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TêTES RAIDES

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Les Têtes Raides
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Fleur de Yeux ? Croquis David Beytelmann
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Les Têtes Raides

Fête Foraine

F : Justement ces tiroirs, ces différentes choses qu'on trouve dans vos chansons, c'est aussi le côté foire, fête foraine très présent dans l'atmosphère des Têtes Raides. Un morceau fractionné de Gratte poil, Bibliothèque, fait penser à un autre morceau fractionné, Le Bout du Toit et qui m'évoque un jingle ou un indicatif de foire. Cette ambiance de fête foraine, c'est pour représenter les différents tiroirs, la diversité de la vie ?

TR : Tu arrives sur la musique des Têtes Raides à trouver des mots qui expriment ce que tu ressens. Je ne sais pas quoi te répondre. On va dire que nous ne sommes pas étrangers à l'univers que tu décris, mais à toi d'en assumer la paternité. Ce qui est délirant quand tu fais de la musique, c'est que tu t'adresses à des personnes différentes qui vont chacune réagir en fonction de leur histoire, de leur environnement, de leurs rêves, de leurs envies, de leur actualité du moment, en fonction des échanges que nous avons avec les gens à ce moment-là. Tu replaces ça dans ton univers et je trouve que c'est tout l'intérêt de la musique : le pouvoir que chacun, à un moment donné, a de se réapproprier l'histoire. A partir de l'instant où nous balançons l'histoire de Gratte poil, elle ne nous appartient plus, elle t'appartient à toi, comme elle appartient à tous…
En tout cas, c'est passionnant de se réapproprier ces choses-là : comme je m'approprie cette chanson en me disant voilà ce que j'en pense. J'ai comme toi mon avis sur la question. On va dire que je le mets un peu de côté, parce que mon rôle, c'est d'être à un moment donné acteur dans l'histoire. Un acteur qui peut tenir n'importe quel rôle, comme tous les gens dans le groupe. Et après tu regardes ça comme un film que tu vas voir au cinéma. Tu as tourné, tu as fait plein de scènes, tu as fait plein de trucs et tu regardes ça en espérant qu'il y a une histoire qui se raconte. Dans Gratte poil, je crois en effet qu'il y a une histoire avec un début et une fin….

F : Dans Gratte poil, toujours à propos des rencontres, il y a un texte qui n'est pas de vous, mais de Norge : Ennemis. Vous aviez déjà, mais pas sur un album, adapté Michaux, autre poète belge, Pessoa (dans Fleur de yeux), Desnos (dans Le Bout du Toit)…

TR : Et puis Prévert aussi dans Mange tes morts. C'est récurrent chez nous : nous avons besoin, au niveau de l'écriture comme au niveau musical, d'aller voir ailleurs et d'inviter à notre table d'autres gens. Au niveau de l'écriture, Christian aussi a besoin d'aller voir ailleurs de temps en temps et de dire les choses avec des mots qui ne lui appartiennent pas. Ca renforce son travail d'interprétation : se réapproprier quelque chose est un exercice très intéressant. C'est assez ludique et c'est aussi s'engager. Dans la gueule du loup est un texte engagé. Rien que le nom de Desnos est engagé.

F : Dans Les Oiseaux, il y a un truc qui revient souvent, c'est le leitmotiv "Les Gens"…

TR : C'est comme ce qu'on disait tout à l'heure pour Le Bout du Toit et Bibliothèque : il y a Les Gens I et Les Gens II

F : Et bien dans Gratte poil, j'ai l'impression que ce qui revient souvent, c'est l'idée du chiendent, comme dans Bibliothèque, ou encore la ronce dans C'est Dimanche. Est-ce que vous êtes de la mauvaise herbe, braves gens ?

TR : Encore une fois, c'est pas moi qui suis juge de ça. Le chiendent, c'est d'abord un mot qui est drôle : le chien, la dent. Chien, c'est un mot marrant, dent, c'est une bonne rime. Ce sont deux mots qui en font un. C'est un mot qui en fait deux. Mais il n'y a pas toujours de sens aux mots. Dans l'écriture de Christian, il y a le sens, mais aussi le non sens, et la musicalité, et du rythme, il y a tout ça. C'est un truc vachement important, la musicalité d'un mot. Un mot, c'est une note de musique et réciproquement. C'est peut-être des choses convenues, mais c'est tellement vrai chez nous. L'écriture et la musique sont deux univers qui se mettent en tension l'un et l'autre et qui essayent le moins possible d'être redondants. Ce sont deux choses qui s'activent l'une l'autre : la musique active le texte et le texte active la musique. Cela doit fusionner.

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