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Alpha Blondy & The Solar system
Yitzhak Rabin

Ne vous plantez pas en vous pointant chez votre disquaire préféré. Répétons-le pour les mous du bulbe. L’album est de Alpha Blondy et son titre est "Yitzhak Rabin". Pas l’inverse. Bel hommage du poète ivoirien au leader travailliste israélien. Alpha Blondy pleure ici sur la paix perdue et affiche son mépris pour Nethanyahou en omettant de le citer. Douze ans après le superbe album Jerusalem, Alpha Blondy revient donc sur le sort de la ville éternelle, qu’il affectionne et que les fanatismes déchirent.
Et le Système solaire dans tout ça ? Il va bien, merci, et joue avec Alpha Blondy. N’y voyez aucune mégalomanie. Il s’agit juste du nom du groupe formé pour l’accompagner.

Solar System.fluctuat.net.1998.

Pour l’artiste, cet album constitue aussi une sorte de retour aux sources. L’album, en effet, a été produit par Clive Hunt, le producteur qui remarqua Alpha Blondy à ses débuts, à la fin des années 70, quand il s’appelait encore Koné Seydou. Le jeune chanteur, venu à New York pour ses études, avait découvert le reggae lors d’un concert de Burning Spear à Central Park et s’engageait dans cette voie. Pour Yitzhak Rabin, les deux hommes se sont entourés d’Errol Brown (ingénieur de son de Bob Marley), des I-Three, de l’arrangeur africain Bocana Maiga et d’une pléiade de musiciens jamaïcains qui donnent à l’ensemble une coloration "roots, rock, reggae" propre à séduire les amateurs sans déplaire aux puristes.  Dans cet album principalement enregistré à Abidjan (Studios RFK), Alpha Blondy défend plus que jamais sa vision de l’Afrique, appelant à son unification et à un développement démocratique. Sur le plan musical, il prouve que le continent a beaucoup à apporter au reggae, en sus d’une imagerie qui fonde la légende rasta. Alpha Blondy est un témoin lucide de son temps, même si les mots sont parfois un peu naïfs. Loin d’appeler au retour en Ethiopie (et pour cause), il trace des pistes pour une prise en main de leur destin par les Africains, sans complaisance. Dans Les imbéciles, Alpha Blondy énumère les richesses naturelles du continent et blâme les fauteurs de troubles civils, qu’ils soient algériens, rwandais ou soudanais : « les ennemis de l’Afrique, ce sont les Africains ». Dans Armée française, il botte le cul de l’adjudant Kronenbourg :

Alpha Blondy en live. fluctuat.net.1998.

Armée française allez-vous
en
Allez-vous en de chez nous…

Nous ne voulons plus
d’indépendance
sous haute surveillance
(…)
Les enfants des tirailleurs
vous disent d’aller voir
ailleurs
Les enfants des immigrés
vous disent d’aller voir
ailleurs

Et de citer avec précision les lieux qu’il convient de vider, les pays où les paras tricolores continuent d’emmerder le peuple : Côte d’Ivoire, Sénégal, Gabon, Centrafrique, Djibouti, Tchad.

Dans Guerre Civile, le "foulosophe" revient sur ce mal endogène qui ronge l’Afrique ("bombe tribale/bombe coloniale") et dénonce "la démocratie Banania". Cinq titres de l’album sont en Dioula, ce qui fera plaisir aux fans ivoiriens, sénégalais, maliens, burkinabe et à tous les citoyens de la zone Mendigue. L’homme n’oublie pas que son statut de star internationale lui donne pour mission de participer au rayonnement de sa culture.

Enfin, New Dawn montre qu’Alpha Blondy sait encore être léger. La chanson, qui raconte l’histoire d’un type qui s’est fait plaqué par sa copine, joue sur des ressorts universels plutôt éculés mais toujours aussi efficace chez les ados. On comprend à l’écoute de ce refrain presque pop pourquoi il a pu être parfois présenté comme un rocker. Ne nous en plaignons pas. Comme Opération coup de poing, Travailler c’est trop dur ou Sweet Fanta Diallo en leur temps, New Dawn est l’archétype du tube qui jette un pont entre la variétoche et le reggae, permettant ainsi aux artistes du cru de s’adresser à un public plus large.

K. Zino

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Prix indicatif : 139 FF
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date de la dernière mise à jour 16/05/00