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Fête, funk et fanfare ! Outre les tournées, fiestas, bodegas,
festivals et autres ferias de villages, on retrouve Ceux Qui
Marchent Debout, anciennement Fils de Crao, compositeurs des
bandes originales de "Peut-Être" et "Chacun
Cherche Son chat" du réalisateur Cédric Klapisch. Rencontre
débridée avec Roufi, l'hélicon du groupe, sur la terrasse
panoramique du Glacier à deux pas des locaux de Flu.
Avant de repartir, Roufi se renseigne pour savoir s'il ne
pourrait pas venir déverser quelques heures de ska, funk,
rock-steady au Glacier. Hope so !
F
: Comment les Fils de Crao sont devenus Ceux Qui Marchent
Debout ?
CQMD
: On a été obligé de changer de nom parce que les "véritables"
Fils de Crao, un autre groupe, avaient déposé le nom et ils
nous ont menacé de procès. On a essayé de s'appeler Les Fils
à Crao, mais ça n'avait pas l'air de leur plaire. Cqmd collait
bien parce que notamment le gros caissiste est arrivé à ce
moment-là. Dès lors, on jouait tous debout.
F
: Est-ce que cela a marqué votre passage de la rue à la scène
?
CQMD
: Avec les Fils de Crao, on était uniquement dans la rue.
On a dû faire une fois de la scène. On faisait toujours des
trucs un peu alterno, des fêtes. CQMd, c'est devenu notre
phase professionnelle.
F
: Quelles conséquences pour votre son ?
CQMD
: Il y a eu beaucoup de changements à cette époque, mais c'est
vrai que notre batteur y est pour beaucoup. Il jouait auparavant
dans les Corazon Rebelde, les premiers à faire du rock latino.
C'est assez marrant d'ailleurs parce qu'ils ont un morceau
qui s'appelle Radio Bemba. Il y a pas mal de trucs de Manu
Chao qui sont dedans. C'est un type très rigoureux, un minimaliste.
À l'époque, on jouait cinquante pour cent ska, cinquante pour
cents funk et là avec lui, on est passé à 95 % de funk, parce
qu'évidemment, le ska, cela ne l'intéressait pas du tout de
faire ça à la grosse-caisse.
F
: Comment êtes-vous organisés ?
CQMD
: On est tous au sein d'une association, à but non lucratif.
Tous les bénéfices des disques sont réinvestis dans la tournée,
la promo. À côté, on vit des concerts, et on est intermittents
du spectacle.
F
: Comment travaillez-vous au quotidien ?
CQMD
: On répète peu. On n'aime pas ça. Alors on se motive énormément
et on enregistre tout ce qu'on joue. On essaie de composer
à plusieurs. C'est très rare que quelqu'un arrive avec un
morceau c'est arrivé trois fois. On essaie de composer tous
ensemble avec des règles que l'on s'est fixé du genre : un
peut imposer son idée s'il veut l'entendre, même si tous les
autres sont contre. Le numérique nous a permis ce mode
de création, du fait des coûts réduits du md. Sans ça, on
serait resté en studio ; mais les studios, ça valait rien.
Je trouve que les deux premiers albums ne respirent pas à
cause de ça en fait.
F
: Le numérique vous a amené vers l'electro, notamment par
l'utilisation de boucles dans votre dernier album ?
CQMD
: Les boucles, il faut savoir que cela existe dans la musique
moderne depuis 25 ans, que l'electro cela a 25 ans, que pour
moi Daft Punk c'est de la musique du milieu des années 70.
Il y a tout un fromage qui est monté là-dessus ! Mais c'est
un montage économique en fait. Ça coûte moins cher, tu paies
moins de monde, la fameuse conspiration du tourne-disque !
F
: C'est quoi la fameuse conspiration du tourne-disque ?
