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... 129 Beat Street

R.Reid

Avec le cinquième titre de l’album, See the Dread Deh, Rupert Reid en solo montre qu’il pouvait être autre chose que le pote de son pote. Une section cuivre sonne à intervalle régulier dans ce morceaux qui ne semble jamais finir et recommencer toujours. Il est vrai que la version Dub du morceau, initialement éditée en face B et intitulée Cup & Saucer, est ici accolée à la suite du morceau reggae, donnant à l’ensemble une profondeur entêtante.

Le reste de l’album est partagé entre les autres amis de Junior Byles. Pablo Moses donne une de ses plus belles compositions, One People. L’artiste venait de sortir Revolutionary Dream, qui contenait notamment We should be in Angola. Politiquement engagé, Pablo Moses concentre dans One People le jugement qu’il porte sur la situation internationale du milieu des années 70. Il libère ses mots comme des bulles de savon, offrant une perspective à l’humanité souffrante : " one people, one spirit, one flesh " (un seul peuple, un esprit, une même chair).

Bim Sherman poursuit avec Mighty Ruler, version rasta d’un vieux tube jamaïcain chanté par Leroy Sibbles, Tripe Girl. Le talent précoce de Bim Sherman est ici exposé sans surprise. A l’époque, Manzie Swaby le repéra pour sa voix particulière, claire et douce. Depuis, Bim Sherman s’est installé en Angleterre, où il a plus que confirmé ses bonnes dispositions, notamment au travers de sa coopération avec Adrian Sherwood, animateur du label On-U sound. Preuve que 129 Beat Street n’est pas qu’un ramassis de vieilles gloires à écouter la larme à l’œil.

On continue cette écoute accélérée avec Dave Robinson, auteur du très percutant My Homeland, plainte appuyée en faveur du rapatriement en Afrique. Là encore, le morceau est complété de sa version Dub, initialement baptisée Soweto. Le tout se dilate avec force sur près de 6 minutes, ou plus si vous le programmez en boucle.

Le Brigadier Jerry poursuit avec Wild Goose Race, morceau toasté à la mode U-Brown, (style j’enchaîne vite les mots puis je traîne sur la fin de mes phrases en me raclant la gorge avant de me mettre à lire les paroles tout en poussant quelques cris pour accompagner les distorsions instrumentales).

Neville Tate, illustre inconnu issu des quartiers pauvres de Kingston West, comme Dave Robinson ou Brigadier Jerry, délivre ensuite une excellente reprise de See a Man’s Face, morceau composé par Horace Andy. Plus sombre, plus lent et moins funky qu’Horace Andy, Neville Tate évite ainsi qu’on compare de trop près sa voix à celle du plus grand vocaliste de l’histoire du reggae. On gagne au change un Dub hypnotique, sur lequel flotte la voix de Neville Tate, encapsulée dans un nuage sonore. Pour la petite histoire, Neville Tate vit lui aussi à New York, comme Dave Robinson et Manzie Swaby. La grosse pomme est accueillante pour les anonymes, les has-been et les never-has-been.

On termine avec U-Brown, alors au faîte de son succès en Jamaïque. Il reprend ici un classique, So long, auparavant chanté par Count Ossie, Dennis Brown et quelques autres moins célèbres. U-Brown joue ici par dessus la voix de Leroy Smart, pour lequel il fit évoluer la partie instrumentale du titre, inspirée d’un vieux rythme jamaïcain, Ooh Wee Baby. Le résultat donne un reggae toasté comme les fans de deejay daddy U-Brown les apprécient (cf. description supra).

U.Brown

L’album se termine ainsi avec un morceau syncrétique, sorte de pont posé entre le vieux Rock steady et le Dancehall à venir (ce sera pour les années 80). Cette ultime pulsation du 129 Beat Street devrait finir de vous essouffler, en attendant la prochaine livraison de Blood & Fire.

K.Zino 

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