| Né en Jamaïque en 1887, Marcus Garvey
émigra aux Etats-Unis en 1916 et, lannée suivante, il fonda lAssociation
universelle pour lamélioration de la condition noire (Universal Negro Improvement
Association, UNIA, toujours en activité). Sous son
impulsion, cette organisation devint le principal défenseur de " la rédemption
par le rapatriement" (redemption trough repatriation), avec la bénédiction du Ku
Klux Klan. La classe moyenne noire et les libéraux blancs étaient effrayés par de
telles positions, pensant que la solution des problèmes raciaux reposait sur la
cohabitation intelligente des différentes communautés. Le Klan, en revanche, approuvait
tout à fait cette purification ethnique par un départ volontaire. Pour aider le
mouvement, le Klan alla jusquà participer à certains meetings de lUNIA, à
linvite de son leader. Très actif, Marcus Garvey créa son propre journal, The
Negro World, à New York. Le slogan nationaliste de Garvey " One
Aim, One God, One Destiny " en devint la devise. |

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En 1919, Marcus Garvey créé la Black Star
Line, compagnie maritime censée servir le projet de rapatriement. Il fit
la tournée du pays à la façon dun monarque pour promouvoir son initiative et
recueillir des investissements. A New York, il descend les rues de Manhattan à bord
dune Limousine, suivi par 250 000 adeptes. Les autorités fédérales commencent à
sintéresser à lui. En 1922, après la banqueroute de la Black Star Line,
Garvey et trois de ses associés sont poursuivis par les tribunaux. Accusé de fraude
postale, il reste en liberté surveillée jusquen 1925. Sa condamnation est alors
confirmée. Il est emprisonné au pénitencier fédéral dAtlanta. Le président
Collidge commuta sa sentence en 1927 et Garvey fut envoyé en exil en Jamaïque. Il ne
reste de ses projets que des paroles de chansons, Culture et quelques autres
nayant pas renoncé au voyage :
" They
took us away from our homeland
And we are slaving down here in Babylon
They are waiting for an opportunity
For the Black Starliner which is to come "
Culture, Black Starliner (Trust me, Jahmin Records, 1997)
Les Jamaïcains écoutent avec
enthousiasme les meetings de Garvey, organisés dans les mois qui suivent son retour. La
vie politique de lîle sen trouve bouleversée. Il est vrai que Marcus Garvey
peut compter sur le soutien dun autre activiste, son ami Leonard Percival Howell, avec
lequel il a noué des liens lors de son séjour à New York.
En dépit de cette ambiance sympathique et
animée, Garvey se trouvait à létroit et, en 1935, il part pour lAngleterre.
De là, il surveille la régression internationale de son mouvement. Il meurt en
Angleterre en 1940.

Avant de partir pour lAngleterre, Marcus
Garvey prononça à Kingston un discours qui marqua le lancement du mouvement Rasta. Dans
une église de la capitale, un dimanche de 1927, il eut ces mots :
" Look to Africa,
where a black king shall be crowned "
" Regardez vers lAfrique,
où un roi noir doit être couronné "
En novembre 1930 le Daily Gleaner, journal
populaire de Kingston, rapporta en première page quun chef tribal méconnu, Ras
Tafari Mekonnen, avait été couronné sous le nom de Heile Selassie I (le nom
signifie " Pouvoir de la Sainte Trinité "). Les Rastas y virent un
accomplissement de la prophétie de Garvey. Pour sen assurer, ils cherchèrent dans
la Bible une confirmation de la nature divine des événements, dans la tradition du
revivalisme. A force de chercher, ils trouvèrent un passage qui confirmait le mythe, au
paragraphe 5:5 de la Revelation :
" Then
one of the Elders said to me, weep not ; lo, the lion of the tribe of Judah,
the Root of David, has conquered, so that he can open the scroll and its seven
seals "
Cest Archibald Dunkley,
ancien matelot comme Howell, qui relèvera ces allusions bibliques. Plusieurs
générations de Rasta ont poursuivi ce bricolage mythologique en lenrichissant de
références, de rites et de figures diverses. Aujourdhui, lhistoire du
mouvement Rasta laisse de côté la façon dont sest constituée la croyance. Les
protecteurs du mythe développe une iconographie et un discours qui doit montrer le
caractère spontané et quasi-magique des faits qui ont conduit à la formation du
mouvement rasta. Culture consacra par exemple la pochette de Trust Me au
culte de Heile Selassie, représentant les passages de la Bible qui avalisent la croyance
Rasta comme sil sagissait de trésors archéologiques prouvant
lexistence de lAtlantide.
Kzino |