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Junior Byles

Beat Down Babylon
(
Black Ark studio, réédité chez PIAS en 1997)

Junior Byles - Beat down Babylon

Une voix pour les Upsetters

On connaît Junior Byles au travers de ses amis, rassemblés récemment par Blood&Fire au 129 Beat Street, excellente compilation chroniquée ici même et toujours en vente pour un prix modique. L’accueil ayant été enthousiaste, on revient cette semaine sur les débuts de Junior Byles et sur un album clef, Beat Dow Babylon.

Junior Byles est né en 1948 à Kingston, où il grandit dans le quartier de Jonestown. Coaché par ses bigots de parents (maman institutrice, papa mécanicien), Junior entreprend naturellement son éducation musicale à l’église. Il passe du gospel au reggae en écoutant Toots and the Maytals, Stranger Cole, Slim Smith et les Wailers. Surnommé Chubby dans son quartier, Junior Byles utilisera parfois ce nom de scène, notamment lorsqu’il jouera avec les Honey-suckers ou avec Lee Perry (Chubby and Scratch). Plus tard, il se fera modestement appeler King Chubby.

Mécanicien jusqu’en 1968, Junior Byles devient ensuite pompier. Parallèlement, il tourne avec le groupe qu’il a formé en 67, les Versatiles. A ses côtés figurent Louie Davis (qu’on retrouvera plus tard au sein des Morwell) et un indien appelé Dudley qu’on ne retrouvera – à ma connaissance – nulle part. A la fin des années 60, les Versatiles font vite parler d’eux, notamment grâce aux sessions produites par Joel Gibson et Lee ‘Scratch’ Perry. Considéré par Scratch comme un des plus grands chanteurs de son temps, Junior Byles enregistre avec le maître quelques titres vraiment bons, comme Beat Down Babylon, Curly locks, Rasta no pickpocket et A place called Africa.

Dans les années 70, Junior Byles devient une énorme star en Jamaïque et commence à se tailler une petite réputation internationale. Las, la mort de Heile Selassie le laisse en pleine crise mystique, la Bible ne disant pas ce qu’il devait advenir de Jah après cet épisode plutôt banal. Junior Byles passera quelques temps à l’hôpital Belview de Kingston pour traiter ses crises de délire. Depuis, les rastas ont eu le temps d’enquêter, et aucun doute ne peut subsister : Jah est ressuscité et il ne devrait pas tarder à revenir, en dépit de la désinformation criminelle organisée par Jean-Paul II pour le compte de Babylon. Il faut rappeler qu’Heile Selassie a été assassiné dans son sommeil par les sbires de Mengistu, dictateur communiste qui prit le pouvoir en Ethiopie dans les années 70 en renversant Heile Selassie, qu’il emprisonna avant de tuer. Or, tenez-vous bien, il paraît qu’on n’a pas retrouvé le corps d’Heile Selassie lorsqu’on voulut le mettre en bière. Etrange, non ?

Après cette rupture, Junior Byles continuera tant bien que mal à faire de la musique, sans jamais retrouver l’enthousiasme et le succès de ses débuts. Il résumera plus tard dans une interview la bohème désespérée dans laquelle il s’abandonna :

"Yes, I've been fightin' terrible struggles through creation. At times, I walk barefoot. At times, you only see me with a rod and a bundle of fire beside me. Sometimes I live in the hills. Sometimes, I go away. Sometimes the only t'ing that I have to satisfy my soul is lightning and thunder and the sun that shine to remind me that there is still hope for humanity. I am a person who scorn and scoff at suffering – don't like to see it. I personally desire to see righteousness cover the eart' as the way it should be. So then, most of my writing is just based in that channel, you know – to see that these t'ings come to be a reality.

"I have traveled far and wide – t'rough hills, hedges, highways and byways where a lot of people is afraid to go. And I don't believe I've stopped. I'm still doin' it. That is just part of my duty from day to day. I already forsee the day when I am not going to want. I see it. I know it is just around the corner. Everyday in my life, everyday is just a workin' day. Don't care how mystic it might look. I just appreciate becau' I know that as long as I am living clean and tryin' my best to do what is right, my reward is endless – priceless."

Beat Down Babylon reste l’album le plus abouti de Junior Byles. Produit par Lee Perry, il résume parfaitement les années passées avec les Upsetters. Vif, militant et un brin naïf, il est à l’image de la Jamaïque des années 70, quand le reggae bien roots donnait au rastafarisme et à son message de libération universelle une portée historique. L’album comporte les principaux succès de Junior Byles, comme Da Da, Beat Down Babylon, A place called Africa, Poor Chubby, Rasta no pickpocket et Curly loks.  

Kzino

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