Peux-tu nous dire comment tu as commencé à être deejay ?
Jai commencé la musique alors que jétais encore un enfant. Professionnellement, à lâge de 5 ans.
Dès lâge de 3 ans, jai commencé à parler correctement et à chanter par la même
occasion. Jétais un enfant qui ne pouvait pas parler, jétais un enfant qui chantait et je
jouais tout le temps avec les mots. Tout ce que je disais, je le chantais. Quand jallais chez
lépicier pour acheter 1 pound de sucre, je le disais en toastant. Vers lâge de 5 ans, jai
décidé de ne pas faire du reggae, car il y avait Ziggy Marley and The Melody Makers, qui
étaient des enfants comme moi, il y avait également les Musical Youth de Birmingham, qui
faisaient eux aussi du reggae. Jai choisi de prendre le côté ragga de tout cela.
Lorsque jai commencé à lâge de 5 ans, jai fait mon premier Sound System juste en face de ma
maison. Jai dû attendre que mes parents sendorment, à deux heures du mat.
Je suis sorti discrètement de ma maison, je suis allé à la danse. Il y avait là bas : Johny Ringo
(un vétéran deejay de Jamaïque) qui était au micro. Je lui ai tiré sur le pantalon; il a cru que
jétais un enfant perdu, alors il a dit au micro : «Il y a un enfant perdu avec moi, si les parents
sont ici veuillez venir le chercher». Il ma donné la parole pour dire aux gens quel était mon
nom, puis je lui ai appris la raison de ma visite. Je lui ai dit que je nétais pas perdu et que
j'étais ici en tant que deejay; et puis, lui a répondu: «Deejay ?!? Toi... deejay ???», car
jétais vraiment petit.
Puis il ma dit ok :de montrer ce que je savais faire. Le selecta a alors lancé le riddim, je me
suis posé dessus : la danse a commencé à exploser.
Mais à cette époque, je navais pas de nom de deejay comme maintenant : ce sont les gens
qui mont donné ce nom, car aux sounds systems, je ne me présentais jamais, jétais juste
un «enfant perdu», qui venait chanter au micro. Linconvénient est que mon frère et ma
sur étaient à la danse, et moi, je ne le savais pas; je croyais quils dormaient eux aussi.
Cela a été la plus grande chose quils aient jamais faite pour moi : mon frère est venu vers
moi et ma dit : «Jétais au sound hier, et je tai vu, ce nest pas bien : tu ne devais pas être
là... mais tu as été génial». Alors nous avons conclu un marché, selon lequel, à chaque
danse où ils se rendraient, ils me prendraient avec eux. On sétait dit que, si ça se passait
comme ça, ma mère serait daccord; mais ma mère pensait quils avaient une mauvaise
influence pour moi.
Ma mère était très protectrice ; pour différentes raisons : jétais prématuré, je suis né chez
moi,alors que le reste de ma famille était né à lhôpital. Ma mère rentrait du travail, quand
elle a senti la douleur venir, donc je suis né dans son lit, puis jai été emmené à lhôpital
dans un incubateur pour survivre. Les maladies viennent souvent quand tu es âgé de 5 ou 6
ans, donc elle gardait toujours un il sur moi. Elle était mon ange gardien. Dès lâge de 6
ans, je suis allé à lécole primaire. Dans ma tête, jétais un homme. Javais lhabitude de
faire mes shows le vendredi et le samedi soir, puisque le dimanche il fallait se coucher tôt,
car le lendemain lécole reprenait.
A lâge de 8 ans, jai reçu une invitation pour participer à un Talent Show, mais cette
année-là, cétait rediffusé à la radio et à la télé. Cest là que ma mère a vu que je nétais
pas un artiste de merde, mais que jétais un vrai deejay. Je suis allé sur scène, jai fait mon
show : il y avait 60 concurrents, qui comptaient des deejays, des comiques, des dub
poets, tous dans la même compétition. Puis jai gagné : un passage sur la télévision national et
ma mère a sauté de joie partout dans la maison. Dès que jai gagné ce concours, jai eu un
contrat pour chanter pour lun des plus gros labels jamaïquains de lépoque :,
Volcano, de Junjo Laws.
J'y suis allé sans hésitation, car il fallait juste refaire les paroles que javais faites au
concours. Ce nétait pas très dur, car javais toujours ces lyrics en tête. Quand je suis
arrivé au studio, ils mont joué le même riddim quil y avait au concours, ce qui ma mis
encore plus à laise ! Le titre est sorti une semaine après et sest placé à la première
position des charts en Jamaïque.
