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>> interview
>Bidlo, c'est un peu zarb comme nom... Et Bilder en allemand, c'est
"images" non ?
En fait, pour ce premier projet solo, je me suis inspiré des
"Tableaux" d'une exposition" de Moussorgsky, un ensemble de pièces très narratives pour piano
que je jouais quand j'étais adolescent. "Bidlo" vient d'ailleurs d'un de ces
tableaux, qui est sensé illustrer une "charette tirée par des boeufs"...
"Bilder", l'album, est une sorte de collection de vignettes, à teneur fort
différente à chaque fois (je tiens toujours à me laisser une grande liberté
quant au registre, au style, à la façon de travailler...). Ce sont des images
du type de celles qu'on colle de-ci de -là dans un journal intime ou sur les
murs de sa chambre... c'est parfois franchement autobiographique.
>Tu sors de l'Ecole de Cergy Pontoise, quel rapport y a t-il pour toi
entre la musique et l'expression plastique ?
Un rapport assez compliqué !... Tout ce que je sais, c'est que j'ai mis du
temps à m'assumer comme "musicien". Quand j'étais môme, je bricolais bien des
petites choses sur des magnétos-cassettes, ou je faisais des "blues" avec mon
frère Quentin (qui opère maintenant sous le nom de Tengviel), mais je n'y
accordais pas vraiment d'importance: j'étais persuadé que j'étais peintre !
Les Beaux Arts m'ont conforté dans cette attitude. J'ai touché à toutes
sortes de média (principalement le volume), sans jamais être pleinement
convaincu des résultats. Maintenant je suis revenu au son, et je m'y consacre
exclusivement. C'est définitivement sous cette forme que j'arrive le mieux à
faire partager mes préoccupations.
>Comment travailles-tu tes sons ?
Ca dépend des projets. "Bilder" a été intégralement réalisé avec un 4 pistes
analogique, un sampler Akai S1000, et ... une Groove Box (et oui, il faut
bien le dire!). Lo-fi à souhait, donc, non pas particulièrement par conviction, mais parce que c'est comme, ça: je travaille avec ce que j'ai
sous la main. En fait, c'est le sampler qui m'a remis à la musique. Le
sampling est vraiment un geste artistique très fort, que je trouve toujours
pertinent. Il y a pleins de façon de sampler; la mienne est très basique: je
prends mes sons n'importe où, et j'utilise très peu de filtres (sauf dans
certains morceaux plus récents, post-"Bilder"). Je me sens vraiment de la
famille des pilleurs-assembleurs (et non pas des colleurs !). Ce qui m'intéresse, c'est la production d'un morceau de musique comme "monstre",
abération de la nature... Frankenstein, bien sûr! Bon, ceci dit, Bidlo est
une chose; il y a et il y aura d'autres projets, appellant d'autres façons de
travailler. Je suis en ce moment sur un ensemble de nouveaux morceaux, plus
dub, pour lesquels je fabrique moi-même mes sons, à partir de micros mal
pluggés, de souffles et d'erreurs numériques. Je joue toujours mes lignes de
basse, et je travaille de plus en plus les parties clavier.
>J'ai pu assister à un de tes Live ("Feux") où tu mixais sur une vidéo
de Dove Allouche et Evariste Richer. Quelle importance accordes-tu à ce
mélange des disciplines ?
Alors justement, pour "Feux", je n'utilise aucune citation. Tout est fait à
base de souffles. C'est très différent de ce qui est produit sous le nom de
Bidlo, et c'est ça l'intérêt de ce genre de projets: ça te donne l'opportunité de développer une idée qui te
traînait au fond de la tête, mais
que tu ne savais pas par quel bout prendre. Je ne crois pas à la notion d'art
total, simplement aux chocs, aux rencontres. Pour "Feux", nous voulions que
vidéo et son soient suffisamment forts pour tenir tous seuls, l'un sans
l'autre. Ce sont de blocs autonomes qui se rentrent dedans. Eviter à tout
prix et la musique de film, et la vidéo d'accompagnement de concert électronique. Tout cela relève du même principe que ma musique elle-même: faire
cohabiter des entités distinctes, issues d'horizons très divers.
>Ton label est anglais (Harmsonic), tu es né en Afrique (Burkina Faso), et tu
vis à Paris. A quand un Live en réseau ?
Si je fais du son, c'est parce que c'est à mon sens le seul véritable
"Passe-Muraille" existant. Le single lié à l'album, "Journée portes
ouvertes", essaye d'illustrer cette idée. Par delà les nombreux bruits de
portes qu'on y trouve, il y a un fragment de la "Guerre des Mondes" jouée par
Wells, qui raconte l'intrusion d'une bande de martiens dans un studio... Ces
morceaux ont été écrit en pleine crise des Sans -Papiers à Paris, ce qui a
son importance. La musique, c'est du transit permanent, et le son est intrinsèquement lié au passage des frontières. Alors un live en réseau,
pourquoi pas, mais je ne vois pas ce que ça apporte de plus au fond. Mon
rêve, ce serait d'organiser un concert dans un bureau de douanes...
>Tu sembles attacher beaucoup d'importance à un autre héritage musical que
celui du dub et de la musique electronique, c'est celui de la musique classique (Ravel, Debussy....) Comment tentes-tu de concilier tes différentes
sources d'inspiration ? Comment décrirais-tu ta recherche musicale ?
Les références classiques ne sont pas pour moi une caution de sérieux. C'est
juste que je ne veux pas faire de différence entre musique "savante" et
musique "populaire". Je n'aime pas ses productions personnelles, mais un set
de Fatboy Slim, je trouve ça quasi-philosophique! L'inventivité n'a rien à
voir avec le sérieux. Un de mes oncle m'a fait écouté Spike Jones quand
j'étais petit, et je ne m'en suis jamais remis... Je dirais que j'ai deux
préoccupations: 1. la recherche rythmique, et 2. la fluidité (d'où Ravel et
Debussy). Et produire une musique fluide avec des machines est un enjeu de
taille, qui me semble être l'enjeu même des meilleures (à mon sens)
productions électroniques de ces dernières années: je pense à des gens comme
Pole, Bernt Friedman, ou encore Amon Tobin, Photek...
>Influences, inspiration... petite sélection subjective de 5 albums que tu
aimerais faire découvrir à toute la planète....
Alors, en vrac:
1. L'oeuvre complète de Lee Perry. Déjà.
2. L'album que Maurizio a réalisé avec Tikiman.
3. Une compil du label em:t, celle avec une grenouille sur la pochette où il
y a un morceau signé "P.eye eye", qui est une des plus belles choses que
j'aie jamais entendu en musique électronique.
4. Le dernier album de Howie B.
5. Et puis tiens, "Bone Machine" de Tom Waits. Et "Rain Dogs" dans la foulée.
>Sinon, des projets ?
Je travaille beaucoup le live en ce moment. Je bosse pour cela avec DJ
Unkl' Benz, qui ajoute de sublimes scratches aux morceaux, et plusieurs vidéastes
dont Ivan Tozzi, Emmanuel Corre et Mathilde Géromin. Je prépare un autre
album, qui est déjà pas mal avancé. Et diverses collaborations, notamment
avec Nathan Bennett, chanteur-guitariste du groupe Bridge&Tunnel, et un
musicien allemand surprenant du nom de Rope.
Interview
réalisée par mail par Ivan
et Yuri
D'autres infos sur le site du label anglais Harmsonic |