Fluctuat: Comment sest passée
votre première rencontre ?
ACC : On sest
rencontré au lycée, cest une vieille collaboration qui a vu le jour dans les
caves de Périgueux. Entre notre première formation et aujourdhui nous avons
changé de bassiste. Larrivée de Seb dans le groupe a été pour nous un nouveau
départ. Il a contribué à nous forger une nouvelle identité musicale et à enrichir nos
compos dune " aura " plus expérimentale.
F : A quoi ressemble
votre collection de disques ?
ACC : Chaque membre
de ACC a sa culture musicale propre. Nos goûts musicaux sont très larges et changent
vraiment suivant les périodes. Actuellement nous sommes branchés sur les cordes et les
arrangements pathétiques comme l Adagio for strings (la musique de Platoon).
Mais on se dirige plutôt vers des musiques de plasticiens, des uvres
contemporaines. Lécole minimaliste nous touche beaucoup, avec des artistes comme
Steve Reich, Glass. Mais aussi du free-jazz avec John Zorn. Et des musiques électroniques qui gèrent le temps, à
la Autechre.
F : Il y a un lien
direct dans votre musique avec le " son made in Chicago ". Est ce que
des groupes comme Tortoise ou Labradford font partie de vos influences ?
ACC : Non, nous ne
connaissions pas cette scène avant de faire le disque. Nous navons aucun album de
cette frange post-rock, nous avons connu ces disques grâce aux personnes qui nous ont
affirmé quil y avait une similitude entre nos morceaux et ce son de Chicago. Seul
Bastard figure dans nos groupes de chevet.
F : Le nom de votre
formation évoque le Orange Car Crash de Warhol, quel est votre rapport à
lart ?
ACC : Nous sommes pour la
plupart, actuellement, aux Beaux Arts. Et nous évoluons musicalement dans ce cadre. Nous
pensons que la musique est malléable comme une sculpture, quelle change à loisir.
Ce nest pas parce quelle est sur un support audio enregistré et fixe que tu
ne peux pas la changer dans son déroulement en live . Nous sommes des passionnés
dart, cest certain, et notre musique sen trouve largement imprégnée.
F : Votre musique est
très cinématique : êtes-vous des passionnés de cinéma ?
ACC : Nous avions
composé un morceau avec des samples de LEmpire des Sens, mais
malheureusement il a du être écarté de lalbum car il nétait pas
dassez bonne qualité auditive. Le cinéma fait partie intégrante de nos
inspirations. Des metteurs en scène comme Godard, Pasolini. Tout ce qui est un peu
recherché, en fin de compte, les films divertissants nous ennuient très rapidement. Par
ailleurs, nous avons été contactés pour faire la musique dun film interactif qui
sera développé sur Internet mais pour linstant ce nest quune
supposition, rien de définitivement concret. Mais cette idée de pouvoir composer une
bande originale nous motive vraiment.
F : Comment sest
construit cet album?
ACC : A la base, nous
voulions construire sur Formes un seul morceau de 45 minutes mais il na jamais abouti. Alors il a
fallu synthétiser au maximum pour créer une structure qui tenait la route. De là est
né le morceau Formes qui fait une vingtaine de minutes. Pour sortir lalbum
il a fallu le compléter. Il relève de lexpérience, il ny a pas du tout de
trame globale, pas de début et de fin. Il sagit dinterjections entre cinq
personnes complexes, une sorte dunité communautaire. Tout est le fruit de
recherches unitaires mises sur bande commune. Nous navons pas de recettes
pré-établies pour la composition des morceaux. Tout peut partir dun simple sample,
dun riff de guitare ou dun rythme insufflé par la batterie.
F : Les noms des
morceaux de Formes sont assez énigmatiques, y a t il une signification
particulière ?
ACC : Nous avons
toujours eu beaucoup de mal à choisir le nom des morceaux de nos compositions. Il y a
beaucoup de références à nos influences classiques et nos lectures aux paysages
abscons.
F : Quelles sont vos
relations avec Internet ? Et que pensez vous du Mp3 ?
ACC : Seul notre
batteur est équipé, depuis peu, dun ordinateur avec une connexion Internet. Dès
que nous maîtriserons loutil nous pensons développer notre site sur la toile.
Le Mp3 est une très bonne chose pour des musiciens indépendants qui sont souvent
les victimes des distributeurs et autres intermédiaires de lindustrie du disque. Si
nous arrivions à enregistrer des morceaux sans que cela nous ruine. Nous
nhésiterions pas à les mettre en libre diffusion Mp3. Cest vraiment un moyen
intéressant de faire connaître sa musique au plus grand nombre et surtout déviter
les contraintes matérielles de la chaîne de distribution.
Propos recueillis par Laurent Rollin |