CQMD
: Tu peux payer un dj 5000 francs, ce sera toujours moins
cher qu'un groupe, même amateur. Le seul truc que je trouve
positif dans cette vague électro, c'est que les gens ont réappris
à écouter des morceaux instrumentaux.
F
: Jouer James Brown, Ravel, c'est pour réveiller les morceaux
ou est-ce un hommage ?
CQMD
: On s'est fait plaisir. Nous on fait la musique qu'on aime.
On sait qu'on en vendra jamais des brouettes. Ce disque est
certainement plus accessible étant donné que ce sont pas mal
de reprises, mais le but est avant tout de se faire plaisir.
Vendre des disques pour nous n'est pas si important que cela.
On vit de la scène. Si on avait besoin de vendre des disques
pour vivre, on réagirait certainement autrement.
F
: Comment est-ce que vous choisissez telles pistes plutôt
que telle autres ?
CQMD
: On est en fait d'accord sur certaines musiques de certaines
années. Au-delà, il ne faut pas aller gratter, parce si on
amène une k7 autre que ce genre de musique dans le camion,
on se fait jeter. Moi j'écoute de la variété arabe, y en a
d'autres qui écoutent du rock progressif ou du free jazz.
Le
terreau commun est donc le funk, en gros de 72 à 79. C'est
ce qu'il y a sur l'album. C'est assez simple, c'est à peu
près la seule musique sur laquelle on soit tous d'accord.
F
: Vous avez changé plusieurs fois de production. Pourquoi
éviter les majors ?
CQMD
: Le premier disque était quasiment auto-produit. Pour le
deuxième, on avait été signé par EMI. Ça c'est plutôt mal
passé avec eux. C'était le patron d'EMI France qui nous avait
signé ; lui c'était un fan. Mais le problème, c'était qu'il
ne savait pas quoi faire de nous, parce qu'on n'avait pas
de bac. Le premier album était sorti en bac jazz donc cela
ne l'intéressait pas. Lui évidemment, il voulait qu'on fasse
de la chanson française. Il s'était aperçu qu'on était assez
pote avec La Tordue, Les Têtes Raides
et il ne comprenait pas pourquoi on embrayait pas derrière
eux, dans cette veine chanson française. Il doit être content
aujourd'hui parce que le disque est référencé en chanson réaliste.
F
: Est-ce que l'itinérance est essentielle au groupe ?
CQMD
: C'est ce qui fait tenir un groupe. On passe dix fois plus
de temps ensemble, en transports, qu'on en passe à jouer.
F
: Les tournées au Moyen-Orient et en Afrique vous ont offert
de nouvelles influences dans la musique et les textes ?
CQMD
: Pas du tout dans les textes. Pour revenir un peu en arrière,
il faut savoir que l'on répétait dans un endroit très politisé,
assez radical, qui s'appelait Les Condensateurs. Eux nous
regardaient plutôt d'un sale oeil parce qu'on était
pas trop dans leur mouvance, vu que nous faisions de la musique
assez légère et ouvertement pour en vivre, donc à but lucratif.
Tout notre fonctionnement, assez démocratique en interne,
nous a radicalisé face à ce genre de critiques. Cela nous
a permis d'avoir une réelle éthique. Par rapport aux textes,
nous on se sent incapables de résoudre les problèmes du monde
en deux couplets trois refrains. Dans le camion, si on se
met à discuter de l'éducation nationale ou de la peine de
mort, on sait qu'on en a pour une dizaine d'heures, donc on
voit pas comment faire deux couplets trois refrains là-dessus.
F
: Ça vous a pas empêché de vous engager dans Solidays, dans
le projet Tibet Libre aux côtés de Tryo, Bertrand Cantat,
Zenzile.
CQMD
: Pour le projet Tibet, les types étaient très sympathiques,
ils aiment bien ce qu'on fait. Si ça peut aider, tant mieux.
Mais bon, est-ce qu'on peut encore politiser la musique ?
