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F
: Justement, vous revendiquez une approche artisanale. Comment
fabriquez-vous vos chansons ?
TR
: Puisqu'on est dans les comparaisons, on est vraiment pour
les vendanges à la main, avec tri des grappes pourries et
élagage des feuilles. La fabrique, c'est assez simple :
l'auteur des textes, Christian, écrit en jouant, compose en
écrivant. Il élabore une chanson, un texte, une mélodie qui
l'accompagne, dont les visées d'arrangement sont plus ou moins
poussées. A peu près comme un scénariste qui écrirait un texte
doit l'adapter, avec un synopsis, avec le texte qui est déjà
pratiquement écrit. Et ensuite nous nous efforçons de donner
musicalement vie à ce texte.
F
: Comme vous êtes assez nombreux (sept), comment se passe
l'orchestration, est-ce que cela prend du temps ?
TR
: Notre nombre, c'est la richesse du groupe. L'orchestration,
ça peut prendre du temps, comme ça peut être très simple.
Chacun trouve très vite sa place sur la chanson. Très vite
on sait par exemple quels instruments vont participer au morceau.
Mais il n'y a pas d'automatisme. C'est un peu comme si sur
un film tu demandais à tous les acteurs de participer à toutes
les scènes. Il y a un casting sur une chanson, comme il y
en a sur une scène de cinéma. Et tu peux être à la fois hors-champ
et en même temps vachement là. Ne pas faire par exemple partie
d'une scène, mais rebondir sur la scène suivante. Il y a ce
côté apparition / disparition et un aspect multifonctionnel :
le même acteur peut jouer plusieurs rôles, il va se déguiser
et tu ne vas pas le reconnaître. Des fois, tu es volontairement
montré, des fois tu es caché. Pour des questions de lieux,
même parfois pour des questions d'ordre budgétaire.
En tous les cas, ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas une manière
de faire une chanson. Par contre, une chanson est une entité,
puisqu'elle est la tentative d'une formule définitive. Pour
une chanson jouée sur l'album et sur scène, il n'y a pas pour
l'instant de grande différence. Nous avons procédé à des adaptations
mais il y a des parties qui n'ont pas bougé. Par exemple nous
n'avons pas modifié les arrangements de Boy sur scène.
Quand on reprend Ginette, la chanson diffère par rapport
à la version originale.
F
: Oui, mais il y a quelques changements dans les paroles ?
TR
: C'est vrai, mais le morceau n'a pas bougé, on reconnaît
quand même la chanson. A chaque fois qu'on fait une chanson,
on essaye de fixer quelque chose de relativement définitif.
Avec tous les risques que ça comprend. Par contre, on est
toujours prêts à faire évoluer. On est pas bornés.
F
: Autre chose : j'ai l'impression que vous aimez bien
le côté guignolesque, ça se voit dans Guignol (dans
Chamboultou), dans Mange tes morts, dans Zigo :
dans le rythme comme dans les paroles, vous aimez bien que
ça claudique, que ça boîtille…
TR
: C'est carrément notre groove, c'est un groove foireux, mais
qu'est-ce qu'il est bon !
F
: Vous parlez beaucoup de rues : vous vous reconnaissez
comme un groupe de rue ?
TR
: On a joué dans la rue. On a joué à peu près partout :
dans la rue, dans le métro, pas dans les rames, mais dans
les couloirs…
F
: Vous parlez aussi d'éboueurs dans Papiers (Fleur
de yeux) et dans Je chante (Gratte poil)…
TR
: Tout ça, c'est du vécu. C'est du vécu par les uns, par les
autres.
F
: C'est pas du peep-show !
TR
: C'est vrai qu'on a joué dans les rades, dans des cinémas,
on a joué dans les théâtres, dans les églises… On a joué dans
beaucoup d'endroits. On a toujours eu envie de mobilité et
d'improvisation. C'est un truc qui nous a toujours plu. On
a joué aussi pour becqueter simplement, pour la gamelle. En
principe, chaque fois qu'on fait une date ensemble, pour nous
ça a un sens. S'il n'y a pas ce sens, on a rien à faire ensemble.
Et j'ai l'impression que certains soirs les gens sentent que
ça a un sens pour nous de jouer.
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