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labsynth
paysages & botanique


Sous le sobriquet alcoolo - synthétique de Labsynth, Fabrice Bertrand officie depuis cinq ans déjà pour explorer de nouveaux territoires électriques. Ses compositions sont de savantes alchimies qui mêlent logique et onirisme, électronique et acoustique : une forme d'hybridation sonore généralisée. De la pure electronica, dans le sillage de la musique concrète, de Kraftwerk et de Steve Reich.

Le parcours musical de Labsynth ne commence pas là. Plus de 10 ans que tout ça a commencé. Les morceaux des débuts (Generator, Rain, Lazy...) marquent une inspiration plus ambient. Fabrice Bertrand est alors à Berlin (Est), on est en 1990. Certains des morceaux sont produits par F.B.& I., le I étant son pote producteur Ingo Vauk. A l'époque, il compose et arrange les morceaux de Bobo in White Wooden Houses, une chanteuse pop allemande (qui chante en polonais sur Lazy). Autre expérience, autres expérimentations avec son premier groupe, Gudang Garam, du nom de cette marque de cigarettes indonésiennes au goût fort et sucré de clou de girofle. Il s'était associé à l'époque avec le mathématicien français David Bessis et la chanteuse autrichienne Petra Hübl. Puis vient le tour de Trois Sons de Suspension, un autre combo plus proche de l'electronica, avec Sebastien Chatron et Gino Gavotti.

Dès le départ, Fabrice Bertrand, qui est aussi pianiste et violoniste, ne reste pas seulement derrière ses consoles. Il se produit en concert au FIMU de Belfort, au Festival de Musique Electroacoustique de Montreuil, au Centre Pierre Schaeffer... Il suit les travaux du GRM (Groupe de Recherche Musicale, qui accueillit Pierre Henry, Pierre Schaeffer, Stockhausen...) et reprend le principe de l'acousmonium, cette installation d'une dizaine à une vingtaine de paire de baffles qui donne au son une dimension insoupçonnée. A travers ces installations et en jouant ses compositions (il ne fait généralement pas de mix sur scène), Labsynth souhaite créer de l'espace et contourner l'approche frontale de la techno des dj's. 

Il m'explique tout ça tranquillement, dans un café proche du canal. Explorations en toute modestie. "Ceux qui prétendent inventer quelque chose, de toute manière, sont des menteurs ou des cons". Labsynth poursuit ses modifications électroniquement assistées et prépare quatre nouveaux morceaux pour produire un premier album. Comme il est surtout question de paysages, d'architectures, mentales ou réelles, il prolonge naturellement ses visions en autant d'images superbement transgéniques et ludiques (voir son site). 28 ans, directeur artistique du mythe numérique nirvanet,  dont il a réalisé la plupart des graphismes actuels, nous étions forcément tentés de lui soutirer quelques infos supplémentaires en l'obligeant à répondre à notre interview par mail.

 

Trilogie "La Rose des Vents"

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>>log off
> le site de labsynth
> nirvanet
> 50 ans de création musicale au GRM

 

>>>Interview

1/ Comment tu te situes sur la "scène" de l'electronica ?

Labsynth : J'ai bien du mal à m'y situer étant donné que je n'en fais pas vraiment partie... Disons que je me considère d'abord comme un 'électro-acousticien', terme pédant qui n'existe qu'en France et ne veut pas dire grand chose outre-manche, d'autant plus que les anglosaxons entendent dans ce mot barbare la notion d''acoustique', ce qui les pousse à croire que je fais de la musique instrumentale, alors que justement, c'est tout le contraire... Malheureusement l'expression 'electronic music' ou 'electronica' est bien trop générique pour désigner quoique ce soit de précis. De plus, comme je suis pinailleur, je n'aime pas être rangé dans une catégorie précise et compartimentée (les nouveaux genres morts-nés qu'on invente à tourne-bras du style 'acid hard core ragga funk groove' me font toujours beaucoup rire).

Pour résumer, je dirai que les styles dont je me sens le plus proche, mis à part l'électroacoustique, sont les domaines technos généralement désignés par 'ambient', 'intelligent techno' (j'ai horreur de cette expression...), 'indus', 'minimalist', 'cyclical music'. Mais je préfère toujours citer des musiciens plutôt que des styles (cf. questions 5 et 6). 
Un terme qui m'amuse beaucoup et qui finalement me plait bien, c'est celui d' 'overplugged'. Je trouve que c'est une belle pirouette faite à cette manie des 90's à la Mtv de vouloir à tout prix retrouver une 'authenticité' musicale chez des musiciens qui sont supposés l'avoir égarée dans les méandres de l'électro. 


