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ZEBDA
Essence ordinaire

Zebda. Essence ordinaire. fluctuat.net.1998.

Il y a quelques années, Toulouse était réputée sur la scène variétoche pour avoir enfanté Jean-Pierre Mader et le groupe Images. Depuis, la ville de plus en plus rose a fait savoir qu’elle était capable de faire mieux que rire la capitale. Les Fabulous Troubadours sont apparus comme les porte-parole du renouveau occitan, ouvert sur le monde et inventif. Zebda est venu participer au chantier ouvert, d’abord au travers de l’album L’arène des rumeurs (92) puis du jubilatoire Le bruit et l’odeur (95), qui leur apporta le succès. Le groupe a aussi apporté son concours à Kassowitz pour la BO de La haine. En 98, Zebda a créé le Tactikollectif, ensemble d’artistes anti-fachos qui, à l’instar de Sinsemilia, a décidé de porter le combat contre le FN et la connerie ambiante sur le terrain des idées et du son. Le Kollectif s’est fendu d’un CD intitulé Motivés, ensemble hétéroclite de reprises (Le chant des partisans) et de créations (Motivés) destinées à être chantées dans les manifs.

Bref, Zebda ne manque ni d’idées ni de talent. C’est donc avec fébrilité que nous attendions Essence ordinaire, heureux que le groupe reprenne l’initiative après avoir encouragé les autres à le faire. Tout le monde a sûrement déjà entendu Je crois que ça va pas être possible, le titre phare de l’album. Il résume bien une démarche où l’élaboration des textes semble prendre le pas sur l’imagination musicale. Attention, j’ai pas dit que les mélodie et le rythme rappelaient le Macumba de la star languedocienne des eighties ! Simplement, la folie instrumentale qui marquait les premiers albums semblent légèrement apaisée, comme si Zebda souhaitait employer un ton plus grave et plus sobre pour faire porter son discours.

Il est vrai que les temps changent. En 95, Zebda raillait un Chirac démago qui glosait pendant 2 plombes sur le " bruit et l’odeur " des immigrés. En 98, Chirac est président fantoche d’un pays gouverné par un Parti socialiste dont on peut rêver qu’il structure la recomposition de la droite républicaine afin de laisser la place libre à gauche. On peut rêver. Les réalités sociales chantées par Zebda rappellent quand même que l’essence ordinaire qui fait avancer cette fin de siècle est trop chargée en plomb pour nous emmener bien loin. Le seul motif de satisfaction est sans doute la capacité de Zebda à recycler la double-peine, le racisme ordinaire, la crise urbaine et autres pollutions existentielles en moments de plaisir. Toujours trop bref, bien sûr, comme ce phrasé suave sur Tombé des nues : " Je suis venu mais je suis pas venu tu penses … M’entendre dire ‘sois le bienvenu’ ".

Ceux d’entre-vous qui doutent encore de l’intérêt de se faire du mal en se faisant du bien peuvent différer leur achat jusqu’au 10 novembre. La veille, ils auront toasté à l’Olympia (prenez vos places !) avec Magyd, Hakim et Mustapha, les trois chanteurs du groupe, au point de se traîner au petit matin chez le disquaire le plus proche pour récupérer cet alambic moderne qui transforme la morosité en enthousiasme.

K. Zino

date de la dernière mise à jour 16/05/00