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un dossier mixé par Kzino

Ragga Story
I

U-Roy
et Beenie Man
les pionniers


Surnommé The Originator, U-Roy est l’inventeur du toasting, technique consistant à parler de façon plus ou moins rapide sur des riddims. Roi de la tchatche et de l’improvisation, U-Roy a inventé ce qui devint le ragga. A la fin des années 60, le reggae venait d’éclore, sur la base de courants musicaux jamaïcains comme le mento, le ska et le rock steady. A l’époque, les Wailers ont les cheveux courts, portent des costumes et chantent des chansons d’amour et des embrouilles de caïds du ghetto (dans le style rude boys). Dans un contexte extraordinairement créatif, le reggae s’enrichit et se décline de mille manière, aboutissant au style Roots (sous l’influence rasta), au Dub (grâce aux expérimentations de King Tubby et de Lee Perry) et au Raggamuffin. U-Roy, invente une nouvelle façon de chanter qui influencera, un peu plus tard, le rap.

Elevé dans le sillage des sound-systems jamaïcains, U-Roy connaît les exigences de la scène. Comme DJ, il doit faire danser les foules, dans le style Dancehall hérité de la culture populaire de l’île – en toastant sur des disques passés par un sélecteur. Les sound-systems qui marquèrent U-Roy dans sa jeunesse furent ceux de Duke Reid et de Coxsone. Le jeune prodige entrera dans le milieu grâce à King Tubby, alors animateur d’un sound system habitué à diffuser les disques du label Treasure Isle. John Holt, vedette du label et méga-star locale, entendit U-Roy toaster et le recommanda à Duke Reid, qui put recruter U-Roy en accord avec King Tubby. Ils enregistrèrent ensemble "Tell it to the people" et "Wake the town", qui deviendront des méga-tubes locaux. Sur sa lancée, U-Roy fut cinq fois N°1 en 1970.

Dans sa lignée plusieurs générations de DJ se sont succédées au micro : I-Roy, Jazzbo, Big Youth, Brigadier Jerry, etc. Dans les années 80/90, U-Roy relança son sound-system, le Sound King Sturgav, pour promouvoir de nouveaux talents, comme Anthony B. De Bounty Killer à Cappleton en passant par Buju Banton, Sizzla, Ini Kamoze ou Beenie Man, toutes les stars actuelles du Ragga doivent une partie de leur talent à l’ancêtre.

Il est vrai que le ragga a bien changé. Il s’est lui-même décliné en plusieurs sous-styles, dont le Slackness, représenté par Yellowman. Textes violents et machistes, riddims sommaires et répétitifs (la faute aux consoles numériques), postures de gangs : le Slackness emprunte beaucoup au rap, éloignant un peu plus le reggae de ses racines, loin des idéaux égalitaires et pacifistes des années 70 (la gauche était au pouvoir en Jamaïque et Bob Marley propageait la culture rasta).

A cet égard, Beenie Man illustre bien l’ambiguïté dans laquelle se complaisent les stars contemporaines de la scène ragga. Beenie Man n’est ni le plus violent ni le plus con des chanteurs de ragga, mais il aime parfois jouer les gros durs et rivaliser avec les porte-paroles des gunmen jamaïcains. Principal rival de Buju Banton, Beenie Man est né Moses Davis en 1972 à Kingston. Il commença à enregistrer à 8 ans, avec une chanson intitulée "Too fancy".

En 1994, Beenie Man devient réellement connu avec "No mama no cry", enregistré sur le label Taxi, animé par Sly & Robbie. Résolument "anti-guns", cette chanson le distingue des slackers. Il travaille avec tous les plus grands producteurs, dont King Jammy, preuve de la filiation de son œuvre avec les grands prédécesseurs des années 70. Il faut en effet rappeler que King Jammy fut à cette époque le disciple de King Tubby, et qu’il participa à ce titre à toutes les grandes aventures du reggae, dont les innombrables travaux avec Familyman (le bassiste des Wailers) et Sly & Robbie. Beenie Man accède au grand public en 95 avec Slam 
et Wicked ride, enregistrés avec le producteur Dave Kelly (album Blessed).

Susceptibles, Beenie Man additionne aussi les embrouilles avec Bounty Killer, qu’il accuse de plagiat. Beenie Man adore par exemple entrecouper son chant d’interjections comme "people dead", reprises depuis quelques années par Bounty. En retour, Beenie Man copiera le style de Bounty Killer, sa façon de jeter les mots quand il chante. Malgré plusieurs réconciliations publiques (et quelques travaux communs, comme le LP "Guns Out"), les deux stars continuent de s’opposer.


Ces quelques rappels permettent de montrer comment le reggae reste une affaire quasi-familiale... (lire la suite)


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