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| ... 129 Beat Street |
La magie des
années 70 sexplique aussi par des attitudes propres à cette période de relative
insouciance et dentraide. Certes, les studios de Kingston entretenaient une certaine
rivalité entre eux, chacun essayant de bluffer les autres en sortant le hit qui tue.
Néanmoins, les producteurs, chanteurs, compositeurs et autres ingénieurs du son qui
peuplaient ces studios entretenaient entre eux des relations fertiles. Lee Perry
filait des riddims aux Wailers pour quils posent leurs textes dessus
avant de passer le tout à King Tubby, qui soccupait des versions Dub et de
lenvoi des disques vers la communauté jamaïcaine installée en Grande-Bretagne.
Les relations de travail se faisaient et se défaisaient en fonction des amitiés, des
ambitions artistiques du moment ou plus simplement des opportunités du jour. Black
Uhuru, par exemple, sest monté grâce à laide de Sly Dunbar (la
moitié de Sly & Robbie), désireux de voir son vieux pote décole Michael
Rose entrer lui aussi dans le business du disque. La complicité et Sly Dunbar et de
Michael Rose donna les plus belles créations de Black Uhuru, dont lalbum Red.
Bon, on séloigne. Avant dentrer dans
le vif du sujet, insistons une dernière fois sur le formidable impact musical provoqué
par ces échanges constants entre reggaemen historiques, rassemblés au même endroit et
au même moment. Pour preuve, signalons que tous les artistes figurant sur la compilation
sont soutenus dans leur performance par deux groupes exceptionnels, les Revolutionaries
et les Skin Flesh & Bones. Ces deux formations comptaient un bon nombre
déléments communs, dont LE batteur Sly Dunbar et Ansell Collins (orgue).
Au sein des Revolutionaries, on trouve aussi Robbie Shakespeare, un des tous
meilleurs bassistes jamaïcains, longtemps associé à Sly Dunbar au sein du duo Sly &
Robbie. |
| Junior Byles
figure en tête de cette troupe, bénéficiant ainsi dun hommage justifié bien que
tardif. Il est vrai que Junior Byles na pas su organiser sa carrière selon les
cannons occidentaux. A la fin des années 70, lindustrie du disque jeta un voile
pudique sur ce personnage loufoque qui devint fou et attenta à ses jours après avoir
appris le décès de Sa Majesté Heilé Sélassié, aussi appelé Jah. Avant de péter
définitivement les plombs, Junior Byles figurait parmi les habitués du 129 Beat Street. |
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| En remontant encore le temps, on le retrouve
aux côtés des Versatiles, groupe quil fonda en 1967, à 19 ans. Les Versatiles
étaient produits par Lee " Scratch " Perry, qui ne tarda pas
à vouloir accaparer ce chanteur dexception. Aux côtés des Upsetters
emmenés par le producteur fou, Junior Byles enchaîna quelques morceaux
danthologie, dont Beat Down babylon, A place called Africa, Cutting
Razor, Rasta no pickpocket et King of Babylon. Comme les titres le
laissent entendre, Junior Byles fut un des pionniers du reggae roots, adoptant une
attitude rasta et jouant les rebelles. Comme pas mal de chanteurs jamaïcains, Junior
Byles avait travaillé sa voix à léglise pendant toute son enfance, vécue au
milieu dune famille de bigots. Cet héritage donne à entendre une des voix les plus
étonnantes du reggae, combinant militantisme, vulnérabilité et croyance spirituelle. La
puissance vocale de Junior Byles fut parfaitement mise en relief par Lee Perry. Le
producteur eut toujours le sentiment, en travaillant avec lui, de côtoyer un génie du
même calibre que Bob Marley. Cest pourquoi il prit soin de ne donner à
Junior Byles que des rythmes aussi bons que ceux confiés aux Wailers, dont il
soccupait aussi à lépoque. |
La compilation
concoctée par Blood & Fire présente un Junior Byles au top de sa forme et au
faîte de sa carrière. Redevenu autonome, il squatte le jardin de Manzie Swaby,
tapant le buf sous le soleil avec une guitare acoustique et des amis, dont Rupert
Reid. Quand un morceau est bon, la fine équipe part lenregistrer au
Randys pour le distribuer ensuite à partir de la boutique sise au 129 Beat Street.
Le premier morceau édité par le label Ja-man, See the Dread Deh (cf. infra), fut
conçu de la sorte. La compilation restitue parfaitement cette ambiance, affichant les
amis de Junior Byles autour de lui. Or, au jeu de " dis-moi qui sont tes amis,
je te dirai ce que tu vaux ", Junior Byles na rien à craindre. Rupert
Reid, Pablo Moses, Bim Sherman ou encore U-Brown accompagnent
efficacement la figure de proue du label Ja-Man. Au total, 11 morceaux remarquables sont
restitués. Seul un reste de bon sens journalistique me retient de vous décrire en
détail chacune de ces perles, au risque de vous voir partir chez le disquaire
électronique avant la fin de cette chronique.
Pour simplifier, lalbum
souvre sur quatre titres de Junior Byles, Chant Down Babylon, Know
where youre going, Pitchy-Patchy et Remember Me, ce dernier étant
le plus remarquable. Chanté en duo avec Rupert Reid, il constitue un chant
despoir dans la pure tradition rasta. Sur une ligne de basse très dub, le refrain
est martelé avec une assurance tranquille : " Remember me
when you
reach Mount Zion ". La voix devient plus implorante lorsquelle appelle au
rassemblement (" And in this life we shall all unit
"). Les
voix de Junior Byles et de Rupert Reid se répondent en écho, formant un dialogue apaisé
par le rythme régulier de la batterie. On sait peu de choses de Rupert Reid, sorti de
lanonymat grâce à ses collaborations avec Junior Byles. Il reprendra plus tard la
base rythmique de Remember Me pour en faire un autre chant de mobilisation, South
Africa will be free. (suite) |
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