2/ Décris-nous un peu tes installations... l'acousmonium ?

Le terme et la chose ont été inventés par François Bayle, compositeur électro qui fut longtemps le directeur du GRM, dont nous avons déjà parlé. Il s'agit donc d'un ensemble de baffles disposés dans l'espace d'une salle d'écoute, reliés à des amplis eux-mêmes connectés à une table de mixage. Chaque piste de la table commande le volume d'un baffle. Une performance en acousmonium, qu'on appelle une diffusion, consiste à jouer à la table de mixage de façon à spatialiser la musique pré-enregistrée, à la faire 'voyager' dans l'espace, tout autour du public, généralement plongé dans le noir lorsqu'on est un 'orthodoxe'. L'emplacement des baffles, ainsi que leurs caractéristiques propres (taille, pré-amplification, caractéristiques propres à chaque marque) permet de créer des effets de spatialisation assez saisissants, et surtout qui ont un sens par rapport à la pièce diffusée.

Il existe deux solutions différentes pour la diffusion. Soit la pièce musicale est écrite en deux pistes stereo classiques, auquel cas chacune des pistes est redistribuée sur chaque piste de la table (impaire pour la gauche, paire pour la droite), et la diffusion consiste alors à faire bouger tout ça dans l'espace. Soit la pièce a été écrite au départ en multipistes (généralement 8, parfois 16) ; dans ce cas, les pistes séparées sont redistribuées sur la table de mixage, et la diffusion consiste alors surtout à contrôler le bon déroulement des opérations, ce qui pose toujours un problème scénique car le public croit qu'on ne fait rien derrière sa table... 

Ce type de concert est prévu au départ pour être diffusé dans le noir, la musique étant censée se suffire à elle-même. il s'agit d'un voyage dans le son et dans l'espace, du moins dans l'idéal. L'ennui, c'est que les gens sont généralement beaucoup plus sensibles à la vision qu'à l'ouïe. Il m'est arrivé maintes fois de m'entendre dire après un concert que ma musique évoquait des images, des films, et qu'il était dommage que je n'en aie pas utilisé durant le concert. Cela a quelque chose de frustrant lorsqu'on a passé beaucoup de temps à travailler une matière sonore pour elle-même, sans prétexte extérieur. Il faut cependant éviter à tout prix les écueils puristes ou élitistes, il m'est donc déjà arrivé d'utiliser des films expérimentaux muets (en 16 mm, projetés en même temps que la musique) ou des projections d'images pour concentrer l'écoute. Par ailleurs, c'est une musique qui fonctionne très bien pour de la sonorisation de films ou de ballets, auxquels il m'arrive de participer. 

En ce qui concerne mon matériel de composition, il s'agit d'un homestudio assez simple que je possède chez moi.
La base, c'est l'ordi, d'une part, dans lequel se trouvent les séquenceurs audio (ProTools), les synthés virtuels, les softs de traitement et de synthèse, les reverbs ; et la table de mixage, d'autre part, qui est un peu mon 'instrument' au sens classique. Ensuite, j'utilise des sources externes (synthés, sampleurs, reverbs, dat, cd) que je réinjecte dans le séquenceur. J'utilise de moins en moins de MIDI, format puissant pour la composition techno, mais plein de pièges, dans lesquels tombent malheureusement beaucoup de musiciens. Le copier-coller et le looping sont des procédés qui permettent un gain de temps énorme, mais qui présentent toujours le risque de devenir flemmard, de se répéter inutilement, de rigidifier une musique vivante au départ. Le 'direct to disk' (donc en gros les séquenceurs audio) est plus difficile à utiliser, moins pratique pour la techno et le rock, mais il permet un contrôle bien supérieur sur la structure des morceaux, le traitement et la spatialisation des sons (tout cela est à relativiser, les softs actuels tendant de plus en plus à combiner MIDI et DTD). 
La dernière face du matériel, c'est tout le reste, tout ce qui fait du son... Enregistrements en extérieur sur DAT, percussions improvisées chez moi, instruments acoustiques ou électriques (eh oui, il m'arrive de me mettre au piano ou à la guitare, même si cela est rare), voix chantées ou parlées, carnets sonores de voyage... 

