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MonKey Plus One
Les machines ont un cerveau

A l'occasion du dossier consacré à Ninja Tune, qui fête ces jours-ci ses 10 ans, nous vous présentons le travail d'un obsédé du sample (il n'est pas signé chez le prestigieux label, qu'on se le dise !).  Monkey + 1 est un musicien de Portland (Oregon), maniaque du collage sonore, qui sévit au sein du label Omco. Cette illustre compagnie musicale a pour vocation de présenter de nouveaux artistes dont les travaux sont basés le rapport créativité / technologie. Inutile alors de vous dire que les bêtes noires du bonhomme sont les "producteurs" décérébrés qui utilisent le sampler comme un simple outil de production. Pour Monkey, cette machine à échantilloner est véritablement un instrument en soi, grâce auquel de nouvelles formes musicales sont apparues et continuent de foisonner à travers le monde. Au-delà de ses singeries, l'artiste se fait théoricien lorsqu'il s'agit de défendre son principe créatif. Il nous expose ici, en texte et en musique, son "art du sample", un document en forme de célébration du pillage sonore.

Les MP3's étant assez lourds, nous les avons découpés en deux parties.
Les real audio arrivent très bientôt...
>>download<<
Art Of Sampling 1 (7.8 Mo)     Art Of Sampling 2 (8.1 Mo)


L’art du sample
(english version)

Le sampler (de l’anglais “sample” : “échantillon”) est un instrument qui peut enregistrer des sons sous forme d’ondes digitales. N’importe quelle donnée sonore est découpée des milliers de fois par seconde, ce qui permet de mesurer l’amplitude de l’onde à chaque point. Cette série d'échantillons est alors enregistrée dans un fichier continu d'information digitale. Le signal sonore peut être reconstruit d’après cette information, en la convertissant de nouveau en ondes analogiques.

La qualité d’un sample dépend du nombre d’échantillons enregistrés par seconde. Pour obtenir la qualité sonore d’un Cd, il faut une cadence de 44.100 échantillons par seconde, ou d’Hertz, ce qui représente le double de la fréquence maximum audible par l’oreille humaine. A une cadence inférieure, le son perd de son homogéneïté. Par exemple, cet échantillon n’est enregistré qu’à 11.00 Hertz, ce qui correspond à un quart de la qualité Cd. Voici encore un échantillon à 6.000 Hz et un autre à 2.000 Hz.

Les échantillons peuvent être modifiés par différents processus : transposés de plusieurs manières, étirés ou renversés. Un sample peut être passé par des filtres qui oblitèrent certaines ondes, comme les hautes ou les basses fréquences, ou sélectionne un intervalle de fréquences particulier. Naturellement, ce ne sont que les bases de la manipulation d’un sample. Beaucoup plus de choses sont réalisables avec des échantillons, qui font de l’art du sample un champ nouveau d’exploration musicale.

Les musiciens ont ainsi la possibilité d’établir des banques d’échantillons afin d’accéder rapidement à une palette illimitée de sons, s’étendant des instruments traditionnels aux atmosphères en passant par toutes sortes de phénomènes audibles ou d’effets sonores. Les ordinateurs ont rendu possible l’usage illimité du sampling, ouvrant la voie à une conception moderne des sons, grâce à leur rapidité et à un grand nombre de logiciels de production sonore.

La combinaison habile d’éléments différents produits de nouveaux résultats, une sorte de synthèse de formes musicales indépendantes à l’origine. L’apparation de la technologie du sample a lancé le « dada sonore », une musique dont le principe créatif est le collage jusqu’à présent limitée par les methodes de montage manuel sur bandes magnétiques.

Une des fonctions les plus élémentaires sur le sampler est la boucle (loop). Lorsqu’un son est mis en boucle, cela va créer un rythme. Si on a l’oreille pour faire des boucles, même les sources les plus improbables peuvent être utilisées. Inventer de nouvelles boucles est un art en soi, tout comme choisir celles qui vont bien ensemble. Le sampler laisse le musiciens couper et coller à leur guise et produit ainsi des modèles de compositions denses ou dépouillés.

