Après quatre ans de silence, Mezzanine sort enfin des
tables de mixage du Wild Bunch, mystérieuses machines où sopère la
fusion des genres. En véritables alchimistes, les Dj's de Massive Attack ont
expérimenté sur ce disque des alliages sonores oscillant entre densité et
légèreté : le résultat est une new-wave rugueuse et abstraite à la fois figée
et évanescente.
On retrouve dès les deux premières mesures
de Angel ces notes incisives et opaques agrémentées de bruitages discrets,
confinées cette fois sous une glace monolithique. Lefficacité de lassise
rythmique est ensorcelante : ligne de basse monocorde sur des boucles vigoureuses
toujours très lentes - labourage binaire en règle dun terrain gelé. Pour se
réchauffer, il faut écouter la voix pure de Liz Fraser (ex Cocteau Twins) sur Teardrop.
Comme lors des précédents albums, Massive Attack sait choisir des voix singulières et
les exploiter avec génie.
Au bout dune minute, un phénomène étrange se produit : deux accords de
guitare qui nous plongent dix ans en arrière. La réapparition de cet instrument que la
musique électronique semblait avoir définitivement rangé dans les tiroirs de
lhistoire du pop-rock est assez stupéfiante. Le groupe ose un retour sur les
vestiges de la new (tendance cold)-wave des années 80 et sample sans vergogne
lintégralité dun morceau de The Cure (10 :15 Saturday Night) sur
Man Next Door.
Parmi les échantillons repiqués on trouve également des morceaux du Velvet Underground
(Risingson) et dIsaac Hayes (Exchange).
Avec la prépondérance dans certains titres de la six cordes distortionnée, Massive
Attack frappe là où on ne sy attendait pas, par derrière, presquen
traître. Après avoir porté le flambeau de la musique électronique anglaise, le groupe
phare des années 90 se replie sur une musique amère au rythme lourd et obsédant, se
rapprochant davantage de Joy Division que de Portishead.
Mezzanine est donc un album radicalement différent des deux précédents, moins
enlevé, moins " technologique " que Blue Lines et Protection.
Le trio de base travaille désormais avec un groupe dinstrumentistes (guitare,
basse, batterie) pour se concentrer uniquement sur les samples, les programmations et les
claviers.
Paradoxalement, cette collaboration avec une formation assez classique permet
lexploration de nouvelles formes musicales. A limage du scarabée de la
pochette (qui nest en fait quun cafard sophistiqué), Massive Attack se
métamorphose en une machine effrayante et dévoile son côté obscur, à travers des
compositions rigoureuses. Sur Man Next Door, la fragilité de la voix de Horace
Andy offre un contrepoint saisissant à la violence zeppelinienne du rythme. Il y a aussi
loxymorique Inertia Creeps, morceau qui évoque la stagnation sur fond de
sonorités orientales tourbillonnantes.
Mezzanine
est une uvre baroque, contrastée, dune gravité sans précédent ces dix
dernières années. La plupart des titres résultent dun équilibre précaire entre
inertie et chaos, spleen et lyrisme. La contradiction semble être le moteur créatif
dune musique qui correspond parfaitement au slogan du label Melankolic :
" glad to be sad ".
Dugommier

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Prix indicatif : 95 FF
En écoute (extraits) |
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