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Flu : Et comment faites-vous le choix des artistes que vous signez sur Ninja Tune ?

Peter : Au départ, la ligne de conduite du label était de s’intéresser à toutes sortes d’artistes et de courants expérimentaux au sein de la Dance Music.Et puis nous avons scindé la maison de disques en deux, Ninja Tune et Ninja Tone. Ninja Tune est plus axée sur le jazz, le funk, le hip-hop et leurs formes dérivées. Donc, quand nous signons quelqu’un de nouveau, on ne peut pas s’empêcher de s’enthousiasmer, du genre : « - Ouais ! c’est un son qui dépote ! » tout en gardant à l’esprit la quête de la nouveauté et la recherche de l’innovation musicale qui sont nos principales obsessions.

Flu : Pour trouver de nouveaux artistes, est-ce que vous vous déplacez, dans les clubs par exemple, ou est-ce que vous recevez directement des démos au label ?

JM : Nous recevons une quantité incroyable de musique mais en fait, on nous présente souvent les gens, lors de soirées par exemple. C’est comme ça que j’ai rencontré Kid Koala et j’ai été ébloui par son talent. Des connexions presque… organiques se créent.

Peter : Il peut nous arriver également de signer des artistes après avoir reçu des cassettes ou écouté des « 12 inches » auto-produits que tu peux te procurer dans le commerce. Il y a aussi le cas des gens repérés dans des clubs par nos collaborateurs de Ninja Tune. Le label fonctionne un peu à la manière d’une démocratie, chacun s’investit à fond, également dans le choix des artistes à signer et une partie de mon travail consiste à prendre en compte les propositions faites par chacun.

Flu : Et ensuite, vous les appâtez en leur proposant d’énormes sommes d’argent ?

JM : Jamais de la vie, en fait, ce qu’on aimerait, c’est que ce soit les artistes qui nous payent ! (rires) Non, plus sérieusement, nous ne donnons jamais de grosses avances sur recettes car il me semble que ce serait vraiment inadapté à la commercialisation de ce genre de musique. De plus, les artistes n’ont pas besoin d’énormes sommes d’argent pour fabriquer leur musique. Avec l’utilisation des nouvelles technologies, la situation est devenue très différente. Il y a 10 ou 20 ans, tu pouvais avoir besoin de 50 ou 60 000 Livres pour enregistrer un album et vivre confortablement. Maintenant, en gros, tu peux enregistrer un disque pour presque rien dans ta chambre à coucher. Ce serait donc totalement inapproprié de surévaluer les avances accordées aux artistes.

Peter : Une des raisons pour laquelle le label a survécu et pour laquelle nous avons pu continuer à expérimenter musicalement, c’est que nous faisons très attention à ce genre de choses. On ne s’attache pas non plus à vouloir faire des hits et à brasser de l’argent dans tous les sens.

>> Suite de l'interview : kleptomaniaques


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