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TêTES RAIDES

sur flu

L'interview

Le dernier album,
Gratte Poil

Panégyrique
à 4 centimes

Les Têtes Raides
sur le web

 

 

 

Croqué sur le vif : Dessin David Breytelmann

interview
Les Têtes Raides

Raides et Motivés

 

 

Cet entretien a eu lieu le 24 novembre 2000 dans le restaurant L'Ebauchoir entre le Grégoire (alias ISO) saxophoniste des Têtes Raides et celui de Flu.

Flu : Dans le dernier album, Gratte poil, je sens une évolution vers des chansons de plus en plus politisées : ça se voyait déjà avec Désaccords (dans Le Bout du Toit), puis avec la reprise Dans la gueule du loup (dans Chamboultout), ça se voit à présent dans des titres comme Patalo ou Dépêche-toi et bien sûr dans L'Iditenté, où vous parlez des Sans-papiers…

Têtes Raides : Le meilleur pour te répondre serait Christian (le chanteur ndlr) qui compose les textes. En l'occurrence, je vais le faire, mais ça n'engage que moi. Je ne crois pas que nous soyons plus politisés. Nos intentions n'ont pas réellement changé : notre engagement est le même, même si on a pu défendre nos convictions de manière plus onirique qu'aujourd'hui. C'est peut-être un peu plus clair, un peu plus lisible, un peu plus explicite maintenant pour les personnes qui écoutent les chansons, mais pour nous, c'est la même chose depuis le début.

F : Comment s'est passé le duo avec Noir Désir (sur L'Iditenté), que vous aviez déjà retrouvé sur une session avec Yann Tiersen

Têtes Raides : C'était la première session des troubadours du troisième millénaire, qui a été l'occasion de rencontrer des gens qu'on aime bien. Les rencontres avec Noir Désir ou avec Yann Tiersen par exemple, ce sont des épisodes qui s'imbriquent les uns après les autres et qui participent ensemble de l'aventure de l'album. C'est intéressant de travailler avec des gens extérieurs sur un projet : c'est un processus collectif qui permet de créer de nouvelles choses. Les rencontres sur Gratte poil ont été vitalisantes pour nous, pour le projet mais également pour les gens qui ont travaillé avec nous. Je crois que c'est un échange. Il n'y a pas de bon échange sans interactions.

F : Ce que tu dis, ça implique qu'à chaque album, vous entamez une nouvelle aventure avec peut-être à chaque fois une sorte de remise en cause…

Têtes Raides : Bien sûr, à chaque album, nous avons profité de rencontres différentes. Il y a eu celle avec Jean Corti, qui remonte à trois ans (sur L'Hermaphrodite dans Le Bout du Toit), celle avec Samia Yahiaoui (sur Manuela, idem). Sur Fleur de Yeux, Olivier est venu jouer sur Zigo, car il n'y avait pas de piano à l'époque. Sur Mange tes morts, d'autres rencontres se sont crées : Pierro est venu jouer du trombone ; sur Les Oiseaux, nos amis La Tordue sont venus faire les chœurs. En fait, il y a toujours eu des rencontres : les moments d'enregistrement sont des moments aigus, où on a envie de plein de choses. C'est comme un film. Je ne suis pas du tout cinéaste, mais j'envisage la chose de la même manière : tu as une histoire à raconter, un casting est prévu au départ mais au fur et à mesure que tu écris le scénario, il t'arrive des choses et tu te dis : tiens, pourquoi je ferais pas appel à Jeanne Moreau pour cette scène-là...

F : Ce qui est assez surprenant dans votre rencontre avec Noir Désir, c'est qu'ils ont un côté électrique qui vous est étranger, avec un type de lyrisme différent du vôtre, ça fait toute la réussite du duo…

Têtes Raides : En fait, elle est surprenante sans l'être du tout. Elle s'est imposée avec évidence sur une exigence commune : L'histoire du fond (sur les Sans-papiers) est beaucoup plus importante que la forme. J'ai l'impression que pour beaucoup des gens que nous rencontrons, quel que soit leur mode d'expression, que ce soit la littérature, la peinture ou la musique, les idées qui sont véhiculées et la manière de les défendre sont beaucoup plus importantes. Noir Désir est un groupe engagé de manière différente que les Têtes Raides, ils ont d'autres combats, mais ils ont également des convictions profondes et une sincérité entière que l'on partage. On se retrouve là-dessus. Le fait que ce soit, semble-t-il, réussi, d'après ce que tu dis, c'est pour nous la justification que le fond est toujours plus important que la forme. En l'occurrence, la cause est particulière et explicite : les Sans-papiers. Voilà, rien à dire là-dessus, sauf qu'il faut y aller.

F : Autre chose qui m'a l'air très révélateur de Gratte poil, c'est la place accordée à l'univers enfantin, dans les morceaux Patalo ou Chapeau , mais aussi dans les illustrations. Certaines font même penser à Tomi Ungerer…

Têtes Raides : C'est à peu près la même chose que pour la politique. Si tu prends La Galette en Carton (premier vinyl des Têtes Raides, réédité en CD sous le titre Not dead but bien raides), nous avions déjà des chœurs d'enfants. Même dans le premier 45 tours, il y a des rapports à l'enfance qui sont évidents. Et dans le graphisme aussi. Les Chats Pelés, qui sont les graphistes des Têtes Raides, ont représenté dans les deux pages centrales de La Galette en Carton des enfants qui sont sur une chaîne, avec un homme et une femme qui les fouettent. Il se trouve que l'enfance est là depuis le début. Dans Mange tes morts, il y a en plus des textes ("Allez les enfants, tuez vos parents !") ; des enfants chantent sur Les Conquérants, et juste après arrive la guitare électrique de Boy… Il y a en plus des enfants dans le groupe. Mais même avant ça, je crois que l'enfance, c'est un truc fantastique. Fantastique, parce qu'ils ont un regard sur la vie qui est tellement plus vrai, plus beau, plus tranchant, tellement plus lucide que le nôtre. Quand tu regardes l'enfance, c'est ça qui vit : cette fraîcheur, cette innocence et en même temps cet engagement, ce courage. Il est normal qu'on soit fasciné par l'enfance.

F : C'est une sorte de fil rouge qui parcourt vos chansons…

TR : En même temps, je trouve que sous la forme des comptines et des chansons, il y a des tas de choses fortes qui sont dites. Ce qui est bien dans la lecture d'un texte, c'est qu'il peut y avoir plusieurs niveaux. Et je crois que les chansons des Têtes raides sont souvent des chansons à tiroirs. Celui qui nous écoute prend ce qu'il veut, ouvre le tiroir qu'il veut, en espérant qu'il y trouvera beaucoup de choses. Parfois il y trouve quelque chose, parfois il n'y a rien !

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