Jétais alors un enfant star : «a child star», qui allait à lécole. Quand jallais en sound :
jétais Beenie Man, quand jallais en cours : jétais Moses. Javais beaucoup damis, mais
jétais plutôt solitaire, je naimais pas trop les amis. Mes frères et moi, on allait dans la
même école, et on a toujours conservé laspect familial. On n'avait pas besoin de se
protéger, on se protégeait nous-mêmes; on n'était pas impliqué dans les actions violentes,
on était des enfants normaux. Mon père était un rastaman, et si tu faisais quelque chose de
mal, tu te faisais botter les fesses devant tout le monde à la sortie de lécole
: Donc on devait être des enfants sages.
Puis, jai eu un deal pour faire un album de 10 chansons, mais javais déjà au moins 25
lyrics de préparées. Je me suis levé dimanche matin, puis je suis allé au studio, où jai
chanté toute la journée. Ca ma pris un jour pour faire lalbum, car tous les riddims étaient
déjà prêts.
Pour mes 10 ans, le 27 août, le
producteur ma emmené à Jammys pour faire les photos de la pochette. Il ma
dit : «Lalbum va bientôt sortir, il va s'appeler The Ten Years Old Deejay».
Lalbum est sorti en Angleterre tout dabord, puis quand il est sorti en
Jamaïque, là, je suis devenu une grosse star. Jai commencé à aller à létranger,
à faire des tournées. Mais il y avait un problème : cest que je ne pouvais pas
aller faire des tournées et aller en cours en même temps. Mes parents étaient
inquiets, car je devais finir mes études.
A lâge de 14 ans, je suis revenu en
Jamaïque pour finir mes études : je suis sorti diplômé de luniversité des West
Indies et jai alors décidé de retourner dans la musique. Ce fut un peu plus lent
pour que le succès revienne à lépoque, car il y avait plein de jeunes qui faisaient
la même chose que moi. Ca m'a pris 3 ans pour trouver et affirmer mon style.
Jai fait une chanson à lâge de 20 ans, pour le soundtrack de
"Whos the Man". Jai alors gagné 1 million de dollars jamaïquains pour ce morceau.
A lâge de 17 ans, je vivais tout seul. (à lâge de 9 ans je prennais soin de ma mère). A 20 ans : jétais millionnaire; cétait il y a 7 ans de cela. En 1992, jai fait un break en
Jamaïque, avec la chanson " Bad Man Wicked Man". Jai été très controversé pour ce
morceau. Je me suis dit: "Merde cest ça la musique maintenant ?". Car la musique a
évolué en Jamaïque dans les année 70, puis dans les années 80 et maintenant encore,
dans les années 90; cest le mauvais esprit qui règne : personne ne veut te voir réussir.
Mais je ne me suis pas arrêté là... Ma première compétition sest déroulée avec Bounty
Killer. Je lai calmé la première fois, puis il est revenu. Ainsi de suite, jusqu'à ce quil décide
darrêter la compétition avec moi. Jai eu tellement dawards dans ma vie; jai été nominé pour 2 grammy awards également.
Jétais à New York en 1997, à la sortie de Who Am I, et je me disais «Yeah, Who am I, c'est
vraiment fort»; il était numéro 1 en Jamaïque à cette époque.
Mais en Amérique, ça marchait moins, je suis allé au Downin Stadium pour faire un show,
puis jai rencontré Capleton. Sur scène il a dit : «Sim Simma, man got the keys to Beenie
Man bimma». Je me suis barré de la scène. Les gens se disaient : «Ca y est, ça va être la
guerre» Je suis retourné sur scène et jai demandé au public qui ils étaient venu voir ce
soir-là. Ils ont répondu «Beenie Man», alors jai rétorqué «Si vous voulez me voir chanter
ce soir : virez-moi ce mec de scène». Ca été la plus grande émeute que jai jamais vue. Les
gens se précipitaient du fin fond de la foule. Quand je suis retourné sur scène, jai mis le
faya.
A mon retour en Jamaïque, je nai surtout pas attendu à laéroport. Je me suis esquivé, en
faisant face à une quarantaine de bobos dreads qui étaient en train de gueuler quils
voulaient me tuer... Jai dû me faire tout petit, traverser la foule et aller jusqu'à ma voiture
et alors que je me dirigeais vers ma voiture, quelquun ma retenu et ma mis un coup au
visage. Cest là que je me suis rendu compte que ces gens sont violents. Quand j'ai quitté
lendroit, je les voyais sagiter avec des machettes...
Je me suis dit que je ne voulais pas être mêlé à ces histoires. Jusqu'au show Rebel Salute (grand concert organisé par Tony Rebel), je suis allé à la
campagne pour voir Capleton chanter, car je ne lavais jamais vu avant quil devienne
hyped (à la mode). Sur le chemin du retour, je me suis arrêté pour prendre lair. Il y avait là deux bobo dreads :
un avec un gun et lautre avec une sorte de fouet. Jai essayé de parler avec celui qui avait
un gun; «Tu es un bobo dread, tu nes pas supposé faire des trucs violents », et lautre gars
ma fouetté brutalement au visage. Jai du partir en courant dans les collines, puis ils sont
partis à ma recherche. Mais jétais habillé en noir ce jour-là. Jétais terrifié, je me suis
allongé et j'ai attendu; les mots exacts quils ont prononcés sont: «This Boy a dis the
Prophet so we haffi kill him» : «Ce mec na pas respecté le Prophet (Capleton), on doit donc
le tuer».