Le seul texte engagé sur nos albums, c'est va ranger ta chambre
!
F
: Votre engagement, il est dans la fête, la joie.
CQMD
: Promouvoir la fanfare, c'est un truc intéressant. On peut
le faire avec peu de chose, en se marrant bien, et en faisant
quelque chose d'utile. Je joue toujours dans une troupe amateur
dans laquelle j'ai été formé, j'ai appris la musique, les
Boula Matari. Cette façon d'apprendre la musique est vraiment
intéressante, elle est vivante, elle est le contraire de la
sclérose. C'est la manière la plus ouverte de jouer de la
musique. La musique, cela doit être avant tout un facteur
de liens. Nous, on trouve important d'être tout public. Lors
de nos tournées, on aime bien aller dans les écoles. On se
débrouille pour tomber après la récré ; c'est de la solidarité
inter-cancre en fait. C'est pas un public qui est facile à
tenir.
F
: Il y a des gens qui viennent vous voir pour vous demander
comment se créer une fanfare ?
CQMD
: Ouais. On les envoie chier!
F
: Quelles sont les ambitions de Ceux qui marchent debout ?
CQMD
: On aimerait beaucoup faire une musique de film dans son
intégralité. On a plein de morceaux, soit tristes soit mélancoliques,
dont on a absolument pas l'usage sur scène donc on les joue
pas, on ne les approfondit pas.
F
: Une tournée ?
CQMD
: La prochaine tournée se fera en Afrique du Sud. On a très
envie d'aller aux Etats-Unis. On pense que c'est le pays où
on marcherait le mieux. La musique qu'on joue est complètement
en accord avec leur culture musicale, aussi bien de fanfares
que de funk. On est aussi un facteur de liens, des blancs
qui jouent de la musique de noirs. Et puis on aussi envie
d'aller au Brésil.
F
: Autre ambition dont on retrouve l'ébauche sur votre site
internet, une bible du rond-point. Pourquoi ?
CQMD
: Parce que quand t'es musicien et que tu traverses la France,
il y a des chefs d'oeuvres absolus dans le rond-point ! Des
trucs d'une violence rare ! C'est le musée d'art moderne français,
et c'est que le début !
F
: Qu'est-ce qu'il y a politiquement derrière le rond-point ?
CQMD
: Le rond-point c'est l'absence de tout, c'est la fausse ruine
de la DDE (direction départementale de l'équipement).
F
: Prochaines dates en France ?
CQMD
: Pendant quatre jours, du 14 au 17 novembre au Trabendo.
On va faire la première du spectacle qui va avec la sortie
de cet album, avec les invités. Et donc là, c'est l'occasion
de développer ce spectacle, et puis de voir si on peut le
faire tourner sur la route pour partir à une quinzaine, histoire
de rigoler. En première partie de luxe, les célèbres Pepitas.
Puis, trois chanteuses, Nanou du Jim Mirple Memorial, Ounsa
Komo, qui est une ancienne de Mad in Paris, et Béa Cheramy,
qui était la chanteuse du Cochon club, groupe funk assez mythique,
des barjots finis. Il y aura aussi Dadi Toh-Cli, groupe de
percus africaines, assez traditionnel ; Hakim Hamadouch, le
joueur de luth de Rachid Taha et qui fait aussi le Hakim Hamadouch
jazz fusion, l'un des groupes les plus remarquables en free
actuellement. Sinsi, notre ingé son qui va jouer un peu de
clavier, Bruno, notre ancien trompettiste qui va peut-être
revenir définitivement, le scoop ! Sophie, une copine qu'on
a rencontré à Vic, qui joue du basson et Benjamin des Fils
de Teupu, Superclark international, dj Vitch, dj Touf, El
Chino Loco, et enfin Dj Corsica, qui n'enchaîne pas entre
les morceaux !
Propos
recueillis par Arnaud Contreras
RadioFlu
> CQMD en MP3 et streaming Flash
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