 'Bury the Barber'
Jah Stitch - 'Black Harmony Killer'
Jah Stitch - 'Greedy Girl'
Dillinger - 'Regular Girl'
Dillinger - 'Daylight Saving Time'
Prince Jazzbo - 'Gal Boy I Roy'
Prince Jazzbo - 'Good Memories'
Prince Far I - 'Shuffle and Deal'

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Un peu plus loin, on
retrouve limpayable Dillinger,
vantant les charmes de sa Regular Girl, traînant la voix à la façon dun
chanteur pop sur le refrain. Il poursuit dans une veine plus ragga sur Daylight saving
time, reprise dun vieux tube de John Holt, The clock.
Comme pour Dub like Dirt, les
musiciens mobilisés sur les enregistrements sont les Aggrovators, qui comptaient
en leur sein des pointures comme Sly & Robbie et
Aston
Familyman Barrett. Leur présence apporte une unité sonore et une
qualité de jeu qui confèrent à ce meeting de fous furieux un semblant de cohérence.
Kzino |