Quand le matin est arrivé, jai couru jusqu'à ma voiture et de là je suis allé directement à
Kingston. Je ne voulais le dire à personne, avant que mon manager vienne me voir le matin
et me demande de lui raconter lhistoire. Ma femme sest mise à pleurer, car elle ne savait
même pas que jétais allé au show. Après cela jai décidé de lui raconter, ce nétait pas un
moment facile. Les gens voulaient tuer Capleton dans mon entourage. Je me suis dit:
«Laisse la vengeance à Dieu», car ce nest pas bon de se venger. Tout ce que je fais, cest
que je ne me mêle pas à eux, je ne les appelle pas ni rien de cela.
Un de tes derniers morceaux sur le bellyas riddim (voir interview de Ward 21) «Heights of
Great Man» parle justement de Capleton ?
Oui, «More Prayer» pour protéger ma famille et mon entourage. Car quand un mec te dit
«Fire», il pense au diable, au dragon. Et comme Selassie a dit: «Tue le dragon, car le
dragon crée le feu», tout homme devrait être fait deau. Donc, tu sais que ce quils font cest
diabolique. Je nai rien à faire avec le diable, donc je prends les choses calmement et je
laisse passer le diable avec sa musique diabolique. Tu vois, je suis un artiste international,
et mon travail par rapport au dancehall est vraiment important à travers le monde entier,
cela na pas de sens darrêter le travail de quelquun en essayant de le tuer. Jai donc tout
dabord quitté VP Records. Pas dargument, jai juste fait le morceau «Heights of Great
Man» pour lui faire savoir que tu n'obtiens ce que tu veux qu'en travaillant, tu ne tues pas
quelquun pour ça.
Penses-tu qu il
y a trop de fire ?
Ses trucs sont ses trucs, mes trucs sont mes trucs. Si il veut dire «fire», moi je dis
«prayer». Après,13:38 31/05/00 le Fireman est celui qui arrête le feu pas celui qui le
propage, donc leur vision est stupide.
Peux-tu nous en dire plus sur ton prochain
album ?
Art & Life est super, on a travaillé dur pour cette album, pour vraiment essayer de garder un son
jamaïquain, mais également international. Cet album sonne moins dancehall, car tous mes
albums ont eu une sonorité dancehall. Donc, cest bien pour moi demmener la musique
uptown (partie riche de Kingston), car nous sommes du ghetto. Car quand un mec grandi
downtown et quil devient riche, la première chose quil veut faire cest aller uptown . Donc,
cet album sonne dancehall et cross-over (mélange de différentes influences).
Peux-tu nous parler de ta coopération avec Wyclef sur cet album ?
Je suis ami avec Wyclef depuis 7 ans, et il a seulement fait des remixes pour moi jusqu'à
maintenant. Mais cette fois, je voulais quil participe à lalbum. Je
vo lais également inclure Maxi Priest, mais il était en tournée au Japon et je ne suis pas du genre à faire écouter mon
travail à un artiste et tout faire enregistrer sur des pistes différentes. Alors, je suis allé voir
Wyclef et il ma dit: «Ok, donne-moi 15 minutes». En moins de 10 minutes, il était là pour
enregistrer. Quand je lui disais de chanter, il chantait ; je lui demander de rapper, il rappait.
Tu as aussi enregistré le morceau «Haters and fools», en combinaison avec Mr. Easy, pour
Dave Kelly, sur le clone riddim.
Peux-tu nous parler de ta coopération avec lui
(Dave Kelly) ?
Dave Kelly et moi sommes amis depuis toujours. Avant quil soit à Madhouse production, il
travaillait au studio Tuff Gong. Dave Kelly a enregistré mon premier gros titre aux Etats
Unis. : «The slam» et jai vraiment apprécié cela. Il a mixé 2 titres sur le prochain album.
Pourquoi nas-tu pas enregistré plus de titres avec le Alias Project (de chez Mad House
records, qui comprend Bounty Killer, Baby Cham, Wayne Wonder...) ?
Moi, jai mon propre label et ma propre compagnie. Quand ils ont un programme pour moi,
ils mappellent. Mais Mad House est plus le camp de Bounty Killer, Baby Cham, Wayne
Wonder. Mon camp est Shocking Vibes. Cest pourquoi jenregistre moins souvent pour
Dave Kelly.
Interview &
Photo : Filip Flateau
pour ReggaeFrance.com
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