3/ Tu prévoies des concerts ?

Oui, il y en aura un au conservatoire du XXeme arrondissement à Paris le 21 juin auquel je participerai en tant qu' 'ancien élève', et je compte faire quelques concerts en plein air cet été si le temps le permet. J'ai aussi un projet de ballet contemporain en collaboration avec un excellent contrebassiste avec lequel je travaille régulièrement, Michel Touseau, mais c'est encore en phase d'élaboration. Et je compte faire une projection du court-métrage d'un ami cinéaste, Salvatore Lista, dont je suis en train de réaliser la bande-son, mais je ne sais pas encore où. Après, on verra, cela dépend toujours des rencontres. 

4/ Actuellement, es-tu plus investi par ton travail visuel ou sonore ?

Sonore, définitivement. Mais je ne considère pas la composition comme un travail. C'est une activité, tout simplement, Je suis tombé dans la musique quand j'étais petit, et ça ne m'a jamais quitté, bien que ça ait pris des formes diverses au cours du temps. Il m'arrive de me relever la nuit par plaisir si j'ai une idée musicale (ou si j'ai fait un rêve sonore). C'est plus rare pour le graphisme, ou alors c'est que je suis à la bourre...

Ceci dit, j'adore le travail de designer, ça couvre énormément de choses, surtout quand on travaille pour un site excitant comme Nirvanet, et ça permet aussi de visualiser certaines choses qu'on ne parvient pas toujours à coucher sur le papier à musique. Mais en fait, je ne fais pas de distinction claire, je trouve que les deux activités se ressemblent : il s'agit toujours de combinaisons, de récupération, d'élaboration de structures, de mariages de 'couleurs' (sonores ou spectrales), de mise en espace, de bricolage et de collage. 

5/ As-tu des contacts avec les labels ? Quels seraient tes labels fétiches ?

Je suis un très mauvais promotteur de ma propre musique. J'ai des contacts épisodiques avec quelques labels, mais ma timidité dans ce domaine est maladive. J'avais de bons contacts avec Emit, auxquels j'avais envoyé mes pièces il y a quelques années, malheureusement ce label anglais a disparu... J'ai aussi travaillé intensivement avec un label berlinois qui s'appelait à l'époque Pilgrim records, mais là encore, les choses ne se sont pas déroulées comme je le souhaitais. Je compte contacter d'autres labels dès que j'estimerai avoir un stock suffisant de nouvelles pièces. 
Mes labels fétiches.... Warp, c'est une évidence (sachant qu'il y a à prendre et à laisser), Emit (paix à son âme), Ninja Tune, Outcaste (à condition de faire le tri), Island parce qu'on y trouve des monuments du rock (Marley, Tom Waits Tricky et Massive, Björk, c'est déjà pas mal...), Mute (parce que je suis un nostalgique de Depeche Mode et un fan de Barry Adamson), Impulse, Blue Note et ECM pour le jazz. Et plein d'autres.... 

6/ Les 10 disques qui t'ont le plus influencé ?

Aïe aïe aïe... Bon, allez, on se lance. Dans l'ordre (chronologique) : 

- Kraftwerk, The Man Machine (et tous les autres...) 
- Velvet Underground, V.U & Nico (et les autres, ainsi que le 'bon' Lou Reed, Transformer et Berlin) 
- Bowie/Eno, Low (et tous les autres avec un gros blanc de 1981 à 1995, et une mention spéciale pour Outside...) 
- Steve Reich, Different Trains/ Electric Counterpoint 
- François Bayle, Erosphère (et en général les disques du Grm, ainsi que la Sonate Baroque d'Alain Savouret, introuvable) 
- Astor Piazzolla, Tango Nuevo 
- Depeche Mode, Black Celebration (et beaucoup d'autres, principalement Recoil, Hydrology 1+2 d'Alan Wilder en solo) 
- Future Sound of London, Lifeforms 
- Woob, 1194 (et l'écurie Emit en général) 
- Autechre, Chiastic Slide (et Warp en général : Richard D James, Speedy J, Black Dog, LFO, Plaid)...

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