Grâce à cette technologie, des artistes adeptes du collage ont émergé partout dans le monde dans des genres tels que le hip-hop, la musique expérimentale, le breakbeat, la jungle, la drum’n bass de même que dans la musique pop ou le rock, bien que le rôle du sampler dans le travail de production ne soit pas toujours évident. Les techniques des musiciens qui se servent du sampler comme d’un instrument, par opposition à un outil strictement destiné à la production, varient de la simple boucle à la recombinaison (déconstruction) et l’hybridation extrèmes.

A la différence de la production musicale analogique, la technique du sample permet d’avantage de précision, au millième de seconde près. Par exemple, un rythme pourra être représenté visuellement comme une suite d’ondes, ou « régions ». Il est alors possible d’en isoler les différentes parties pour n’en utiliser qu’une, comme la caisse claire, pour la modifier, lui donner un effet ou la supprimer entièrement. Mais le plus important est la création de nouveaux schémas rythmiques par la réorganisation de « régions » plus larges, ou encore mieux, de tempos hybrides en combinant différents rythmes. D’une manière générale, on peut varier à l’extrème le degré de modification d’un rythme, comme démontré ici :

Depuis une dizaine d’années, ces machines ont été au centre d’une polémique car leur utilisation est parfois considérée comme du vol ou du plagiat, surtout lorsque des profits sont réalisés. Certains musiciens utiliseront un refrain entier ou la mélodie d’une autre chanson pour composer leur propre morceau. La plupart des critiques visent ceux qui font de l’argent en utilisant directement des samples comme bases de leur musique, sans faire preuve de la moindre créativité ; une démarche qui s’est pratiquement imposée aujourd’hui comme la rêgle pour les artistes « rentables », dont le travail se borne à rechercher la permission d’utiliser ces samples, alors que d’autres déconstruisent et recombinent dans l’ombre.

Comme nous l’évoquions plus haut, les échantillons peuvent être complètement transformés en utilisant les effets de traitements des signaux. Malheureusement, la plupart des musiciens qui se servent de samples, en particulier dans des œuvres à caractère commercial, achètent simplement des disques préfabriqués remplis d’échantillons libres de droits et prêts à l’emploi. Ils s’en servent comme d’un produit, sans égards pour la compétence, l’inspiration ou le talent des ingénieurs ou des producteurs originaux. Ce genre d’usage finit par ne plus avoir aucun rapport avec le sample initial et le résultat est souvent sans intérêt et périssable, mais rapporte ironiquement chaque années des milliards de dollars à l’industrie du disque.

Cependant, certains artistes-sampler passent énormément de temps avec leurs machines, utilisant parfois d’une année sur l’autre le même sample retravaillé. Ils développent une histoire longue et intime avec leurs échantillons en se donnant beaucoup de peine pour les personnaliser, les modifier et les combiner soigneusement. Ils seraient capables d’aller très loin pour atteindre ce qui les fait réellement vibrer, la musique avec laquelle ils ont une vraie connexion. Ces musiciens utilisent le sampler en raison d’un amour durable pour les boucles et les rythmes – mais ils sont la minorité silencieuse.

Questionnaire : comment considérez-vous l’artiste-sampler ?

- il est un voleur sans talent essayant de piller le travail des autres musiciens pour son profit et sa renommée personnels ?
- il est un chasseur de trésor dont le but est de récupérer puis d’insufler une nouvelle dimension à des morceaux appartenant au passé, tout en les respectant ?

Liens
Omco (Outward Music Company) ../.. Radiohack Records


>> Ayez un regard critique sur les artistes qui pratiquent le sample. Vous devez vous poser les questions suivantes sur chaque artistes, le monde du sample englobant des musiciens très différents, tant dans leurs motivations que dans leurs philosophies.

* Est-il un pilleur sans talent, profitant du travail des autres pour sa propre renommée et ses propres bénéfices ?

* Est-il un chasseur de trésor s'attachant à donner, tout en les respectant, une autre dimension à de vieux morceaux ?

* Est-il quelqu'un qui se sert de morceaux populaires en jouant sur l'identification et ainsi vendre plus facilement son produit ?

* Est-lui un alchimiste méta-musical, utilisant le potentiel de la recombinaison pour forger des nouveaux thèmes ?

* Est-il une sorte de Dr Frankenstein créant des monstres stériles, clonés et robotiques à partir des chambres fortes de l'histoire de la musique ?

* Est-il un shaman technologique, essayant de tourner la musique dans tous les sens dans un effort d'explorer l'expérience surréaliste et collective de notre culture ?