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On stage with
the Mule
Le Monsieur Loyal du rock, cest lui, épouvantail sublime tombé dans un tonneau de Gin. Les 29, 30 et 31 mai derniers, le porte voix à la main, Tom Waits se
frayait un chemin à travers la salle du Grand Rex pour aller nous faire tituber avec lui pendant plus de deux heures délirantes, porté par une salle chauffée à blanc.
Malgré des tarifs prohibitifs, il aurait fallu être fou pour manquer pareil événement, surtout que, pour
dobscures raisons, Tom Waits nétait pas venu chanter en France depuis quelque chose comme quinze ans. Presque toujours courbé, à moitié disloqué, les poches pleines de poudre dor quil lançait autour de lui comme un
magicien ivre, il a interprété des titres de son dernier album
"Mule Variations" et des morceaux plus anciens, comme
"Innocent when you dream" ou "Johnsburg Illinois"
par exemple. Parfois penché sur son piano, plaisantant ou contant (des histoires darbres tordus, de personnages improbables) Tom Waits emplit lespace de sa
présence, nayant besoin daucun autre artifice que de lui-même. Sa voix éraillée, brisée, dune rare puissance en
"live", est un instrument de musique à part
entière, un instrument fabriqué sur un rebord de comptoir, ciselé au mégot de cigarette et patiné sur les boulevards à quatre heures du matin. Jusquau bout, il nous
aura fait passer dune émotion à lautre, dun style de musique à un autre, blues, rock, ballades
"Kurt Weilliennes", sans le moindre temps mort, nous laissant
ruinés, épuisés, heureux, le cur récuré au papier de verre. Que vous ayez eu la chance dy être ou que vous soyez en train de vous mordre les doigts en lisant ces
lignes, voici de toute façon loccasion de revenir sur le parcours de cette
"vraie" légende de la musique américaine.
From
Kentucky Avenue to the low side of the road
"I
got a half pack of Lucky strikes man come along with me"
Tom Waits, de son vrai nom Thomas Alan Waits est né en Californie, en 1949, le jour de lanniversaire de Pearl Harbour, une date explosive comme il se plait
lui-même à le rappeler. Bien quil aime à raconter quil ait été conçu, où quil naquit (?), parmi les ordures et les bouteilles brisées, il y a fort à parier que ses
parents, tous deux professeurs, ne se roulaient pas forcément par terre à la sortie des bars. Mais lhistoire véritable a peu dimportance, Tom aime raconter des
histoires et brouiller les pistes. Pris par le démon de la musique très jeune, il apprend le piano tout seul, puis la guitare. Obsédé par Bob Dylan, il décore les murs de
la maison familiale de ses textes. Lesprit des années 60 le marque profondément, principalement les idées véhiculées par la Beat Génération. Les hobos et les
"vagabonds célestes" de Jack Kerouak linspirent et font germer en lui cette passion pour une société en marge, peuplée de
"freaks" et de perdants magnifiques.
"Romeo is bleeding but no as youd notice
/ hes over on 18th street as usual"
Le début de sa carrière est en accord avec cet idéal, il traîne de petits boulots en activités diverses pour survivre mais commence très tôt à se produire et à faire
connaître ses propres compositions. Cest Herb Cohen qui lui fait signer son premier contrat avec le label Asylum. En 1973, cest la sortie de son premier album,
"Closing Time", truffé de futurs standards comme "Martha", repris dailleurs la même année par Tim Buckley sur lalbum
"Sefronia". Lalbum est mélodique, empreint
dune mélancolie nourrie par la vie quil mène à lépoque, une vie de bohème et de piano-bar, et sa musique ressemble à limprovisation dun crooner ivre. Tom va
jusquau bout de lui-même pendant cette période et se plonge à corps perdu dans tous les excès. Il rencontre Rickie Lee Jones et vie avec elle une passion
amoureuse et musicale. Cest lépoque de "Nighthawks at the dinner" (1975) et de
"Blue Valentines" (1978), très inspiré par le blues et le jazz, arpégeant aussi bien le
piano, la guitare sèche et le ténor sax.
"Who are you
?"
Les influences musicales de Tom Waits sont pour le moins hétéroclites. Il dit lui-même aimer les tangos classiques dAstor Piazzola, Yma Sumac (capable dimiter le
vent ou les animaux de la jungle, on se doute que cette forme de
"monstruosité vocale" doit lui plaire, écoutez "Chuncho" par exemple, vous comprendrez !), mais
aussi Edith Piaf, Dinah Washington, Louis Prima, Wagner ou Les Pogues, bon sang irlandais ne saurait mentir. Et le blues bien sûr
Linfluence cinématographique
est également très présente dans luvre de Tom Waits, il commence dailleurs à composer pour le cinéma dès 1979 et participe aux compositions des bandes
originales de, entre autres, "Down by Law" (1986), "Night on Earth" (1991),
"Smoke" (1995) ou "The end of violence" en 1997. Non content de composer pour le
cinéma, il joue également dans de nombreux films où il incarne des rôles qui se rapprochent en général de son personnage
"kerouakien" comme dans "Down by
Law" et "Mystery Train" (1989) ou dans "Dracula" (1992) de Francis Ford Coppola où il joue une sorte de fou furieux avec un talent confondant
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