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II

Sly Dunbar
d'un style à l'autre


Ces quelques rappels permettent de montrer comment le reggae reste une affaire quasi-familiale dans une île qui ne compte que deux millions d’habitants mais presque autant de chanteurs-producteurs. Dans cet environnement, la trajectoire d’un personnage comme Sly Dunbar témoigne de la fertilisation constante des styles musicaux liés au reggae, depuis plus de trente ans. Lowell "Sly" Dunbar est à la fois auteur, compositeur, chanteur, musicien, ingénieur du son et producteur. Après une carrière aux côtés de Robbie Shakespeare au sein du duo "Sly and Robbie", Sly Dunbar décida de se consacrer à la production. Il connut le succès avec Black Uhuru au début des années 80. Dans les années 90, une de ses préoccupations consista à faire du Dancehall (style qui précéda le ragga) un courant qui puisse parvenir à maturité, comme le Rock Steady en son temps, en s’appuyant sur des artistes complets et des chansons qui perdurent, des refrains à retenir. En 93, son ambition est partiellement récompensée avec le succès de Chaka Demus and Pliers avec "Murder she wrote". Il reconnaît toutefois que le marché international ne favorise pas ce genre de recherches artistiques. En suivant les modes, les maisons de disques ne permettent pas aux producteurs d’expérimenter de nouvelles voies.

« If you do a straight-up reggae album, some of the record companies can’t sell it, because hip-hop has gotten so big. You have to dilute the reggae with the hip-hop for it to go into the channel. So this is the problem we are faced with now ».

Sly Dunbar constate en outre que la numérisation produit des dégâts considérables puisqu’elle provoque un nivellement des styles et une uniformisation des sons. En outre, la progression des techniques d’enregistrement ne favorise pas l’éclosion de performers capables de jouer live leurs compositions en maîtrisant leur jeu. C’est pourquoi Sly Dunbar consacre son temps à travailler avec de jeunes artistes prometteurs pour les faire progresser. Les habitués du Taxi Label, sa maison de production, sont Chaka Demus, Ambelique, Anthony Red Rose, Ini Kamoze, Beenie Man, Yami Bolo, Bounty Killer ou encore Michael Rose. En réalité, toutes les stars jamaïcaines contemporaines sont un jour ou l’autre passé par le Mixing Lab.

Quand on analyse le passage du reggae au ragga – en considérant des étapes intermédiaires comme le Dancehall ou des styles dérivés comme le hip-hop – on peut considérer que la principale rupture est introduite au début des années 80 avec la numérisation progressive des systèmes d’enregistrement, de production et de diffusion de la musique. Entre les adeptes du tout numérique (qui engagèrent l’évolution vers le Dub et marquèrent l’occidentalisation du reggae) et ses opposants (convaincus qu’une perte irréparable de son et d’esprit était engagée), LKJ donne un avis mesuré de ce bouleversement :

« With the discovery of digital recording, an extreme minimalism has emerged… On the one hand, this music is totally technological; on the other the rhythms are far more jamaican: they’re drawn from Etu, Pocomania, Kumina – African-based religious cults who provide the rhythms used by Shabba Ranks or Buju Banton. So despite the extent of the technology being used, the music is becoming even rootsier, with a resonance even for quite old listeners, because it evokes back to what they first heard in rural Jamaica ».

On peut espérer, dès lors, que le ragga ne sombre pas dans un modèle homogène et mercantile... (lire la suite)


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