| Une voix pour les Upsetters
On connaît Junior Byles au travers de ses amis,
rassemblés récemment par Blood&Fire au 129 Beat Street, excellente
compilation chroniquée ici même et toujours en vente pour un prix modique.
Laccueil ayant été enthousiaste, on revient cette semaine sur les débuts de
Junior Byles et sur un album clef, Beat Dow Babylon.
Junior Byles est né en 1948 à Kingston, où il
grandit dans le quartier de Jonestown. Coaché par ses bigots de parents (maman
institutrice, papa mécanicien), Junior entreprend naturellement son éducation musicale
à léglise. Il passe du gospel au reggae en écoutant Toots and the Maytals,
Stranger Cole, Slim Smith et les Wailers. Surnommé Chubby dans son quartier, Junior Byles
utilisera parfois ce nom de scène, notamment lorsquil jouera avec les Honey-suckers
ou avec Lee Perry (Chubby and Scratch). Plus tard, il se fera modestement appeler King
Chubby.
Mécanicien jusquen 1968, Junior Byles
devient ensuite pompier. Parallèlement, il tourne avec le groupe quil a formé en
67, les Versatiles. A ses côtés figurent Louie Davis (quon retrouvera
plus tard au sein des Morwell) et un indien appelé Dudley quon ne retrouvera
à ma connaissance nulle part. A la fin des années 60, les Versatiles font vite
parler deux, notamment grâce aux sessions produites par Joel Gibson et Lee
Scratch Perry. Considéré par Scratch comme un des plus grands chanteurs de
son temps, Junior Byles enregistre avec le maître quelques titres vraiment bons, comme Beat
Down Babylon, Curly locks, Rasta no pickpocket et A place
called Africa.
Dans les années 70, Junior Byles devient une
énorme star en Jamaïque et commence à se tailler une petite réputation internationale.
Las, la mort de Heile Selassie le laisse en pleine crise mystique, la Bible ne disant pas
ce quil devait advenir de Jah après cet épisode plutôt banal. Junior Byles
passera quelques temps à lhôpital Belview de Kingston pour traiter ses crises de
délire. Depuis, les rastas ont eu le temps denquêter, et aucun doute ne peut
subsister : Jah est ressuscité et il ne devrait pas tarder à revenir, en dépit de
la désinformation criminelle organisée par Jean-Paul II pour le compte de Babylon. Il
faut rappeler quHeile Selassie a été assassiné dans son sommeil par les sbires de
Mengistu, dictateur communiste qui prit le pouvoir en Ethiopie dans les années 70 en
renversant Heile Selassie, quil emprisonna avant de tuer. Or, tenez-vous bien, il
paraît quon na pas retrouvé le corps dHeile Selassie lorsquon
voulut le mettre en bière. Etrange, non ?
Après cette rupture, Junior Byles continuera tant
bien que mal à faire de la musique, sans jamais retrouver lenthousiasme et le
succès de ses débuts. Il résumera plus tard dans une interview la bohème désespérée
dans laquelle il sabandonna :
"Yes, I've been fightin' terrible struggles through creation. At
times, I walk barefoot. At times, you only see me with a rod and a bundle of fire beside
me. Sometimes I live in the hills. Sometimes, I go away. Sometimes the only t'ing that I
have to satisfy my soul is lightning and thunder and the sun that shine to remind me that
there is still hope for humanity. I am a person who scorn and scoff at suffering
don't like to see it. I personally desire to see righteousness cover the eart' as the way
it should be. So then, most of my writing is just based in that channel, you know
to see that these t'ings come to be a reality.
"I have traveled
far and wide t'rough hills, hedges, highways and byways where a lot of people is
afraid to go. And I don't believe I've stopped. I'm still doin' it. That is just part of
my duty from day to day. I already forsee the day when I am not going to want. I see it. I
know it is just around the corner. Everyday in my life, everyday is just a workin' day.
Don't care how mystic it might look. I just appreciate becau' I know that as long as I am
living clean and tryin' my best to do what is right, my reward is endless
priceless."
Beat
Down Babylon reste lalbum le plus abouti
de Junior Byles. Produit par Lee Perry, il résume
parfaitement les années passées avec les Upsetters. Vif, militant et un brin naïf, il est à limage de
la Jamaïque des années 70, quand le reggae bien roots donnait au rastafarisme et à son
message de libération universelle une portée historique. Lalbum comporte les
principaux succès de Junior Byles, comme Da Da, Beat Down Babylon, A
place called Africa, Poor Chubby, Rasta no pickpocket et Curly
loks.
Kzino |