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Electronic
Twisted tenderness
(EMI) – TECHNOPOP

moclés_
technopop/electronique/Johnny Marr/Bernard Sumner/Twisted Tenderness/techno/electropop/musique

Les manipulations génétiques constitueront au travers de leurs applications industrielles l’un des réservoirs de profit les plus généreux du prochain millénaire. Nul doute que, dans le dur combat qui opposera les rats de laboratoire et les requins de la finance aux cœurs effarouchés des tenants de l’éthique et de la morale, le nom d’Electronic servira d’argument massue. Né à la fin des années 80, dans une éprouvette mancunienne, l’ensemble des disques du duo technopop le plus prometteur de l’ère post-new wave sera à verser au dossier. Ils montreront qu’il ne suffit pas de mélanger deux génomes d’exception pour améliorer de manière décisive la résistance de la race à la médiocrité.

quintessence électronique pré-pubère

Electronic est donc à la fois le rejeton d’une manipulation génétique douteuse et ce qu’on peut considérer comme le premier exemple de mutation génétique rock. Imaginez qu’on a mélangé le meilleur guitariste pop du monde, alias Johnny Marr, ceinture noire ès arpèges et maître mélodiste, moitié vivante et vivace des Smiths, le groupe pop le plus convaincant de la décennie, et Bernard Sumner, chanteur leader du groupe pionnier de la musique électropop New Order, lui-même démembrement luxueux du mythique Joy.

On a mélangé le tout et obtenu quoi ?

Une infâme tambouille sans maître d’œuvre ? Un single d’anthologie Getting away with it, il y a de cela une demie- douzaine d’années. Suffisant pour mettre le feu aux maisons de retraite. Trois albums décevants, jonchés de quelques perles rares. Et, pour finir (espérons-le), ce Twisted Tenderness, présenté comme une avancée décisive pour la musique contemporaine au carrefour de la pop, de la techno et d’on ne sait trop quoi, et qui sonne, au bout du compte, comme mille albums avant lui, à des années-lumière des expérimentations de la scène de Bristol, de Massive Attack ou du plus timide des Radiohead.

Sans être tout à fait insignifiante, la livraison de cette fois est peut-être encore plus décevante que les précédentes. Tout d’abord, parce qu’on n’attendait plus grand chose de cette formation si ce n’est une bonne surprise et, ensuite, parce qu’elle-même n’avait cette fois rien promis de bien sensationnel. A l’arrivée, il semble qu’on ait encore moins que ça. Twisted Tenderness est d’écoute agréable mais ne va jamais plus loin. Ce qu’on lui reprochera avant tout c’est de n’avoir pas su exploiter une myriade de bonnes idées, concentrées dans les deux premières minutes de chaque titre – dont le plus bref court sur ses cinq minutes – et d’avoir délayé ses bonnes intentions dans un lavis anonyme de sons techno sans grand intérêt. Electronic avec ses deux grosses têtes ne s’est pas payé un cerveau. Johnny Marr joue toujours aussi bien mais a la corde trop lâche et gracile pour suggérer autre chose qu’une sorte de quintessence électronique pré-pubère démodée. Sa guitare souffre de l’absence de direction politique que la personnalité de Morrissey donnait à ses mélodies. Son harmonica – qui avait témoigné de beaux restes sur les albums de The The – tombe ici à plat, tandis que ses envolées de neuf cordes sur Vivid figurent d’un maniérisme qui n’a d’égal que les solos d’Hurricane (pour rester dans la sphère des groupes nés de scissions célèbres). Même remarque pour Barney dont les paroles et la voix n’ont pas perdu leurs qualités mais qui manquent d’une accroche, d’une vision – l’optimisme technologique des premiers New Order – susceptible d’animer l’édifice. A juxtaposer les exercices de style et les morceaux de bravoure, on a la nette impression que les deux moitiés passent à côté l’une de l’autre, soustrayant leurs talents au lieu de les ajouter. Malgré quelques séquences réussies (le génial démarrage de Make it Happen, la mélancolie de When She’s Gone, la fin de Flicker, ou encore les paroles de Haze), l’oreille… reste sur sa faim. Pensive toutefois et presque prête, tellement le set est construit de manière roublarde, à réévaluer l’album d’Electronic après l’avoir torpillé sur le coup d’une autre alchimie pétillante :

50% Smiths + 40 % New Order = 100 % PET SHOP BOYS.

Les fans de Neil Tennant apprécieront ; les autres feront la grimace. Nous sommes ici dans les soubassements de la culture pop, ces zones trop bien éclairées, trop richement enluminées, dans lesquelles il faut avoir la vue et l’ouïe très fines, pour distinguer la qualité du charlatanisme. De mauvaise humeur, on rangera Twisted Tenderness dans le second wagon en se réservant le droit, sur un coup de tête (molletonné) d’en faire demain un disque qu’on aime bien.

B. Myosotis

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Prix indicatif : 149 FF

date de la dernière mise à jour 06/11/00